A l'approche des 50 ans de la mort de Piaf, une bio remet le mythe à sa place

Par @Culturebox
Mis à jour le 29/08/2013 à 15H22, publié le 29/08/2013 à 15H15
Lettres d'amour d'Edith Piaf mises en vente chez Christies en mai 2009

Lettres d'amour d'Edith Piaf mises en vente chez Christies en mai 2009

© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Alors qu'approche le 50e anniversaire de la mort d'Edith Piaf, une biographie très documentée, publiée cette semaine, bat en brèche les mystifications entourant la vie de la chanteuse pour mieux faire briller ce "mythe français".

"Pourquoi a-t-on si souvent brodé, exagéré ou carrément affabulé à propos de Piaf ?", s'interroge Robert Belleret dans le prologue de son ouvrage "Piaf, un mythe français" (éd. Fayard). Ancien journaliste au Monde et auteur d'une biographie de référence sur Léo Ferré, l'auteur a entrepris un méticuleux travail de vérification, s'appuyant notamment sur une centaine de lettres adressée par Piaf à son confident Jacques Bourgeat, restées jusque-là inexploitées.
Piaf lisant à New York, à l'hôtel Intercontinental, en avril 1950

Piaf lisant à New York, à l'hôtel Intercontinental, en avril 1950

© INTERCONTINENTALE / AFP
Au long d'une somme de plus de 700 pages, il tord le cou à quelques-unes des légendes les plus tenaces entourant l'idôle, disparue le 10 octobre 1963. Des mensonges et demi-vérités véhiculées par son entourage, mais que Piaf a elle-même abondamment fait circuler, afin d'"autoalimenter son mythe", souligne l'auteur.
Ainsi, contrairement à ce qu'elle a toujours affirmé, Edith Gassion n'est pas née dans la rue le 19 décembre 1915, mais à l'hôpital Tenon, dans le 20e arrondissement de Paris. Fille d'une chanteuse et d'un contortionniste, elle a bien été confiée à ses grand-mères, mais n'a sans doute pas été nourrie au vin rouge, ni frappée de cécité dans son enfance.
La bande annonce de "La Môme", biopic d'Edith Piaf d'Olivier Dahan (2007)
L'auteur met aussi en doute le récit fait par Piaf selon lequel elle aurait fait passer de faux papiers à des prisonniers lors de ses visites à des camps en Allemagne pendant la guerre. Il évoque plutôt une chanteuse désinvolte, sans conscience politique, qui n'hésite pas à emmenager en 1942 dans les locaux "bien chauffés" d'une maison close à deux pas du siège de la Gestapo.
L'auteur fait aussi la chronique détaillée de la vie amoureuse d'une "Don Juan au féminin", "briseuse de ménages" qui multiplie les conquêtes en culpabilisant: Marcel Cerdan, Yves Montand, Georges Moustaki, Eddie Constantine... 
S'il n'occulte pas ses côtés sombres (ses caprices, ses addictions, ses mesquineries...), l'ouvrage n'écorne pourtant pas le mythe, mettant en avant la force de travail et les multiples talents de Piaf. Son magnétisme sur scène est évoqué à travers des critiques de l'époque, mais ce sont des facettes moins célébrées de Piaf que l'auteur cherche à mettre en lumière.
"L'hymne à l'amour" par Edith Piaf
Travailleuse de la langue et auteure hors paire
Robert Belleret valorise ses qualités d'auteur, qui la conduiront à écrire près de 90 chansons, dont "La vie en rose" et "L'hymne à l'amour". Un talent d'écrivain d'autant plus remarquable que les lettres échangées avec Jacques Bourgeat montrent que Piaf a longtemps dû batailler avec les mots.
La correspondance de La Môme, qui n'a que brièvement fréquenté l'école, est au départ truffée de fautes d'orthographe et de syntaxe, avant de s'affirmer progressivement. Piaf la gouailleuse y confie faire des dictées, prendre des cours d'anglais et d'espagnol, évoque Socrate et Racine, rêve de courir les bouquinistes.
Robert Belleret souligne aussi son formidable flair pour dénicher les chansons qui feront le tour de monde et son talent de pygmalion, qui façonne et promeut inlassablement ceux qu'elle découvre, de Montand, aux Compagnons de la chanson, en passant par Charles Aznavour.
Edith Piaf et les compagnons de la chanson : "C'est pour ça", de Marguerite Monnot et Henri Contet, extrait du film de 1947 "Neuf garçons... un coeur" de Georges Friedland
Piaf était "à la fois secrète et exhibitionniste, généreuse et calculatrice (...), dominée puis dominatrice par compensation, rouée sans pareille et franche du collier comme personne, résistant aux coups durs avec une rage et une force sidérante mais s'apitoyant toujours sur son sort", écrit Robert Belleret.
Les ingrédients d'un mythe qui sera à l'honneur cet automne, pour le cinquantième anniversaire de sa mort avec une avalanche de documentaires, de livres de concerts et une soirée d'hommage dans sa ville fétiche de New-York.