Une croisière anglaise pour Dior

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 02/06/2016 à 10H11
Croisière Dior 2017, à Blenheim, près de Londres

Croisière Dior 2017, à Blenheim, près de Londres

© ADRIAN DENNIS / AFP

Dior a présenté à Blenheim, château au nord-ouest de Londres où naquit Winston Churchill, son défilé croisière 2017. Cette collection de mi-saison, présentée en mai entre deux Fashions Weeks, s'avère un enjeu commercial de poids pour les grands noms de la mode. Un lieu à l'intérêt architectural particulier et une créativité débridée sont les cartes maîtresses de la Croisière.

Le duo créatif à la tête du studio, les Suisses Lucie Meier et Serge Ruffieux, qui assurent la transition en attendant la nomination prochaine d'un directeur artistique, ont mêlé les références aux classiques de la maison et les influences anglaises. Dans ce château du début du 18e siècle près d'Oxford où la maison Dior avait déjà défilé en 1954 et 1958, les mannequins ont foulé un podium représentant une scène de chasse à courre.
Croisière Dior 2017, à Blenheim, près de Londres...

Croisière Dior 2017, à Blenheim, près de Londres...

© Kirsty Wigglesworth/AP/SIP
L’inspiration n’est pas seulement le vestiaire de la haute société d’après guerre mais aussi l’effervescence et l’esprit d’aventure qui y régnaient. La campagne anglaise est évoquée par des allusions à la chasse et à son univers pictural. Les basques formant le tailleur Bar emblématique se détachent pour devenir des minijupes, se superposent à un pantalon, une robe... Les imprimés végétaux s'entremêlent, les couleurs s'entrechoquent pour une touche d'originalité toute britannique. La collection, qui se veut fonctionnelle, comporte de nombreuses poches, des vestes qui se ferment avec des foulards, un sac banane qui se porte sur l'épaule.
Croisière Dior 2017, à Blenheim

Croisière Dior 2017, à Blenheim

© ADRIAN DENNIS / AFP
Des éclats de rouge rappellent l’écarlate des costumes des chasseurs à courre. Les Tweeds sont rustiques et les popelines rurales, jusqu’aux scènes équestres que l’on retrouve au milieu de jacquards figuratifs ou mêlées à des bouquets de fleurs des champs. Ces dessins se mélangent aux velours dévorés, aux soies d’Asie et aux imprimés africains, aux motifs tissés et aux broderies, traduisant un esprit explorateur.
Croisière Dior 2017, à Blenheim, près de Londres..

Croisière Dior 2017, à Blenheim, près de Londres..

© Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA
"On a pensé à la Parisienne de Dior qui va à Londres et devient plus excentrique", a expliqué à l'AFP Serge Ruffieux, qui y voit "une suite logique, en plus affirmé" des collections précédentes du duo, qui a pris la relève après le départ en octobre 2015 de Raf Simons.

Un dialogue culturel de longue date

Cette conversation entre style anglais et style français fait écho au dialogue entre le passé et le présent et aux échanges culturels entre les deux pays. Au XVIIIe siècle, la mode en France s’est prise d’anglomanie, tandis qu’au XXe le mouvement s’inverse et la couture française rayonne en Grande-Bretagne. A commencer par celle de Christian Dior qui s’inspire de la mode anglaise : si le couturier faisait confectionner ses propres costumes chez les tailleurs de Savile Row, il utilisait également les codes masculins comme les laines anglaises, les tweeds écossais et les motifs Prince-de-Galles pour souligner la féminité de ses créations.
Croisière Dior 2017, à Blenheim, près de Londres

Croisière Dior 2017, à Blenheim, près de Londres

© ADRIAN DENNIS / AFP

La Croisière, désormais un événement médiatique

Très importantes d'un point de vue commercial, les collections croisière, dont les présentations étaient traditionnellement réservées aux acheteurs, sont devenues des événements médiatiques majeurs entre deux périodes de Fashion Weeks. "Nos clientes sont patientes mais elles veulent de la nouveauté ! Ces collections croisière ont pris de l'importance aux yeux du public, et sont aussi créatives que les autres collections", estime le PDG de Dior, Sidney Toledano.

Pour ces shows spectaculaires, les grandes maisons rivalisent de destinations toujours plus extraordinaires. Chanel a récemment défilé à La Havane, Louis Vuitton à Rio de Janeiro, et Gucci présentera le 2 juin sa collection croisière à l'abbaye de Westminster à Londres. C'est aussi l'occasion pour ces maisons de se rapprocher d'un marché important pour elles. Pour le défilé Dior, la majorité des clientes invitées étaient londoniennes.
Croisière Dior 2017, à Blenheim, près de Londres. © Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA
Ces collections, disponibles en novembre, sont celles qui restent le plus longtemps dans les magasins, souligne Patricia Romatet, directrice d'études à l'Institut français de la mode. "Selon les maisons, c'est entre 60% et 80% du chiffre d'affaires de la saison en prêt-à-porter".

Toujours dans l'attente d'un nouveau Directeur Artistique

Après ce défilé outre-manche, le duo à la tête du studio de création présentera la collection de haute couture en juillet à Paris alors que la maison doit nommer "bientôt" un successeur à Raf Simons. "Les pages, on les tourne à notre rythme", commente Sidney Toledano. "Les enjeux sont extrêmement importants, il s'agit de voir quelle direction créative  sera prise pour les années qui viennent. Et ça, on le dira bientôt".