Un charte commune signée par Kering et LVMH bannit les mannequins trop jeunes et trop maigres

Par @Culturebox
Mis à jour le 12/09/2017 à 13H38, publié le 06/09/2017 à 10H08
Christopher Kane ah 2015-16, à la London Fashion Week 

Christopher Kane ah 2015-16, à la London Fashion Week 

© BEN STANSALL / AFP

Kering et LVMH, deux géants du luxe, ont adopté une charte qui proscrit l'emploi des mannequins trop maigres, ou âgés de moins de 16 ans. Les deux groupes représentent des grands noms de la mode comme Gucci, Saint Laurent, Vuitton et Dior.

Rendue publique mercredi, dans une démarche inédite, à la veille du début des défilés à New York, cette "charte sur les relations de travail et le bien-être des mannequins" proscrit la taille 32 utilisée par certains créateurs et prévoit qu'"aucun mannequin de moins de 16 ans ne sera recruté pour participer à des défilés ou à des séances photos représentant des adultes".

Une charte qui "change vraiment la donne" 

Ces mesures ont été prises après des polémiques sur les conditions de travail des mannequins qui avaient marqué la Fashion week parisienne en février. Elle prévoit une série d'engagements destinés à s'appliquer immédiatement dans le monde entier, lors des séances photos pour des campagnes publicitaires et les défilés de mode des marques appartenant à ces deux géants français (Gucci, Bottega Veneta, Saint Laurent, Balenciaga, Alexander McQueen, Christopher Kane, Stella McCartney pour Kering, et Dior, Vuitton, Givenchy, Céline, Kenzo, Fendi, Loewe, Berluti, Pucci, Marc Jacobs et Loro Piana pour LVMH).
 
"Nous voulions aller vite et frapper fort, pour que les choses bougent vraiment, et essayer d'inciter au maximum les autres acteurs de la profession à nous suivre", a déclaré le PDG de Kering, François-Henri Pinault. Antoine Arnault, membre du conseil d'administration de LVMH et fils du PDG Bernard Arnault, a salué une charte qui "change vraiment la donne".

Un certificat médical exigé 

Ces engagements vont au-delà de dispositions légales sur l'emploi des mannequins entrées en vigueur en France en mai. La charte requiert ainsi la présentation d'un certificat médical datant de moins de six mois, tandis que la loi prévoit que ce certificat - prenant notamment en compte l'indice de masse corporelle (IMC) du mannequin -, peut remonter jusqu'à deux ans.
 
Alors que la maigreur des mannequins fait régulièrement polémique, les marques s'engagent à bannir les tailles les plus petites, inférieures au 34 (taille française) pour les femmes et 44 pour les hommes. "La disposition sur la taille, couplée au certificat médical de moins de six mois, est une mesure très forte qui va nous permettre d'avancer", s'est félicité M. Pinault. "Beaucoup de gens ne connaissent même pas l'existence de la taille 32", a reconnu Antoine Arnault. "Mais un certain nombre de créateurs faisaient faire leurs prototypes en 32. C'est maintenant terminé, les tailles seront désormais à partir du 34, ce qui est déjà assez petit", a-t-il dit.

"Des abus" autour de l'âge des mannequins

Les maisons s'interdisent également d'embaucher des mannequins de moins de 16 ans pour des vêtements destinés à des adultes. "Il y a eu des abus", a estimé Antoine Arnault. "Une jeune fille de 15 ans n'a pas le bagage nécessaire pour affronter le monde difficile de la mode et du mannequinat", a ajouté le responsable, marié au mannequin Natalia Vodianova. 
 
Le jeune âge des mannequins est souvent critiqué: des adolescentes de 14 et 15 ans ont foulé dans le passé les podiums de marques prestigieuses. La charte encadre les conditions de travail des mannequins, plus particulièrement celles des plus jeunes (16 à 18 ans), et les "situations de nudité ou semi-nudité".

Des traitements parfois "sadiques et cruels" 

Elle prévoit aussi qu'ils aient "accès à une nourriture et à des boissons adaptées à leurs besoins alimentaires". La Fashion week parisienne avait été marquée en février par une polémique déclenchée par le directeur de casting américain James Scully. Il avait notamment mis en cause les conditions d'un casting réalisé pour Balenciaga par deux de ses concurrents, les accusant de traitements "sadiques et cruels" à l'encontre de jeunes filles forcées d'attendre des heures dans un escalier. 
 
La mise en oeuvre de ces règles sera supervisée par un comité de suivi instauré par les deux groupes. "Les PDG des marques de mon groupe vont veiller à ce que les mesures soient appliquées partout. Une marque qui ne conformerait pas à la charte devrait me rendre des comptes", a averti François-Henri Pinault, qui souhaite également dans l'avenir "avancer vite" sur la question de la diversité des mannequins.