On y était : Alex Beaupain au Bataclan

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 07/11/2011 à 15H29
Alex Beaupain en juillet 2011 aux Francofolies.

Alex Beaupain en juillet 2011 aux Francofolies.

© Pierre Andrieu - AFP

Le chanteur sentimental, musicien complice de tous les films de Christophe Honoré, a fait halte à Paris vendredi 4 novembre dans un Bataclan complet qui lui a offert l’ovation. Devant son public le plus fidèle, Alex Beaupain très en verve, a fait monter sur scène plusieurs invités de marque et a puisé dans l’ensemble de son répertoire – trois albums et quatre bandes originales de films – en alternant avec maestria caresses mélancoliques et coups de triques humoristiques.

Le concert s’ouvre avec la splendide nudité de « Juste ces mots » (extrait de l’album « 33 Tours »), où la voix d’Alex Beaupain, magnétique, s’impose devant un clavier et un violoncelle. Une onde de chair de poule irradie le public. «Bon, là j’ai fait un truc punk à la Sid Vicious car j’étais très énervé», prévient-il aussitôt la dernière note envolée, «mais rassurez-vous, le reste sera plus calme». Rires.

Le ton est donné : pas de pitié pour la guimauve. Le concert sera tout du long une alternance de chansons sensibles, voire bouleversantes, et de véritables sketches.

Aubry et Hollande "se sont battus" pour cette chanson
Le tube « Au Départ », qui raconte la trajectoire de la gauche au pouvoir de 1981 à 2002 et mélange sa vie personnelle à ses désillusions politiques, est évacué dès le second titre. Il faut savoir que François Hollande a été « soufflé » la première fois qu’il a entendu cette «superbe» chanson, comme il l’expliquait non sans une certaine démagogie cet été dans "Serge Magazine". Et que Martine Aubry a utilisé la version instrumentale pour sa campagne des primaires avec son autorisation.

L’occasion de placer une nouveau scud scénique. «Martine Aubry et François Hollande se sont battus comme des chiffonniers (pour cette chanson)», avance le chanteur sous les gloussements du public. «Donc j’ai coupé la poire en deux : Martine l’a eu pour sa campagne des primaires et François l’a pour celle de la présidentielle (applaudissements). Et en même temps c’est con parce que ça n’a pas spécialement porté chance à Martine (rires), alors je me dis que François...si ça se trouve... voilà.  Bon. En même temps en face normalement il y a “Mille Colombes” par Mireille Mathieu, donc il n’y a pas de logique dans tout ça.»

Christophe Honoré (présent), les enseignants («mon public Télérama»), la foule dans la salle, ses cinq musiciens (objet chacun d’une longue présentation personnalisée), et même lui-même : tous auront droit à ses tirades faussement vachardes. Mais s’il fait son Guy Bedos à merveille, le chanteur de l’intime mélancolique, ce mélange troublant de Barbara et de Daho avec un soupçon de Souchon, est aussi capable d’émouvoir seul au piano (on en a vu écraser une larme discrète sur «Brooklyn Bridge» et «Parc de la Pépinière») et de s’endurcir vers un style plus rock (sur «Charlie Delta» notamment).

Louis Garrel et Ludivine Sagnier sur scène
Cette versatilité suffit en général à tenir une salle. Mais à Paris, sur ses terres, Beaupain en donne toujours plus et dégaine sa botte secrète : les invités de marque. Ils sont tous là.

L’adorable Camélia Jordana monte sur scène pour le magnifique duo «Avant la Haine» (extrait du dernier album de Beaupain «Pourquoi battait mon cœur»). Puis c’est au tour de la délicieuse actrice Ludivine Sagnier d’interpréter «Prague» (extrait de la BO des «Bien aimés»). Enfin, Louis Garrel, en imper, un peu raide au micro mais très applaudi, chante «Reims» («Les Bien Aimés», encore) avant un plus allègre «Je n’aime que toi» (BO de « Les chansons d’Amour ») en trio.

Ultime bonus : une reprise de « Pull Marine » de Gainsbourg pour Adjani, « ma chanson préférée du monde, parce que je trouve qu’on parle trop de Marine Le Pen et pas assez de Marine Le Pull ». L’humour chez Beaupain, dernier rempart ostensible au désenchantement.
 


Alex Beaupain poursuit sa tournée française : il sera à Auxerre le 17 novembre, à Fresnes le 18, Lignières le 19, Nantes le 26, Portes les Valence le 29, Toulouse le 30, Saint-Jean de Vedas le 1er décembre, à Pau le 8, Saint-André de Cubzac le 9...