Un laboratoire "Anti_Fashion" pour repenser la mode, à Marseille

Par @Culturebox
Mis à jour le 05/06/2017 à 14H16, publié le 05/06/2017 à 13H22
Anti-Fashion: un manifeste par Li Edelkoort   

Anti-Fashion: un manifeste par Li Edelkoort   

© Tigran Avestisyan

A Marseille, la 2e édition d'"Anti_Fashion", qui s'est tenue du 2 au 4 juin, a exploré des idées pour redonner un nouveau souffle au fonctionnement de la mode. Ce projet part de la publication d'un manifeste de Lidewij Edelkoort. Selon cette gourou de la mode et défricheuse de tendances, "c’est la fin d’un système de la mode comme on le connaît aujourd’hui".

En 2015, Li Edelkoort publie son manifeste "Anti_Fashion" qui met en avant des process économiques et universitaires obsolètes. Il témoigne de la fin d’un système. "J’adore la mode et c’est très important. Je n’ai jamais dit que c’était la fin de la mode. J’ai dit que c’était la fin d’un système de la mode comme on le connaît aujourd’hui. Ce n’est pas la faute de la mode, c’est la faute du système", explique alors la chasseuse de tendances.


 
Pour Li Edelkoort, l'objectif est de "changer le système de l'intérieur et doucement, d'éroder les grandes maisons. Mêmes les très grands navires commencent à réfléchir". 
Anti-Fashion: A Manifesto for the Next Decade | Li Edelkoort |

Workshop, rencontres, concours

Le projet : créer des rencontres autour de ce manifeste, pour fédérer, rassembler et échanger entre les industriels de la filière textile, les marques et la formation, pour mieux comprendre le marché et ses attentes, et essayer d’écrire le scénario du renouveau. Aix Marseille Université et l’Association Latitude 40°Nord sont à l’initiative avec la Parsons School of Design de New-York, de cet évènement.

"J'ai voulu alerter le public sur les abus humains et environnementaux de ce système qui ne fonctionne plus, qui est en train de mourir", peuplé de maisons géantes produisant des collections à un rythme effréné, a déclaré à l'AFP Mme Edelkoort. "La mode est devenue démodée, elle ne correspond plus à la jeunesse, qui aspire à d'autres manières de travailler et de consommer". "Ce modèle dans lequel une masse anonyme et épuisée façonne nos vêtements et nos idées et un créateur seul récolte les applaudissements n'est plus adapté", affirme-t-elle. 
Le Festival Anti Fashion 2017

Changer le système de l'intérieur

"Notre idée est que le t-shirt qu'on porte et le contenu de notre assiette ont autant d'importance que le bulletin de vote qu'on glisse dans l'urne", raconte la fondatrice Stéphanie Calvino. Elle implante ce projet à Marseille car "rien ne s'y passe comme ailleurs, il y a un côté friche expérimentale, ville sauvage, on teste des choses qu'on ne peut pas tester ailleurs, en marge de tout", et en s'appuyant sur les traditions et l'industrie textile de la ville. Pour faire bouger les lignes, les organisateurs misent sur l'éducation. Avant le festival, des étudiants du master de mode de l'université d'Aix-Marseille ont planché sur de nouveaux modèles économiques pour le secteur, sous la direction de Pascale Gatzen, professeur à la Parsons School de New York.

Trouver de nouvelles voies

Des jeunes talents repérés par des éducateurs de centres sociaux dans les cités défavorisées de Marseille ont présenté leurs créations. Âgés de 18 à 22 ans, originaires de la cité de Frais Vallon, dans le 13e arrondissement, ils ont pioché dans un stock de grossistes de jeans pour créer des pièces, sans connaissances techniques préalables.

"Tant de jeunes ne voient pas ce que le système peut leur offrir. On va les placer en stage, mais il y a tant d'obstacles : comment se loger si c'est à Paris, se nourrir ?", s'interroge la journaliste de mode Sophie Fontanel, qui anime les conférences. "Il y a tant de jeunes bloqués aux portes du système, qui échouent aux concours car ils n'en maîtrisent pas les codes, ou n'ont pas les moyens de réaliser ne serait-ce que des prototypes", regrette-t-elle. "Mais ils peuvent peut-être se passer de tout ça, trouver de nouvelles voies".

Des conférences s'attellent à chercher des solutions pour "produire de manière raisonnée", comme "acheter du tissu tous ensemble plutôt qu'au compte-gouttes, acheter trois t-shirts plutôt que dix, oser porter des vieux vêtements, recycler", énumère Stéphanie Calvino, citant un atelier où l'on apprend à raccommoder des vêtements troués avec du fil d'or. 

Le festival s'appuie sur une poignée de marques, triées sur le volet pour leur démarche, comme Maison Standards. Son fondateur Uriel Karsenti explique que pour proposer des prix "justes", pour lequel sa marge est "trois à quatre fois inférieure à la plupart des marques", il multiplie les initiatives innovantes, en laissant par exemple aux clients le choix du prix qu'ils souhaitent payer.