Brigitte Fontaine a "l'honneur d'être" pour ses 50 ans de carrière

Par @Culturebox
Mis à jour le 27/09/2013 à 18H16, publié le 25/09/2013 à 10H56
Brigitte Fontaine sur scène en 2007 dans le cadre du Festival international de la bande-dessinée d'Angoulême.

Brigitte Fontaine sur scène en 2007 dans le cadre du Festival international de la bande-dessinée d'Angoulême.

© PIERRE ANDRIEU / AFP

Un 20e album, un documentaire en salles et en DVD le 2 octobre, une tournée, marquent les 50 ans de vie artistique de l'inclassable Brigitte Fontaine, chanteuse, comédienne, écrivaine mais surtout poétesse - sa dénomination préférée.

L'essentielle écriture
Treize nouveaux morceaux composent ce nouvel album, "J'ai l'honneur d'être", toujours mis en musique par son compagnon et complice artistique Areski Belkacem. Les nouveaux titres de l'autoproclamée "reine des kékés" sont nettement plus personnels que la charge féroce contre la société de son précédent opus, "Prohibition", en 2009.
Dans "J'ai l'honneur d'être" paru chez Universal Jazz, Brigitte Fontaine rend par exemple hommage à son père "plein de douceur". "Des amis m'ont poussé à écrire sur mon père. Je ne l'avais jamais fait. Je pleurais tout le temps en écrivant. Je ne pourrai jamais interpréter cette chanson sur scène...", a-t-elle confié à l'AFP dans un bistrot de l'Ile Saint-Louis, son repaire.
Brigitte Fontaine chante "Crazy Horse", extrait de son album "J'ai l'honneur d'être", dans l'émission "Ce soir ou jamais" de Frédéric Taddeï sur France 2.
"Quand j'écris, je suis libre. Je peux faire ce que je veux. Depuis l'enfance, l'écriture est essentielle", renchérit-elle. "La scène aussi est mon refuge. Je ressens un élan formidable et pour ainsi dire, pas de trac".
"Reflets et crudité"
Amoureuse née, cette "pythie sympathique parfois sans pitié qui déclame vérités et absurdités" selon Thomas Bartel et Benoît Mouchart, auteurs du documentaire "Reflets et crudité", Brigitte Fontaine s'adresse aussi "aux hommes qui préfèrent les hommes".
"Reflets et crudité" : la bande-annonce
"C'est naturel en somme/C'est tant pis pour nos pommes/Puisqu'ils sont tous pédés/Songeons à nous aimer/Les femmes préfèrent les femmes/C'est un joli programme", chante-t-elle.
"J'en avais marre de voir tous les mecs devenir pédés. Je suis pour le mariage pour tous. Qu'on les laisse faire ce qu'ils veulent. Il y a eu des dérapages lamentables et pendables pendant ce débat. Comme dit Areski, l'homosexualité, c'est surtout une question d'émotion. On est toujours du même avis, tous les deux!", explique-t-elle, entre des pauses cigarettes sur le trottoir.
Brigitte Fontaine chante "L'Homme objet" en 1968
Avec la chanson "Au diable Dieu", Brigitte Fontaine se transforme en anticléricale forcenée: "Au diable Dieu/Ce vieux mafieux/Roi des bigots/Secte d'escrocs/De collabos/Niqueurs d'ados/Brûleurs de vierges/Lécheurs de cierges".
"Je déteste les curés. Ils ont fait trop de mal et ils continuent! Les religions c'est du poison, ce qui ne m'empêche pas d'être une mystique", assure-t-elle.
Dès le premier titre de l'album, l'artiste prend aux tripes avec "Crazy Horse", supplique en défense de Lola, jeune maman jetée en prison pour avoir volé pour ses enfants des steaks et des poupées.
Interview de Brigitte Fontaine au "Journal du dimanche" à l'occasion de la sortie de son album le 16 septembre 2013, "J'ai l'honneur d'être".
 Avec "J'ai l'honneur d'être", titre éponyme de l'album, le plus rock, la chanteuse qui se produira au Bataclan à Paris le 2 novembre avant un tour de France, éconduit un amoureux trop pressant : "Je ne peux ni ne veux/Ecouter vos aveux/Ni répondre à vos feux/Criminels et vicieux".
"J'écris très vite: n'importe quand, n'importe où même si il y a beaucoup de gens autour de moi. Je me tiens au courant de ce qu'il se passe. J'adore écouter la radio, mais pas la télé qui est hideuse et qui déforme tout !", dit-elle encore en prenant le thé.
Brigitte Fontaine et Jacques Higelin, présentés par Denise Glazer, chantent "Cet enfant que je t'avais fait".
La "reine de kékés" se dit d'ailleurs agacée par son image de "rockeuse zinzin": "C'est à cause de la télé, tout ça... Ceux qui me connaissent par la télé, ne me connaissent pas du tout !"
"J'ai eu le tort de vouloir m'amuser quelques fois à la télé et on en a profité pour dire que j'étais folle. Maintenant, je fais le moins possible d'émissions...", affirme-t-elle.
Ultime sentence avant de prendre congé : "être adulte, c'est n'être pas vivant. Quand j'étais petite, les adultes étaient des fantômes. Je ne faisais pas partie de leur monde chiant. Rien n'a changé : les adultes sont toujours aussi chiants !".