Un vent de reprise souffle sur la Milan Fashion Week printemps-été 2018

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/09/2017 à 08H30, publié le 21/09/2017 à 08H29
Gucci printemps-été 2018, à Milan, septembre 2017

Gucci printemps-été 2018, à Milan, septembre 2017

© Miguel MEDINA / AFP

De nouveaux talents très attendus qui cherchent à se faire une place aux côtés de griffes installées comme Moschino ou Armani : la Fashion Week s'est ouverte le 20 septembre à Milan dans un contexte économique montrant des signes de reprise sur le marché de la mode. Une soixantaine de shows et une centaine de présentations printemps-été 2018 sont au programme de la semaine.

Cette édition accueille dans le théâtre de la Scala les premiers Oscars de la mode durable avec des prix "Green Carpet Fashion Awards Italia" qui récompenseront les jeunes designers éco-responsables.

La première enseigne d'envergure à défiler est Gucci, griffe en forme depuis l'arrivée début 2015 de l'Italien Alessandro Michele à sa direction artistique. La collection de l'enseigne florentine est aussi la première depuis l'annonce par sa maison mère, le groupe de luxe français Kering, d'interdire le recours à des mannequins trop maigres et âgés de moins de 16 ans, ce qu'a fait aussi son rival LVMH.
Gucci printemps-été 2018, à Milan, septembre 2017
Gucci a délivré une ode aux années 80, avec un show foisonnant de costumes droits, franges et paillettes. Le styliste Alessandro Michele a opté pour un style chic et studieux. Dans une quasi-obscurité, percée de quelques flashs de lumière, il a présenté une collection riche en lunettes rondes, satin et broderies colorées et scintillantes. "Nous vivons dans une société où nous sommes obsédés par la vérification et moi je veux vous hypnotiser", a-t-il expliqué. D'où un podium évoquant l'Atlantide une nuit de brouillard, hérissé de sculptures massives des plus grands symboles de l'humanité comme un Bouddha souriant et Toth, le plus sage des dieux égyptiens. Les vêtements embrassaient le passé, à l'exemple d'un costume de satin aux étoiles de paillettes semblant sorti de la garde-robe de David Bowie. Un costume trois-pièces marron rappelait une vieille photo Kodachrome, abstraction faite des énormes bagues incrustées et des larges lunettes de soleil blanches qui l'accompagnent. Les garçons défilent en short, cravatte, gilet à l'effigie de Bugs Bunny ou pantalon de dentelle tandis que les filles portent des robes de tulle ou des vestes Prince de Galles.
Gucci printemps-été 2018, à Milan, septembre 2017..

Gucci printemps-été 2018, à Milan, septembre 2017..

© Miguel MEDINA / AFP
Dans la matinée, la Fashion Week avait commencé avec les défilés de jeunes talents comme le Japonais Atsushi Nakashima, qui a présenté des couleurs vives, des ponchos argentés et une multitude de vêtements aux zips brillants. Pour le créateur, ces zips se veulent un rappel de ce que l'humanité a de meilleur en ces temps incertains où la Corée du Nord tire des missiles au-dessus de son pays. "C'est la raison d'être de cette collection. Réunir, se comprendre, communiquer", a déclaré le styliste à la presse. "Nous pouvons être reliés les uns aux autres".  
Atsushi Nakashima printemps-été 2018, à Milan, septembre 2017

Atsushi Nakashima printemps-été 2018, à Milan, septembre 2017

© Marco BERTORELLO / AFP
Chez N°21, la femme est résolument sexy. Elle scintille, que ce soit avec des sequins agrémentant une veste ou une jupe à carreaux déstructurée ou carrément en robe entière donnant un effet paillettes.
Robe transparente beige sur soutien-gorge et culotte années 60 roses, ou noire sur dessous rouge complètent le vestiaire du label milanais. 
N21 printemps-été 2018, à Milan, septembre 2017

N21 printemps-été 2018, à Milan, septembre 2017

© Miguel MEDINA / AFP

De nouveaux directeurs artistiques chez Roberto Cavalli et Jil Sander

Parmi les nouveaux venus, le Britannique Paul Surridge présentera sa première collection depuis qu'il a pris les commandes de la création artistique de Roberto Cavalli, griffe célèbre pour sa rock'n'roll attitude. Le couple Lucie et Luke Meier fera aussi ses débuts en tant que designers de la marque au style minimaliste et sophistiqué Jil Sander. "Lucie et moi travaillons ensemble de façon très naturelle", a déclaré en juin le Canadien Luke Meier au magazine Vogue. "Pendant 15 ans, nous avons eu un dialogue très ouvert sur la manière d'envisager le design et nous nous sommes souvent dits qu'un jour, nous travaillerions ensemble", a ajouté le créateur, passé par Supreme et OAMC. Son épouse austro-allemande a fait ses classes chez Louis Vuitton et Balenciaga avant de prendre la direction artistique de Dior.

Les griffes Albino Teodoro, Brognano, Ssheena et le jeune label sud-coréen The-sirius, aux créations très futuristes, entreront pour la première fois dans l'arène lombarde. 

Une embellie du secteur

Mais Milan ne serait pas Milan sans les poids-lourds de la mode que sont Fendi, Ferragamo, Versace ou Prada. De grandes enseignes qui après quelques années difficiles - dues au recul du marché asiatique conjugué à la volatilité des devises et aux attaques terroristes en Europe - connaissent une embellie de leurs ventes, en tout cas certaines d'entre elles. La reprise a été conduite par des maisons comme Gucci, dont les ventes au premier trimestre 2017 ont connu la plus forte accélération de ces 20 dernières années. Tel n'a pas été le cas pour Prada qui attribue ses ventes en berne à un euro fort qui a fait fuir les touristes.

"Si par le passé l'embellie était synonyme d'amélioration pour tout le monde, aujourd'hui la situation peut être très favorable à certains et très mauvaise pour d'autres", explique Stefania Saviolo, spécialiste du secteur à l'Université Bocconi de Milan. "Cela peut varier selon plusieurs facteurs comme la marque elle-même ou la catégorie du luxe dans laquelle elle évolue", précise-t-elle. Mais dans la guerre à laquelle ils se livrent pour conquérir le coeur des clients, et leur porte-monnaie, les groupes de luxe doivent se souvenir que rien n'est jamais acquis, relève Stefania Saviolo. "Vous ne savez jamais combien de temps cela durera. Les cycles économiques sont de plus en plus courts et le marché se lasse des tendances de plus en plus vite", explique-t-elle.