Instit et chanteur, Pain-Noir veut faire respirer les mots et la voix

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/10/2015 à 12H12, publié le 23/10/2015 à 12H10
François-Régis Croisier, dit Pain-Noir, octobre 2015 à Paris

François-Régis Croisier, dit Pain-Noir, octobre 2015 à Paris

© THOMAS SAMSON / AFP

La nouvelle coqueluche du folk français s'appelle Pain-Noir. François-Régis Croisier, un trentenaire issu de l'active scène de Clermont-Ferrand, est aussi un instituteur cultivant le souci du mot juste dans ses chansons comme face à ses élèves. Ses musiques, hors des formats pop actuels, se veulent sobres pour faire respirer les mots et la voix.

"Je me vois difficilement ne faire que de la musique. Instituteur, je me sens plus légitime, alors qu'en tant que musicien, je ne me sens pas forcément indispensable", confie à l'AFP François-Régis Croisier, qui profite des vacances scolaires pour publier son premier album sous le nom de "Pain-Noir".
Ce n'est pas un inconnu : il chantait en anglais sous le nom de St. Augustine et était l'un des membres actifs du label Kütu Folk regroupant la scène de Clermont-Ferrand, considérée il y a quelques années comme la capitale française du rock. "Ce groupe est mort de sa belle mort. J'ai fait deux albums qui ont eu leur petit succès d'estime, j'ai beaucoup tourné, vécu la vie de musicien et puis je m'en suis lassé", explique le chanteur. Il avait pris une année sabbatique pour se consacrer à la musique mais a retrouvé, et avec plaisir, ses élèves de maternelle et de primaire.
1er album de Pain-Noir, sortie 23 octobre 2015

1er album de Pain-Noir, sortie 23 octobre 2015

© Pain-Noir
L'ancien étudiant en littérature anglaise a depuis abandonné la langue de Shakespeare pour écrire et fredonner en français. "Un copain qui voulait monter une boîte d'édition m'avait demandé un projet de livre sur le processus créatif. Je n'avais jamais écrit en français et c'est venu très facilement. Le livre n'a jamais vu le jour mais les chansons sont arrivées", raconte-t-il. S'accompagnant à la guitare, et parfois avec le piano de sa compagne (professeur de musique), il bricole avec un complice des chansons artisanales, immédiatement mises en ligne. Ciselés, ses textes parlent de "pentes friables" où on laisse son "coeur et le peu d'un genou", d'un "corps prêt à se fendre au premier vent salé posé sur nos peaux" et d'aube où "le jour point". Ses musiques, hors des formats pop actuels, se veulent sobres pour faire respirer les mots et la voix.


Pain-Noir qualifie son style de "gospel laïc" et de "folklore contrarié" sur sa page Facebook


Musicalement, ses références vont de la chanson française à la folk anglo-saxonne mais le Clermontois assure n'avoir jamais écouté un album d'un autre Auvergnat également apparenté à la famille folk, Jean-Louis Murat. Les mélodies et les mots de Pain-Noir naissent quand il se promène, en voiture ou à vélo mais sont ensuite longuement travaillées et épurées. "J'aime bien les choses discrètes, je me sens vite agressé par l'opulence et plus j'avance, plus j'en enlève", relève le Clermontois. Jusqu'ici seul sur scène, il va désormais se produire avec un groupe, notamment en décembre à Bordeaux puis Paris. Mais il ne rêve plus de la vie sur les routes, mettant un point d'honneur à concilier musique, vie de famille et ses  journées en classe, où il n'hésite jamais à sortir la guitare. "Avoir une vie bien remplie, c'est important pour moi, et en plus je trouve que ça nourrit ma musique", dit-il.

Un équilibre que le Clermontois, né en mai 1980, reconnaît avoir mis longtemps à trouver: "J'ai parfois l'impression que ma vie a commencé à 25  ans." De ce qui a précédé, il ne souhaite pas en dire beaucoup sinon qu'il a grandi dans la Nièvre - "ce que je ne souhaite à personne" - dans une famille pas spécialement musicienne et que son père est aujourd'hui décédé. Ses souvenirs d'enfance, il préfère les transmettre dans son premier album, publié sur le nouveau label TomBoy Lab, dont le livret est composé d'une série de photos de famille en noir et blanc prises par son grand-père.