Fashion week de Milan : une sophistication subtilement décontractée

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 01/03/2015 à 13H44
Jil Sander pap ah 2015-16 à Milan

Jil Sander pap ah 2015-16 à Milan

© FILIPPO MONTEFORTE / AFP

Milan, défilés de prêt-à-porter féminin pour l'hiver 2015-16. Les couturiers ont rivalisé de créativité pour célébrer les facettes les plus facétieuses et multiformes de la femme. Chez les uns, noblesse et sophistication (Marco de Vincenzo, Veronica Etro, Antonio Marras et Roberto Cavalli), chez les autres rigueur (Armani), nature (Blumarine), couleur et géométrie (Bottega Veneta et Jil Sander).

Depuis quelques saisons, les silhouettes féminines se libèrent de tous les carcans, la femme cherchant avant tout des vêtements pratiques et multifonctionnels. Une tendance vouée à s'accentuer l'hiver prochain, sans pour autant perdre en élégance.

La sophistication de Marco de Vincenzo

S'affirmant toujours plus comme la nouvelle valeur sûre d'un made in Italy en plein renouvellement, Marco de Vincenzo a mis en pratique avec brio ce nouveau diktat de la mode. En apparence, le jeune styliste utilise des formes simples et des matières douces (jupe droite fendue, robes chemise, cabans en mouton, tuniques tricot et mini-jupes plissées).
Lors du défilé Marco de Vincenzo.

Lors du défilé Marco de Vincenzo.

© REX/REX/SIPA
Mais dans la réalité, rien n'est laissé à l'état naturel. Toutes les pièces sont incroyablement sophistiquées, jouant sur les effets d'optique, les constructions, les superpositions et les traitements des tissus. Ainsi le denim est décoloré puis teint et assemblé par panneaux dans des  manteaux et pantalons extra larges. Ailleurs, d'étonnants tressages dessinent des géométries variables et mouvantes dans les pullovers et les jupes.

Veronica Etro, le poids de l'histoire

Veronica Etro puise, quant à elle, dans le savoir-faire historique de la maison homonyme, mettant le tissu au premier plan d'une collection magique. Toute la garde-robe se joue en effet sur la richesse et la beauté d'étoffes précieuses agencées en savants patchworks. Brocarts d'or, velours ciselés, tissus damassés, jacquards, broderies, inserts de passementerie ressuscitent la splendeur d'anciennes tapisseries retrouvées au fond d'une malle. Assemblés comme un puzzle, ces échantillons de différentes matières, couleurs et dessins redonnent vie à de nouveaux tissus marqueterie. Ils revivent dans des manteaux, robes, tailleurs-pantalons et jupes plissées aux couleurs mordorées traversés de broderies en lurex et de paillettes.

Armani, rigoureux

Retour à la rigueur en revanche avec Giorgio Armani, qui propose pour sa deuxième ligne Emporio "une femme forte et autonome", qui s'affiche coiffée à la garçonne et portant avec nonchalance des vêtements d'homme et des souliers plats, le micro-sac et/ou maxi porte-monnaie accroché à la ceinture. Sa garde-robe est composée essentiellement de vestes masculines longues et d'amples pantalons s'arrêtant au-dessus de la cheville. La palette est sombre, avec des gris, des noirs et des violets illuminés par des touches de rouge rubis (écharpe, volant, boutons, sac, chaussures). Une couleur intense, qui s'empare parfois d'une fourrure, d'un manteau matelassé ou  encore de robes boule.

Blumarine, nature

Nonchalance et esprit relax aussi chez Blumarine, où l'élégance est avant tout naturelle et dépouillée de froufrou. Un cardigan oversize moelleux en cachemire suffit à habiller une femme esquissée avec grâce par Anna Molinari. Jambes nues en boots noires ou douillettes sandales fourrées, elle endosse volontiers aussi de courtes robes-tricot à torsades et gros col roulé ou des vestes mi-longues à large revers nouées à la taille par une ceinture, telle une robe de chambre.

Sexy Versace

Versace s'inscrit en contre-tendance, prônant le retour à une mode-logo revendiquée et hyper sexy. Pas sûr que les cuissardes colorées en daim ou vernies dans des rouge, jaune et vert pétants, moulant les jambes jusqu'au raz des fesses, soient des plus pratiques, mais quelle allure ! Les couleurs primaires, proposées en total look ou par flash en zébrures et bandes illuminant des robes noires, insufflent une énergie incroyable à une collection très pop. Les grosses lettres multicolores composant le nom de la griffe dansent la java sur des pulls, quand ce n'est pas tout simplement Versace qui s'inscrit bien visible en vert sur un sweat-shirt noir. Quant à la frise grecque, autre symbole fort reconnaissable de la maison, elle est déclinée un peu partout en micro-dessins ou en format géant sur des ensembles multicolores, ou plus discrète, décorant une paire de collants, les  manches d'un manteau, le bord d'une veste ou encore une ceinture.
Ciao, ciao, Roberto (Cavalli)

Avec ses chemises à jabots, ses poignets de manche à volants, ses noeuds virevoltants et ses boutons dorés, la femme Roberto Cavalli se prend pour une princesse d'un autre temps. Le styliste mélange à merveille ses typiques fantaisies animalières et un style oriental avec des broderies et dessins dorés s'inspirant des anciens vases Ming chinois. Les robes en dentelle ou affublées de longues franges ou de clous dorés ondulent avec grâce sur le corps des mannequins.
Le défilé Roberto Cavalli.

Le défilé Roberto Cavalli.

© Antonio Calanni/AP/SIPA
A la fin du défilé, l'émotion était palpable quand Roberto Cavalli est venu saluer une dernière fois son public, accompagné de sa femme Eva Duringer. Sa griffe en effet devrait être cédée sous peu au fonds d'investissement italien Clessidra et un nouveau directeur artistique serait déjà pressenti.
Accompagné de sa femme Eva Duringer, Roberto Cavalli salue son public une dernière fois...

Accompagné de sa femme Eva Duringer, Roberto Cavalli salue son public une dernière fois...

© PIXELFORMULA/SIPA
Antonio Marras dans un décor château de Versailles

Antonio Marras a pour sa part revisité les fastes du XVIIIe siècle, version marquise de Merteuil. Sous des lustres imposants, les mannequins déambulent sur une enfilade de tapis, dans un décor château de Versailles, chaussant de confortables sandales et bottes fourrées à longs poils, les bras couverts de longs gants de cuir.
Le défilé Antonio Marras, le 28 février à Milan

Le défilé Antonio Marras, le 28 février à Milan

© PIXELFORMULA/SIPA
Les manteaux et tailleurs bleu poussière sont décorés de broderies florales noires et rose poudre ou de rubans-ruche bourgeonnant sur une manche ou sur la bordure d'un manteau bordeaux. Le décolleté d'un corsage noir descend en trompe-l'oeil jusqu'au nombril. Des tailleurs et costumes de banquier sont anoblis par des incrustations dorées. Le col des chemises est relevé et rehaussé d'un noeud de cravate à la Robespierre. Les corps sont drapés dans de longues robes droites descendant jusqu'au mollets.
   
Bottega Veneta, désinvolte

Chez Bottega Veneta, Tomas Maier transforme son habituelle lady sophistiquée en une jeune fille plus désinvolte, qui opte résolument pour le pantalon, porté avec un chemisier en soie à noeud Lavallière et un micro-gilet en lurex ou sous des robes-tunique en lainage grain de poudre. Le styliste joue avec les géométries, les couleurs et les matières, s'autorisant quelques excentricités comme des souliers baroques ou bottes dorées. Un manteau en cuir noir alterne des pans en peau et en plastique transparent. Une multitude de petits pois ou pétales noirs créent des effets optiques sur des ensembles aux teintes brillantes.

Géométries et couleurs chez Jil Sander avec Rodolfo Paglialunga

Le jeu des couleurs et des géométries continue chez Jil Sander, où de longilignes silhouettes bleu marine sont ponctuées de touches orangées et jaunes, dans les verres des lunettes, les bottes vernies, un petit tricot.

Rodolfo Paglialunga, le nouveau styliste de la marque minimaliste, rythme les vêtements de fines lignes droites et de bandes obliques. La garde-robe est composée de sinueux manteaux peignoirs, d'amples jupes-pantalons et de robes s'enfilant sur d'interminables pantalons. En guise de cache-nez, un col roulé postiche couvre juste le cou et les épaules.

Ermanno Scervino, la femme au masculin  

La femme Ermanno Scervino s'amuse à détourner codes féminins et vestiaire masculin. La traditionnelle doudoune se transforme ainsi en une robe manteau ballonnée blanche d'une grande légèreté, portée avec de longues cuissardes noires. Ailleurs, un tissu rembourré de plumes se fait sculpture dans des pulls et jupes tridimensionnels. Les classiques motifs masculins, tels Prince de Galles et pied de poule démesurément agrandis, s'entrechoquent sur des vestes ou des petits pullovers en mohair ou sont illuminés de pierres scintillantes. Le pied de poule devenu patte d'oie géante finit par s'extraire du dessin, métamorphosé en colombes blanches se posant sur un manteau et un sac de  fourrure sombre.