Avec son Cor des Alpes, Alexandre Jous gravit les sommets d'Europe

Par @Culturebox
Mis à jour le 01/09/2017 à 18H44, publié le 07/08/2017 à 11H28
Alexandre Jous - Dent d'Oche - 2222m

Alexandre Jous - Dent d'Oche - 2222m

© Michel Coex

Sa mère et sa sœur ont choisi la flûte. Lui, a choisi le Cor des Alpes. Un peu plus encombrant, certes. Avec son instrument de 3m60, le musicien professionnel conquiert les plus hauts sommets d'Europe. L'un des derniers en date: le Mont-Blanc et ses 4810m. Il vient d'achever sa "Tournée des refuges" dans les montagnes de l'Isère. Retour sur les aventures d'un artiste pas comme les autres.

Il mesure 3m60 mais, composé de bois d'épicéa, ne pèse que 4 kg. C'est au XIVe siècle qu'apparait dans les hautes montagnes de Suisse et d'Europe Occidentale le cor des Alpes, idéal pour échanger dans ces hautes contrées. La puissance de cet instrument, les échos et les résonances de la montagne permettent de communiquer jusqu'à... 50km !  Alors, quand les bergers partent plusieurs mois, ils mettent au point un code entre eux : tantôt rythmique pour annoncer un danger, tantôt plus doux pour déclarer leur grand retour au village. Puis, au XXe siècle, de jeunes compositeurs commencent à s'intéresser à cet instrument à vent et à l'accorder. Aujourd'hui, le soliste international Alexandre Jous continue à aller là-haut, tout en haut des sommets, dans ce lieu si spécial où le Cor des Alpes est né... 

Reportage France 3 Alpes : F. Guais / G. Lespinasse / V. Muamba

Quand la musique fait corps avec la montagne...

Replacer le cor des Alpes dans son environnement naturel, telle est l'ambition d'Alexandre Jous, musicien mais aussi grimpeur et alpiniste. Sensible à la beauté de ces monts enneigés et aux lueurs crépusculaires, il se laisse porter, improvise et réalise de véritables performances. Explicite, le titre de son deuxième opus en dit long : "C'est le montagne qui décide". Dans ces conditions, l'acoustique ne cesse d'évoluer et chaque prestation devient unique. D'ailleurs, quand en 2013, il gravit le Mont-Blanc, à deux reprises il doit faire demi-tour à cause du mauvais temps. "On sait très bien en tant que montagnard que sur un sommet le spectacle est différent : la musique est une recherche quotidienne." 

Mon équilibre ne se fait pas l'un sans l'autre. J'ai besoin d'aller me ressourcer en montagne, j'ai besoin d'aller jouer dans des endroits féeriques sur des sommets où il n'y a pas grand monde pour offrir mon inspiration du moment à la montagne, les sons que je peux donner mais également pour travailler et rendre mon quotidien en concert à chaque fois plus intéressant avec de nouvelles idées.

Alexandre Jous

Sa tournée des refuges

Alexandre Jous était la semaine passée dans le massif des Ecrins pour sa tournée estivale des refuges. Une expérience "magique" selon ses propres mots. Comme ce soir-là, au refuge de l'Olan où, pour l'occasion, il a accès au toit du refuge. Les gens sont couchés, la tête dirigée vers le étoiles. Alexandre Jous, lui, se positionne face au massif isérois et commence à "jouer avec les résonnances de la montagne". Puis, les échos se calment, se font plus discrets, la prestation touche à sa fin. Mais pendant 20 minutes encore, les gens restent allongés sans rien dire, contemplant ce paysage qui s'est comme révélé à eux dans cette envolée poétique. "Magique", comme cette autre soirée, au refuge de Font Turbat où il fait la rencontre d'un berger. Ensemble, ils retracent l'histoire si singulière de cet instrument. Ensemble, ils émeuvent le public privilégié qui restera réuni jusqu'à 23h30. Quand l'on sait que le lendemain, ils se lèveront à 3h du matin pour franchir de nouveaux monts...

Alexandre Jous photo © France 3 / Culturebox / capture d'écran

L'alpiniste va poser ses pieds là où ses yeux ont regardé

Diction des alpinistes, relaté par Alexandre Jous

Un musicien éclectique et international

Si Alexandre Jous interprète des musiques traditionnelles, il aime aussi se confronter à des registres plus récents : électro ou reggae comme dans son dernier album "Alp'Horn in the street". Son éclectisme et son talent lui ont d'ailleurs permis de remporter en 2008 le concours international de cor des Alpes en Suisse dans la catégorie solo. Il est alors le premier "non-suisse" à remporter ce concours. Musicien professionnel depuis 15 ans, Alexandre Jous s'est produit aux quatre coins du monde en soliste international comme en musicien d'orchestre. Chine, Russie, Etats-Unis, Autriche, Hongrie, Estonie, Espagne, Maroc, Emirats-arabes unis, Luxemboug, Allemagne, Belgique, autant de pays qui ont pu découvrir ces mélodies venues de si loin. En 2015, la même année où il participe au festival de Royan "Un violon sur le sable", Alexandre Jous est invité à l'émission de J-F Zygel "La boite à musique" sur France 2. Il y reprend notamment l'un des thèmes de la première symphonie de Brahms. L'histoire raconte que Brahms avait envoyé une carte à Clara Schumann, lui écrivant "Aujourd'hui j'ai écouté ça dans la montagne" et en fera plus tard l'un des thèmes de sa Symphonie n°1.

Après sa tournée estivale, Alexandre Jous a rejoint le Mont-Blanc. En "promenade", il en profitera pour découvrir de nouveaux endroits pour de prochaines aventures... 

La fabrication d'un tel instrument relève de l'art et demande un véritable savoir-faire. Depuis plusieurs années, Alexandre Jous travaille avec Sandro Faïta à la tête de "Résonance Bois" dans le quartier de Croix-Rousse à Lyon.