"Ça Fromet!": l'album de chansons vaches du "barde" iconoclaste de France Inter

Par @Culturebox
Mis à jour le 05/11/2015 à 17H59, publié le 05/11/2015 à 16H45
Frédéric Fromet sort le 6 novembre son premier album "Ca Fromet!" 

Frédéric Fromet sort le 6 novembre son premier album "Ca Fromet!" 

© Fabien Espinasse

Il fait marrer les auditeurs de France Inter chaque vendredi après-midi avec ses chansons sur l’actualité où il tire sur tout ce qui bouge. Frédéric Fromet sort son premier album ce 6 novembre. Une sélection de chansons vaches comme il les appelle, mises en musique par les Ogres de Barback. Un petit concentré de méchanceté qui fait du bien à écouter. Interview

C’est qui Fromet ? Si vous êtes un fidèle auditeur de France Inter vous connaissez celui que ses copains de l’émission « Si tu écoutes, j’annule tout » appellent le barde. Pour les autres Frédéric Fromet est un chansonnier, dans la plus pure tradition du genre. « Comme on ne peut pas dire chanteur ça se saurait, musicien pareil, donc chansonnier ça me va bien, dans le sens où je traite de thèmes d’actualité. C’est ça le travail de chansonnier même si le mot fait un peu vieillot, ringard». L'exercice lui n'a rien de ringard et Fromet lui redonne même un sérieux coup de fouet.
 
Avant de chantonner Frédéric Fromet a été ingénieur informaticien, si si. «L’informatique en fait je n’y comprenais rien du tout. Je me suis laissé porter par les études pour finir comme ingénieur. Une imposture ! Comme maintenant d’ailleurs. Ma vie est une imposture... »
 
Et dans sa vie d'avant Fromet écrivais déjà des petites chansons dans son coin et c'est un jour de juillet à Avignon (on en reparlera) que le directeur du Caveau de la République à Paris le repère et l'embauche. « Ce qui m’a permis d’arrêter mon vrai boulot pour écrire des conneries. C’était le 1er janvier 2009 ». Il y restera 5 ans jusqu’à la fermeture définitive du lieu en 2014 «Je ne sais pas si c’est de ma faute ou pas ? Sinon le Caveau m’a permis de faire plein de rencontres dont une déterminante avec Alex Vizorek qui m’a ouvert les portes de France Inter».

Pas le physique de l'emploi 

Le truc avec Fromet c'est qu'il a un physique de gentil, une voix de gentil, même son sourire est gentil. Alors forcément quand il débarque sur scène et se pose avec sa guitare, les gens sont loin d'imaginer toutes les vacheries qu’il est capable de balancer. « C’est ça qui fait le sel du bordel ! C’est que les gens ne s’y attendent pas. Je suis conscient de ça donc j’en abuse un peu. L’effet de surprise. Comme je n’ai pas forcément la tronche d’un mec agressif, ça me permet de dire plein de saloperies avec le sourire et du coup ça passe mieux. » Comme cette petite phrase lâchée en début de spectacle : « Ici c’est mieux qu’à la télé, ils mettent les moches devant » ambiance garantie. « Oui je le dis souvent ça, mais par contre pas quand les gens sont vraiment moches, ça m’est arrivé une fois ils étaient tous moches, alors j’ai zappé la vanne… ».
Fred Fromet photo © Sandra Sanji
 

L’après 7 janvier

Bref Frederic Fromet tape sur tout ce qui bouge, et appuie là ou ça fait mal. Chaque vendredi sur France Inter dans l'émission de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek « Si tu écoutes, j’annule tout » il s’attaque à l’actualité et brocarde avec justesse la société, les affaires, et bien sûr la politique. Et cela en toute liberté : « ça je tiens à le souligner, j’ai une liberté totale, Charline et Alex découvrent ma chanson en même temps que les auditeurs. C’est important de le dire car je pense que c’est loin d’être le cas dans tous les médias. » A son tableau de chasse, Sarkozy, Morano, Ménard, les Le Pen père et fille, Air France, Air Cocaïne (sur les musiques de fameuses chansons de Patrick Sébastien) ou encore les incivilités des vieux de banlieue. 
 
Et en même temps cette liberté totale ça responsabilise dit-il et ça vous oblige aussi à ne pas faire n’importe quoi. Car Frédéric Fromet s’est rendu compte avec sa chanson post-attentats de janvier « Coulibaly Coulibalot » (ou les attentats expliqués aux enfants), que jusqu’ici il chantait ses textes devant un public qui avait les codes pour comprendre le second-degré et la caricature. Mais cette chanson qui a beaucoup circulé via ce qu’il appelle les réseaux « asociaux » est parvenu jusqu’à des oreilles pas du tout aguerries : « Beaucoup de gens n’ont retenu qu’un bout de phrase, et ne sont pas allés plus loin. Une chanson ou je dénonce les amalgames en disant qu'évidemment les Musulmans sont tous méchants, les Catholiques tous pédophiles et les vieilles toutes des cougars. Et beaucoup ont pris ça au premier degré, j’ai eu des messages de vieilles pour me dire qu’elles n’étaient pas toutes des cougars ! Et malheureusement beaucoup moins drôle, des messages de musulmans qui me disaient « Qu'est ce que tu racontes on n'est pas tous méchants ». Du coup pour l’album j’ai modifié la phrase de fin, « les fous d’Allah sont des toquards » par « les fous de Dieu sont des toquards ». Pour qu'on comprenne bien que ce n'est pas les musulmans qui sont visés, surtout pas. Donc oui maintenant quand j'écris une chanson je fais gaffe à ce que ce soit bien compréhensible pour tous. »

Mais pas trop quand même car ce qui anime Fromet c'est de faire rire, pas de faire passer un message ni de faire de la chanson militante : « j'm'en fous ça ne m'intéresse pas et s'il y'en a qui ne veulent pas se marrer avec moi, qu'ils passent leur chemin... »  
 
Pour son premier album "Ca Fromet!", il a fait une (dure) sélection de chansons écrites pour la scène et d’autres plus récentes écrites pour la radio et inspirées par l’actualité, comme « Coulibaly Coulibalo » donc, mais aussi « Gad Elmalette » (planquant ses sous chez les Helvètes) ou encore « Badaboum Lé Pétit Yélico » référence au crash de deux hélicos sur le tournage d’une émission de télé-réalité de TF1 en Argentine qui « à failli nous couter Candéloro », le tout sur l’air revisité de l’Internationale et avec l’accent espagnol. Cynique à souhait.
 
Pour le reste planquez-vous, Fromet taille des costards tous azimuts. Les bobos qui se vantent de marcher au bout du monde mais qui gueulent dès que l’ascenseur est en panne. Les jeunes cadres dynamiques et leur insupportable jargon d’entreprise, les geeks de tout poil, les footeux et les joggeurs, les mômes insupportables, les adeptes du bio, l’extrême gauche et l’extrême droite, ou encore le cybersex avec l’excellente « A cause d’un clic » où sur un air de berceuse un fils découvre que la femme derrière l’écran… c’est sa maman. Ca décoiffe !
 
Fromet aime se moquer et provoquer, comme quand il dépeint la vie à la campagne dans « Chez les Bouseux ». De quoi faire réagir dans les petites villes de province où il vient jouer : « Je commence toujours le spectacle avec « je suis bobo », et après je leur dis voilà maintenant que je me suis bien foutu de ma tronche, je vais m'occuper de la votre. Et ça passe. Il m'est arrivé de démarrer par « les bouseux » et là ça marche pas du tout, les gens se disent mais qu'est-ce que c'est que ce connard de Parisien (né à Blois) qui vient nous insulter... Maintenant j'ai compris et ça passe bien.»

Les Ogres à la manœuvre

Le dernier titre de l’album « J'ai tout plein d'amis au Medef » a été enregistré lors d'un concert de la tournée des 20 ans des Ogres de Barbarck. Et ce sont eux qui ont « orchestré » ce premier album. A l’origine une rencontre il y a quelques années entre Frédéric Fromet et Sam l’un des Ogres au festival d’Avignon et à qui il avait remis une maquette. Puis plus de contact jusqu'en Novembre 2014 :  « Là il m'a appelé pour me demander si je voulais les accompagner sur quelques dates de leur tournée des 20 ans, et là je me suis dit qu'ils n'avaient  trouvé personne d'autres... Mais j'ai dit oui si ça pouvais les dépanner. »
 
Il fera cinq dates avec les Ogres de Barback et c'est vers eux qu'il se tourne quelques mois plus quand l’idée d’un album se fait plus précise : « ils m'ont dit ok mais à condition qu'on joue dessus, et là je me suis dit ah merde, ça va être tout pourri... Non du coup c'était Noël ! » Et quand on lui dit qu'on retrouve bien le son des Ogres, et que ça bouge bien : « oui c'est vrai, ça va bien relancer leur carrière... » Comme celle d’Aurel dit-il, le dessinateur de presse qui a illustré la pochette et le livret de l’album. 
 
Avant de se quitter on évoque Avignon et son festival, déterminant dans son parcours. C’est le lieu de toutes les rencontres importantes et pourtant il en dresse un portrait au vitriol dans « En juillet à Avignon ». Des Avignonnais toujours prêts à racketter les festivaliers, le off et ses 1000 spectacles et ses hordes de comédiens en costume qui tractent à longueur de journée, ou le In à cent euros la place dans la cour d'honneur « mais ça dure 10 heures... ». Bref comme le dit la chanson tout est normal à Avignon et dans le Vaucluse, comme le score du FN ! Grincements de dents dans la cité des Papes. « Un jour je la chantais dans la rue et le directeur du Off Greg Germain trainait là à une terrasse, et le lendemain j'avais un appel de sa secrétaire, j'étais convoqué, ça ne lui avait pas trop plus. Mais bon j'y suis jamais allé, j'avais autre chose à foutre que d'être convoqué chez le directeur... » 
 
Une chanson jouée un soir de festival, avec son compagnon de scène François Marnier à l’accordéon, devant un parterre de notaires de la ville qui venait d'entendre quelques secondes plus tôt : « Bonsoir, je suis content de chanter devant des voleurs, euh des notaires... ».
 
Bref, Fromet ne respecte rien et c’est ça qui nous fait marrer. A écouter sans aucune modération…
 
« Ca Fromet ! » de Frédéric Fromet 
arrangé par les Ogres de Barback
Sortie le 6 novembre 2015 (Irfan, Le Label)


La pochette de l'album illustrée par le dessinateur Aurel

La pochette de l'album illustrée par le dessinateur Aurel

© Irfan

Frédéric Fromet ne fera pas de tournée spécifique pour la sortir de l’album puisqu’il est dit-il en tournée permanente. Toutes les dates sont disponibles et mises à jour ici et