Isabelle Aubret ce soir à l'Olympia avant sa tournée d'adieux

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/10/2016 à 12H09, publié le 03/10/2016 à 10H52
Isabelle Aubret sur scène en 2009.

Isabelle Aubret sur scène en 2009.

© POL EMILE/SIPA

Elle a décidé de s'en aller discrètement, "le coeur rempli de l'amour du public". Isabelle Aubret, 78 ans, va entamer ses adieux ce lundi soir 3 octobre par un "au revoirdéfinitif" à l'Olympia, la mythique salle parisienne où elle a débuté en 1960.

"Je veux partir en pleine forme. Je veux que les gens gardent une belle image, après un dernier message d'amour. Cette décision me déchire, mais c'est  respecter le public", confie à l'AFP la "petite soeur" de Jean Ferrat, celui qui lui a offert certaines de ses belles chansons avec Jacques Brel ou Louis Aragon. "Après ce dernier Olympia qui sera terriblement émouvant, j'enchaînerai  avec la tournée Age tendre avant un au revoir, l'an prochain, à toute la France", raconte-t-elle.

"Allons Enfants !", son dernier album studio

L'interprète de "C'est beau la vie !", hymne d'espoir face aux tragédies et  accidents (notamment de voiture en 1963) dont elle a été victime, vient de  publier un dernier album studio, "Allons Enfants !" (Sony), tendre injonction à  l'adresse des nouvelles générations "pour ne jamais baisser les bras". "Nous vivons une époque difficile... A mon âge, je n'ai pas peur", dit-elle. "Mais je pense aux jeunes. Je leur dis qu'il faut croire en la vie, se battre et vouloir avancer. Si les jeunes n'ont pas confiance en eux et dans la vie, il faut désespérer de tout... Il faut toujours avoir confiance et se battre, quoi qu'il arrive!", lance la chanteuse aux pétillants yeux bleus, "bouleversée et déchirée" par les attentats et le sort des migrants "jetés de  leur pays, mal acceptés dans les nôtres".

Signées Georges Chelon, Claude Lemesle ou Jean-Pierre Bourtayre, les 18  chansons de son dernier album célèbrent la vie et l'amour, ses thèmes de  prédilection. Avec le titre "La Liberté", Isabelle Aubret, elle poursuit son oeuvre "militante": "Toi qui vit dans la liberté/Ne t'endors pas !". "Ce n'est pas facile de conserver cette liberté si précieuse. Et puis, bientôt, il va falloir voter, être vigilant... Il faut écouter ce que les  politiques ont à nous dire, ou à nous re-dire pour certains, ou à nous re-promettre encore... ", affirme-t-elle.

De l'usine à l'Eurovision

Née à Lille en 1938 dans un milieu très modeste, Thérèse Coquerelle, son vrai nom, est la cinquième d'une tribu de onze enfants. Un concours de chant lui ouvre les portes du succès. Les producteurs Jacques Canetti et Gérard Meys la prennent sous leurs ailes. 

En 1962, Isabelle Aubret remporte le concours de l'Eurovision avec "Un  premier amour". Jean Ferrat, avec qui elles partagent les mêmes convictions de  gauche, lui offre alors plusieurs chansons dont "C'est beau la vie". Ils  évoqueront "un coup de foudre artistique". "Je ne m'attendais pas à chanter. Je voulais être danseuse classique ou  jouer la comédie", dit-elle aujourd'hui.

"Très jeune, j'ai vécu des choses difficiles. A la maison, j'étais entourée de douceur et je me suis retrouvée plongée dans le monde du travail et de la  violence d'une usine de filature avec le bruit, la poussière et l'autorité", se  souvient-elle.  Avec cette fierté de ne jamais avoir oublié: "Quand j'ai reçu la Légion d'honneur, j'étais heureuse d'avoir à mes côtés une copine de l'usine, ma vie avant la chanson..."

A quelques heures de son dernier Olympia, Isabelle Aubret est assaillie par  le trac, "comme au premier jour" : "le trac, c'est avant tout le respect du public, simplement l'envie d'être à la hauteur de ce qu'on attend de vous ".