Philippe Katerine : son "Magnum" c'est de l'art ou du cochon ?

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 24/05/2014 à 14H40, publié le 08/04/2014 à 17H19
Katerine, provocateur le plus consensuel de la chanson française.

Katerine, provocateur le plus consensuel de la chanson française.

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Le chanteur foldingue est de retour avec "Magnum", un album forcément siphonné où l'on ne sait plus très bien si cette orgie de n'importe quoi est à prendre au second ou au millième degré.

L'émission Alcaline Le Mag est entièrement dédiée à Philippe Katerine jeudi 10 avril à 23h15 (et en replay sur Culturebox)

De l'art ou du cochon ? C'est la question que l'on est amené à se poser à chaque parution de Philippe Katerine depuis "Robots après tout", son huitième album sorti en 2005.

Longtemps chanteur décalé et bien peigné démarré dans la même promo que Dominique A à l'aube des années 90, Katerine n'en finit plus de se lâcher depuis le tournant timbré de ce disque et son hymne inusable "Louxor J'adore"  - tellement inusable qu'il était le week-end dernier (5 avril 2014) en vedette au Saturday Night Live dans la fameuse séquence parodique "Les jeunes de Paris".

Reportage : D. Poncet /  J. Le Roux
L'ensemble slip/sous-pull puis torse poil et barette à fleurs ont cédé la place ces derniers temps à la nudité décomplexée. L'hymne estival "La banane", où il dansait sur une plage nu comme un ver, annonçait déjà la couleur en 2010. Katerine remet le couvert cette fois avec le teaser délirant de "Magnum" où on le voit les bijoux de famille à l'air (floutés) sous un déshabillé de soie. La mise à nu ne s'arrête pas là.
SebastiAn aux manettes, appuie sur la pédale disco
Pour ce disque, dont le nom est un clin d'œil aussi bien à la série télévisée "Magnum" qu'aux crèmes glacées et même au pistolet du même nom,  Katerine a fait appel à un tiers pour la musique. Il est produit par SebastiAn, artiste de l'écurie électro Ed Banger, dont Katerine apprécie la "tension sexuelle" des compositions.

Il faut savoir que SebastiAn est un autre grand malade, mais en moins naïf. Du genre brutalement narquois – sur son "Primary Tour",  juché seul en haut d'une étroite tribune de dictateur, on se souvient l'avoir vu à la Cigale laisser ostensiblement mains et bras levés la plupart du temps pour ne pas laisser croire qu'il faisait quoi que ce soit, quand ses congénères s'appliquent au contraire à donner le change en s'affairant sur des machines qui font en réalité tout le boulot.
 
Le duo s'est tout de suite bien entendu, assure Katerine. L'auteur de "Embody" lui a proposé au fur et à mesure des instrumentaux sur lesquels Katerine a écrit ses textes et calé sa voix.

Musicalement, le résultat est agréable, à dominante disco, voire italo-disco, rutilant juste ce qu'il faut, sans rien de franchement novateur mais sans rien d'outrageusement racoleur non plus. Du tout terrain, aussi à l'aise dans un casque de hipster que dans un club de camping ou une émission de service public.
"Les Dictateurs" et "ADN" en points d'orgue
Côté textes, certains titres sont plus saillants. D'abord, "Les Dictateurs" (Les dictateurs avaient tous des mamans trop mamans / Staline, Hitler ou Ben Ali/ Vous pouvez vérifier dans leur biographie / Elles étaient trop gentilles).

Katerine raconte que cette chanson lui est venue en entendant un dialogue au bistrot place de Clichy. Un type disait à un autre : "J'ai vu une photo de Hitler bébé, il était magnifique". Après vérification sur internet, Katerine s'est amusé à aller voir à quoi ressemblaient les autres dictateurs lorsqu'ils portaient encore des couches. Rien d'étonnant à ce que cela le travaille : Katerine, déjà père d'une grande fille, élève actuellement les deux petits de 18 mois et 2 ans et demi qu'il a eus avec l'actrice Julie Depardieu.

Ensuite, "ADN", dans lequel Katerine s'essaye au saxophone, gazouille sur la théorie du genre. "Mon ADN dans ton ADN, c'est un ADN c'est un Eden qui nous raconte la vie/ On dirait tes gestes un peu ta maman, on dirait tes mots un peu ton papa / un peu ton maman un peu ta papa". Tout comme "Efféminé", dans lequel le personnage ne sait plus très bien qui il est, tiraillé entre "ses grosses couilles" et son côté "efféminé". Rien que de très normal pour un certain Philippe Blanchard qui s'est rebaptisé Katerine en hommage à Catherine Deneuve. 

"Patouseul" et sa chorégraphie de gendarmettes ainsi que "Trouvère de Verdi" et son clin d'œil langoureux à Barry White, constituent, avec le déjà ancien "Sexy Cool", les autres points fort de ce disque qui se referme sur la chanson d'amour universel "Faire tourner".
 
Futil et libérateur 
Alors, de l'art ou du cochon ? Subversif ou en pilotage automatique ? Comme SebastiAn qui refuse de faire semblant sur scène, Katerine joue franc jeu. Pourquoi prétendre à la profondeur quand on peut se contenter d'être le miroir fidèle de l'époque : superficiel ? Pourquoi se prendre la tête sur des textes ciselés – ce qu'il a fait longtemps - quand on peut mettre en boucle des propos entendus au hasard et attrapés au vol ? Le provocateur le plus consensuel de la chanson française semble plus que jamais retranscrire dans ses disques la vie qui bouillonne autour de lui.
 
Alors oui, on peut être vite lassé par ces vignettes un peu futiles. Mais aussi être séduit durablement par ces ritournelles dadaïstes si dénuées de prétention qu'elles en sont libératrices. De l'art ET du cochon. Qui se paye peut-être un peu nos têtes, mais qu'importe si l'on est consentants.

Notre vrai chagrin est ailleurs: Katerine, ce performer dément, n'a pas prévu de repartir en tournée pour "Magnum". Il a plus important que nos pommes à divertir : papa-poule a deux futurs dictateurs sur le feu.

"Magnum" de Katerine (Universal) est sorti le 7 avril

L'émission Alcaline Le Mag est entièrement dédiée à Philippe Katerine jeudi 10 avril à 23h15 (et en replay sur Culturebox)