Filippetti réforme le Centre national des Variétés : joie prudente de la filière

Par @Culturebox
Mis à jour le 30/01/2014 à 20H00, publié le 30/01/2014 à 15H59
Aurélie Filippetti au ministère de la Culture le 29 janvier 2014

Aurélie Filippetti au ministère de la Culture le 29 janvier 2014

© Laurent Benhamou / Sipa

Dans un entretien à l'AFP, la ministre de la Culture a annoncé jeudi une réforme du Centre national des variétés, appelé à devenir le "réceptacle du financement" de la musique, secteur pour lequel elle prône une "politique ambitieuse". Les représentants de la filière musique ont salué, avec prudence, les annonces d'Aurélie Filippetti.

Dans son entretien publié à 48 heures du Midem, Aurélie Filippetti a dévoilé à l'AFP une réforme en profondeur du Centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV), afin que celui-ci "accompagne l'ensemble de la filière musicale" et devienne le "réceptacle du financement destiné au secteur de la musique". Actuellement, la mission du CNV, établissement public, consiste à soutenir le spectacle vivant de musiques actuelles et de variétés, grâce aux fonds collectés par la taxe sur les spectacles.

La ministre a laissé entendre que la filière pourrait bénéficier de ressources supplémentaires, assurant "travailler pour pouvoir avoir un financement d'ampleur du CNV destiné au secteur de la musique".

Ces annonces ont été reçue avec soulagement par un secteur qui se sentait "oublié" par le ministère depuis l'échec du Centre national de la musique (CNM), selon le mot des producteurs de disques. Laminée par dix ans de crise, la filière s'était investie dans ce projet amorcé sous la présidence Sarkozy et qui devait emmener de nouvelles ressources au secteur sur le modèle du CNC pour le cinéma.

Pour la première fois, producteurs de disques, entrepreneurs de spectacles, représentants des artistes et sociétés d'auteurs s'étaient mis ensemble autour d'une table pour définir les contours de ce CNM. Durant la campagne présidentielle, François Hollande avait promis de poursuivre le chantier. Mais arrivée rue de valois, Aurélie Filippetti avait annoncé l'abandon du CNM sous forme d'établissement public, arguant que son financement n'était pas sécurisé. La taxe sur les services de télévision, qui abonde le CNC et aurait pu être en partie réattribuée au CNM, a été finalement validée par Bruxelles fin 2013.

Soulagement teinté de prudence
Réunis en conférence de presse quelques heures après l'annonce de la ministre, les représentants de la filière musicale ont salué, avec une teinte de prudence, le projet de réforme du CNV. "Cela fait deux ans que je plaidais pour que le CNV soit le support du financement de la production musicale, en cas de relance de la réflexion sur le sujet. Mais la chose ne pourra se réaliser dans de bonnes conditions que si l'État dégage des ressources", a averti le directeur du CNV, Jacques Renard.

"Pour l'ensemble de nos métiers, c'est d'abord une grande joie. Mais plusieurs questions restent sur la table : combien, comment et quand ?", a déclaré Bruno Lion le président de Tous pour la musique (TPLM), qui réunit les principaux représentants de la filière. "S'il n'y a rien de concret avant 2015, c'est peu de choses de dire que le compte n'y sera pas."

Car il y a urgence. Les années 2010-2016 seront les années les plus basses du marché de la musique enregistrée et représenteront un volume d'affaires équivalent à environ 30% de ce qu'il était en 2000-2002, a rappelé le président de l'UPFI (producteur indépendants) Stephan Bourdoiseau. Certaines structures n'ont "pas d'autres solutions que de rationaliser leurs équipes ou un certain nombre de projets", a-t-il ajouté.

Autre sujet d'interrogation, l'annonce de la ministre intervient au moment où le gouvernement vient de décider d'abaisser le plafond de la taxe qui finance justement le CNV. "Pour prouver sa volonté, le gouvernement doit immédiatement annuler le plafonnement cette taxe. Dire qu'on va créer des recettes nouvelles alors qu'on pompe déjà celles existantes pour le spectacle vivant, c'est un peu contradictoire", a lancé Marc Slyper, patron du Syndicat national des artistes musiciens (SNAM-CGT) et administrateur du CNV.

L'entretien d'Aurélie Filippetti à l'AFP

- AFP : Les producteurs de disque se disent "oubliés" par votre ministère. Que leur répondez-vous ?
- Aurélie Filippetti : J'ai conscience des difficultés du secteur. Les chiffres sont alarmants avec 62% de baisse du nombre d'albums produits depuis 2002. Je ne pense pas qu'il y ait d'équivalent dans d'autres secteurs et je suis déterminée à poursuivre une politique ambitieuse en matière d'accompagnement de nos acteurs.

"Réformer en profondeur le CNV, grand chantier de l'année"

- La taxe sur les services de télévision (TST-D), source de financement évoquée pour le Centre national de la musique (CNM) a été validée par Bruxelles fin 2013. Allez-vous relancer le chantier ?
- Ce que je souhaite c'est pouvoir relancer (le chantier) sans créer un nouvel établissement public parce qu'il y a des coûts de structures. Un établissement existe, c'est le Centre national des variétés (CNV) que je souhaite réformer en profondeur, dans sa gouvernance, mais aussi dans ses finalités pour que sa mission puisse être élargie à la musique et pour qu'il puisse être le réceptacle du financement dédié à la musique.

- Quand cette réforme aura-t-elle lieu ?
- Le plus rapidement possible. Il y a tout un travail de concertation avec les membres du conseil du CNV qui doivent être associés à cette réforme. Il ne faut pas non plus que le spectacle vivant s'inquiète car le CNV ne va pas perdre sa mission sur le spectacle vivant. Mais, il aura une mission renforcée dans le domaine de l'accompagnement à la production musicale.

- Le CNV réformé va-t-il bénéficier de fonds supplémentaires ?
- Avec la sécurisation de la TST-D, mais aussi avec d'autres modes d'abondement, on travaille pour pouvoir avoir un financement d'ampleur du CNV destiné au secteur de la musique. Ca sera le grand chantier de cette année.

"Des mécanismes d'aides aux petites structures"

- Avez-vous déjà un chiffrage de ces fonds supplémentaires ?
- Non, pas pour le moment. On doit attendre la loi de finances pour avoir une idée précise du chiffrage possible. Parallèlement, j'ai mis en place ou renforcé un certain nombre de mécanismes d'aides aux petites structures (micro-labels, petites plateformes musicales, disquaires...). Elles ont bénéficié d'une enveloppe de 700.000 euros au cours de l'année écoulée, qui ont permis d'aider une cinquantaine d'entreprises. Ca va évidemment continuer. De la même manière, j'ai pu dégager 3 millions d'euros supplémentaires qui viendront accompagner les entreprises de la production de concerts, via l'IFCIC.

La répartition de la valeur entre artistes, producteurs et plateformes musicales vient de faire l'objet du rapport Phéline. A quoi va-t-il aboutir ?
- Je demande à l'ensemble des parties prenantes d'entrer vite dans une négociation. Je veux qu'ils se mettent d'accord sur les niveaux de rémunération des uns et des autres sur streaming. S'ils ne le font pas, il y aura dans la loi Création un amendement gouvernemental qui fixera les choses sur le principe de la gestion collective. Je leur fixe l'année comme horizon.

- La filière musicale s'est émue des propositions du CSA sur l'évolution des quotas de chansons francophones à la radio. Quelle est votre position ?
- Je ne souscris pas à l'analyse du CSA. Il est hors de question de remettre en question les quotas, qui ont été extrêmement efficaces et pertinents.

- Que va-t-il advenir de la réponse graduée contre le piratage ?
- Ce sera dans la loi Création. La réponse graduée sera transférée au CSA avec un mécanisme identique à celui qui fonctionne actuellement au sein de la Hadopi et avec les mêmes protections pour les consommateurs et les libertés individuelles sur le net. Concernant la contrefaçon commerciale, des mesures seront mises en place pendant l'année.