Clip : des chanteurs alsaciens pleurent leur région "alsassinée"

Par @Culturebox
Publié le 13/03/2015 à 19H50
Image du clip "Alsassinée"

Image du clip "Alsassinée"

© Collectif Alsace feat. O'Possum

"On m'a alsassinée, écartelée, on m'a privée de tout!": une vingtaine d'artistes alsaciens viennent d'enregistrer un clip pour s'opposer à la fusion de leur région avec la Lorraine et la Champagne-Ardenne, mais le titre et le ton de la chanson font grincer quelques dents.

"J'étais une région de vie et de raisin, de grands crus, de houblon, de choucroute et de vin. Mais qu'en reste-t-il à présent, disséminée aux quatre vents ?", s'interroge la chanson, diffusée depuis jeudi sur YouTube.
Sur une mélodie pop évoquant un hymne des "Enfoirés", l'Alsace y est décrite comme "déchue de (ses) droits", privée de sa "fierté", ou encore affublée d'une "cicatrice" qui "pour toujours restera visible". Enregistré cette semaine par un collectif d'artistes âgés de 16 à 35 ans, le clip "Alsassinée" avait été vu vendredi après-midi plus de 4.500 fois sur YouTube, moins de 24 heures après sa mise en ligne. Et la chanson devrait figurer en bonne place dans l'accompagnement sonore de la nouvelle manifestation contre la fusion des régions, prévue samedi à Strasbourg.

"C'est juste un projet artistique"

L'auteur du texte, Thierry Brenner, revendique le jeu de mot du titre, qui évoque évidemment un "assassinat". Pour autant, a-t-il précisé à l'AFP, "il ne faut pas y voir quelque chose de polémique, c'est juste un projet artistique". Evoquer un assassinat n'est pas forcément exagéré, "du moins en ce qui concerne notre langue", a jugé pour sa part Jean-Georges Trouillet, porte-parole du parti régionaliste "Unser Land" ("Notre pays").

Pour le reste, a-t-il reconnu, "évidemment que la réforme ne fera pas disparaître la choucroute et les colombages". Le jeu de mot, en revanche, n'a pas plu à la conseillère régionale (PS) d'Alsace Pernelle Richardot, qui a twitté: "Jouer avec peurs plus facile que de construire". "Ce texte accuse le gouvernement et les politiques d'assassinat, sans les nommer. Ce n'est pas anodin, et ça va trop loin", a dit à l'AFP Mme Richardot. "En substance, ce n'est qu'un message de haine. On attise les peurs, on joue sur les fantasmes, mais l'Alsace ne perdra pas son vignoble parce qu'il y aura cette fusion!" a-t-elle ajouté.

"Le titre ne me dérange pas, je ne le prendrais pas au premier degré", a jugé pour sa part le chansonnier et cabarettiste Roger Siffer, défenseur de longue date du dialecte et de la culture régionale. Pour autant, sur le fond, "si la langue alsacienne est en difficulté, c'est la faute des Alsaciens qui ne l'ont pas transmise, et la fusion des régions n'y changera rien", a-t-il estimé.