Le centenaire de Léo Ferré : l'interview inédite

Par @Culturebox
Mis à jour le 09/12/2016 à 20H08, publié le 09/12/2016 à 15H11
Léo Ferré dans sa loge du Déjazet le 9 novembre 1990

Léo Ferré dans sa loge du Déjazet le 9 novembre 1990

© Ambroise Perrin

Né le 24 août 1916, Léo Ferré aurait donc eu 100 ans cette année. En novembre 1990, avant un récital au théâtre Déjazet, le théâtre libertaire de Paris, l'artiste avait donné une interview à deux journalistes de France 3 Paris, Rouzane Avanissian et Ambroise Perrin. C'est ce document, resté en grande partie inédit à ce jour, que Culturebox vous propose en exclusivité.

Paris, novembre 1990. Une nouvelle fois Léo Ferré est à l'affiche du TLP Déjazet. TLP comme Théâtre Libertaire de Paris. Dans ce lieu engagé de la scène parisienne, il se sent vraiment chez lui. Ferré vient de publier son avant-dernier album, "Les vieux copains". 

En 1990, souvenons-nous, c'est la guerre du Koweit, Saddam Hussein est l'ennemi de George Bush père avant d'être onze ans plus tard celui de son fils. 1990, c'est en Afrique du Sud, la fin de l'apartheid. En France, le président Mitterrand a commencé deux ans plus tôt son second septennat, 100 000 lycéens manifestent à Paris et Léo Ferré a 74 ans.

Dans cette première partie de l'interview qu'il a donnée le 9 novembre aux journalistes de FR3 Rouzane Avanissian et Ambroise Perrin, il parle de la révolte, de la colère, du couple ou encore du grand mystère de notre existence.

Interview R. Avanissian / A. Perrin / G. Corbelet / M. Prunier

Les vieux copains et les poètes

Léo Ferré a donc 74 ans. Après les vaches maigres, il a connu le succès et est désormais considéré parmi les plus grands. Les plus grands dont beaucoup sont déjà partis. Jacques Brel en 1978, Georges Brassens en 1980, Barbara, quant à elle, lui survivra 4 ans.

Léo Ferré évoque "Les vieux copains", puis il répond à une question portant sur ses adaptations musicales des poètes qui lui sont proches. Ferré le dit, il a l'impression de leur rendre service en les mettant en musique. Le chanteur les place ainsi à la portée d'un public qui, sans lui, les ignorerait peut-être. Il y a là et parmi d'autres Baudelaire, Apollinaire et son grand ami Jean-Roger Caussimon disparu cinq ans plus tôt.

 

"Jolie Môme" et le regard de Léo sur les femmes

"Avec le temps" (1970), "C'est extra" (1969) et "Jolie Môme" (1960) sont sans doute les chansons de Léo Ferré les plus connues du grand public. Interrogé sur celles de ses compositions qu'il ne chanterait plus, il cite "Jolie Môme" et donne au passage son avis sur les femmes.

 

Léo le musicien

L'image est célèbre, Léo Ferré, enfant, dirige un orchestre imaginaire du haut du rocher de Monaco, face à la mer. C'est le grand regret de celui qui est célèbre en tant que poète : ne pas avoir été reconnu comme musicien. Léo Ferré compose, et il dirigera l'orchestre symphonique de Milan et celui de Liège. Mais rien n'y fera, il restera pour la postérité le poète qui chante et cette gloire l'empêchera jusqu'à la fin d'atteindre son rêve. Des critiques iront jusqu'à lui reprocher d'avoir chanté sur scène accompagné d'une bande enregistrée. C'était oublier que, sur cet enregistrement, c'est lui qui dirige l'orchestre symphonique.

 

Sortie silencieuse

Lors de sa dernière tournée, Léo Ferré refermera chaque récital en interprétant "Avec le temps". Il aura auparavant demandé au public de ne pas applaudir aux dernières notes. Cette sortie, symboliquement définitive, se fera chaque soir dans un silence d'autant plus pesant que Ferré, âgé, quittera lentement la scène. Il s'éteindra chez lui, en Toscane, le 14 juillet 1993.
 

Léo Ferré le 9 novembre 1990. Au fond l'équipe de reportage

Léo Ferré le 9 novembre 1990. Au fond l'équipe de reportage

© Daniel Ravelli



Le reportage de Rouzane Avanissian et Ambroise Perrin tel que diffusé en novembre 1990 sur FR3 Ile de France.