“Morituri” de Jean-Louis Murat : un album délicat dans l'ombre des attentats

Par @OlivierFlandin
Mis à jour le 17/04/2016 à 11H02, publié le 15/04/2016 à 10H11
Jean-Louis Murat

Jean-Louis Murat

© Franck Loriou

Les albums de Jean-Louis Murat se suivent à une bonne cadence, se ressemblent par moments, mais savent aussi se distinguer. “Morituri” fait partie des très bons crus, avec une écriture et des mélodies très inspirées, dans l’ombre d’une année marquée par les attentats.

Ce 16e album de Jean-Louis Murat s’ouvre par un riff répétitif de guitare aux airs de déjà vu. Et puis on note très vite au fil des morceaux, le retour du piano qui s’était fait un peu rare depuis l'éblouissant  “Mustango” et son “Mont Sans-Soucis”. Bon signe. On pense aussi par moments à l’album “Le Moujik et sa femme”, sans trop savoir pourquoi. Jusqu’à ce qu’un coup d'oeil curieux sur la fiche Wikipédia du disque nous rappelle qu’il avait été écrit dans le contexte des attentats du 11 septembre 2001.

Car ce nouvel opus , “Morituri” (ceux qui vont mourir”), est imprégné des événements de l’année 2015. C'était l'idée de départ. Mais à la différence d’un Renaud et de ses "J'ai embrassé un flic” et “Hyper Casher" , Murat n’évoque jamais directement la dramatique actualité de cette année si particulière . Tout est suggéré entre les lignes, de manière symbolique ou poétique. On y ressent ce que l’on veut.


“ Chialer dans la cuisine” 

 Des mots et des images frappent toutefois l’esprit, par surprise. “Tous Mourrus" nous emmène dans un village où un paysan, le boucher et le garde chasse sont  décimés  sur un rythme de ballade chaloupée.  “Interroge la jument” évoque plus directement “une nouvelle usine “pour Satan et des terrasses . La chanson a pourtant a été écrite, comme les autres, plusieurs semaines avant les attentats de novembre.

Sur la terrasse, sous les cimes / où tout bien pesé on t’assassine / Sur la terrasse, sous les cimes / n’y-a-t-il plus de ciel pour nous foudroyer ces novices

Extrait des paroles de "Interroge la jument"

L'enregistrement en revanche s’est déroulé dans l'urgence, et dans l'état d'urgence, en 5 jours, juste après les tueries dans une ambiance forcément stressée et tendue. C’est à ce moment là que le chanteur explique avoir compris la portée symbolique de certaines de ses paroles, comme s’il avait saisi instinctivement le mal étrange de l’air du temps.

La ville à la campagne

Lui qui suggère si bien les paysages et les odeurs de la terre et de la campagne, Murat est dans cet album plus urbain, dans tous les sens du terme, plus ouvert à la ville et aux hommes, sur un territoire qui s’étend bien au delà de son Auvergne natale, celui de tout un pays.

Ce disque inspire des images différentes à chaque écoute, jusqu’à cette évocation  finale et magnifique  du “Cafard” de cette année morbide qui s'effacera, espérons le, comme le brouillard quitte la montagne sous la pression du soleil .

Et puis souhaitons aussi vivement que cet album ne sera pas le dernier comme Jean-Louis Murat  le laisse entendre dans une interview accordée à la Montagne. Nous méritons définitivement mieux que ça pour 2016…

"Morituri" de Jean-Louis Murat - CD album (PIAS)

Jean-Louis Murat sera en concert le 3 mai à Paris à La Maroquinerie dans le cadre des [PIAS] Nites et le 18 juin dans son fief de Clemont-Ferrand à la Coopérative de Mai
Morituri - Jean Louis Murat