"Ivo Livi, dit Montand" un docu événement mardi soir sur France 2

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 13H39, publié le 19/10/2011 à 11H23
Yves Montand nous a quittés il y a vingt ans

Yves Montand nous a quittés il y a vingt ans

© FOND YVES MONTAND / PROD

France 2 diffusera le mardi 8 novembre à 20h35 un documentaire consacré à Yves Montand, à la veille du 20e anniversaire de sa disparition. Depuis les collines de sa Toscane natale jusqu’au Metropolitan Opera de New York, de l’Alcazar de Marseille aux studios d’Hollywood, de la Place rouge à la Maison-Blanche... un destin exceptionnel qui croise un demi-siècle de mémoire collective des Français. Patrick Rotman, déjà co-auteur, avec Hervé Hamon d'une biographie de 600 pages consacrée à Montand, signe un nouveau documentaire événement. Interview.

 

Qu’est-ce qui vous fascinait et vous fascine toujours chez Montand ?

Gamin, j’écoutais Montand en boucle ; je connaissais toutes ses chansons ; j’avais tous ses disques. Ensuite, je l’ai vu au cinéma. Pourquoi Montand ? Quand on y pense, cela paraît évident. Qualifier son parcours de réussite semble presque impropre tant son histoire reste invraisemblable ; celle d’un gamin du ruisseau, fils d’immigré parlant à peine français, qui accède au statut de star mondiale. Une formidable success story qui vient à force de travail et d’acharnement. Il est devenu non seulement le plus grand interprète de son temps, mais aussi un des plus grands acteurs de cinéma ; un cas unique. Ajoutez à cela les femmes de sa vie, des mythes, Edith Piaf, Simone Signoret, Marilyn Monroe, et vous avez tous les ingrédients d’une destinée incroyable qui est, de plus, totalement ancrée dans la vie du XXe siècle. Mais j’ai découvert, derrière le visage que tout un chacun connaissait, un homme totalement différent, extraordinairement inquiet et fragile. Dans ce film, j’ai essayé de traduire les fêlures, les peurs. La trouille du petit mec qui a quitté tôt l’école, la trouille de l’autodidacte qui apprend des phrases par cœur… Une peur continuelle de ne pas être à la hauteur.

Souvent, dans vos films, même sur des sujets politiques ou historiques, il y a une dimension de spectacle. Avec Montand, c’est le comble du spectacle. Est-ce pour cette raison que vous avez choisi de ne pas mettre de témoignages ?

Il est vrai que, dès le début, j’avais envie de faire un spectacle. J’avais en tête de réunir l’histoire du XXe siècle, celle de Montand, le music-hall, le cinéma et les femmes. Un spectacle grandiose en soi, paroles et musique. D’autant que je me méfie, dans les biographies sur les artistes, des témoignages d’un seul ton. Je voulais réaliser un film tout en images, enlevé, rythmé, sans rien qui vienne freiner le tempo. Je voulais privilégier l’image et la bande son.

En faisant un film sur Montand, qui reste l’incarnation d’une conscience morale, ne vouliez-vous pas signifier la fin de la dimension culturelle et glamour de l’engagement ?

Effectivement, ça n’existe plus aujourd’hui. Déjà, du temps de Montand, rares étaient les artistes qui exprimaient à ce point leur époque. Il y avait des comédiens, des intellos, des chanteurs engagés, mais personne d’autre qui fût doté de cette dimension incroyable. L’histoire que je raconte à travers celle de Montand est close. Cet engagement-là n’a plus d’existence. Je me souviens que Montand, lorsque l’on parlait de toute cette histoire à laquelle il avait été mêlé de si près, disait que dans une vingtaine d’années, cela ne signifierait plus rien. Moi-même, en faisant le film, je me demandais si l’on comprendrait ce que le communisme représentait comme espérance et illusion des années trente aux années cinquante. Aujourd’hui, on est entré dans un autre siècle. Ce qui reste en revanche et qui s’avère très actuel et moderne, c’est le sens du combat. Il y a chez Montand cet aspect-là, cette générosité qui explique à la fois son engagement et le fait qu’il se soit aussi trompé. Le film le montre lorsqu’il part au Chili à 68 ans pour soutenir ceux qui combattent Pinochet. C’est un voyage fatigant, dangereux et pas évident puisque la dictature sévit. Mais il le fait. A chaque fois que l’on demandait à Montand d’aller soutenir une cause, il y allait. "Je ne peux pas ne pas le faire, expliquait-il, moi je peux ouvrir ma gueule." Et il citait la phrase de Fitzgerald qui dit grosso modo : "Ce n’est pas parce que le monde est désespérant qu’il faut désespérer." Ainsi, si les motifs de son engagement et le contexte historique de celui-ci sont devenus caducs, Montand reste un modèle de travail, l’exemple d’un type qui décide de ne pas accepter sa vie telle qu’elle est et de s’en sortir. De ne pas se satisfaire de ce qu’il est, de ne pas se satisfaire du monde tel qu’il est et d’essayer de le changer.

Propos recueillis par Amélie de Vriese

"Ivo Livi, dit Yves Montand" mardi 8 novembre à 20.35 sur France 2