Ouvrir les Fashions Weeks au public? New York pour, objections de Paris et Milan

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 19/01/2016 à 11H46
Gucci pap ah 2016-17, à Milan.

Gucci pap ah 2016-17, à Milan.

© GIUSEPPE CACACE / AFP

Des Fashion Weeks pour le public avec des défilés de vêtements disponibles à la vente immédiatement ? La réflexion engagée par les professionnels de la mode aux Etats-Unis est loin de convaincre Paris et Milan.

Les défilés, comme ceux de la mode masculine qui ont se terminent à Milan et se poursuivent à partir du 20 janvier à Paris, sont réservés aux professionnels (acheteurs, journalistes…) et célébrités. Les défilés n'ont, en effet, jamais été l'objet d'autant d'attention du public, qui se passionne pour les nouvelles collections sur les réseaux sociaux mais ne peut pourtant pas trouver en magasin ce qu'il repère sur les podiums.

Les collections de prêt-à-porter (automne-hiver, printemps-été) étant traditionnellement présentées avec une saison d'avance, les consommateurs doivent patienter entre quatre et six mois pour, enfin, acheter les vêtements vus sur les podiums.

New-York fera des propositions dès février

Une attente longue à l'heure de la "fast fashion" des grandes enseignes et qui favorise la copie, font valoir certains acteurs. Jugeant le système actuel "inopérant" et "source de confusion pour le consommateur", le Council of Fashion Designers of America, représentant  l'industrie de la mode aux Etats-Unis, a confié à un cabinet de consultants Boston consulting group une étude qui doit déboucher sur des propositions en février 2016. "Les créateurs, les distributeurs et les éditeurs s'interrogent depuis un certain temps sur la pertinence de la fashion week dans son format actuel", déclarait, en décembre 2015, Steven Kolb, PDG du CFDA.

Une piste envisagée est d'organiser pour le consommateur des défilés à grand spectacle -comme ceux des Fashion Weeks actuelles- au moment où les collections sont en vente. Les collections présentées seraient donc de saison, et non plus en décalage systématique entre l'automne-hiver et le printemps-été comme actuellement. Ces défilés seraient précédés six mois plus tôt d'une présentation aux professionnels à huis clos, pour permettre aux magasins de passer leurs commandes.

Des objections de Paris et Milan

Mais cette option ne convient pas à Paris et Milan. "Cela part de l'idée que l'on crée une frustration dans le public en lui présentant des produits qu'il ne peut pas acheter. C'est vrai. C'est sûrement un problème auquel il faut réfléchir", reconnaît Ralph Toledano, président de la Fédération française de la Couture.
Défilé Issey Miyake pap printemps-été 2016, à Paris
"Mais ce n'est pas la meilleure solution" pour "Paris, capitale de la création, du savoir-faire. Les vêtements, on a envie de les présenter dans une forme et une chorégraphie qui correspondent à l'esprit dans lequel on les a créés", poursuit le président de la division mode du groupe Puig (Nina Ricci, Jean Paul Gaultier, Paco Rabanne, Carolina Herrera). Il ne partage pas non plus le constat new-yorkais que le système actuel est  "inopérant": "notre industrie a une croissance exceptionnelle " Quant à une présentation aux professionnels à huis clos, il ne croit pas qu'une collection puisse rester confidentielle de nos jours, ni que cela puisse empêcher la copie.
Versace pap ah 2016-17, à Milan
Mêmes objections à Milan: "un marché noir des images de ces créations se mettrait en place", prédit son homologue Carlo Capasa, président de la Camera Nazionale della Moda Italiana. Il pointe le risque de "transformer la mode en pur phénomène de marketing". "L'impulsion vers l'innovation donnée par le défilé serait perdue",   poursuit-il, jugeant aussi que cela pénaliserait les nouvelles marques, qui "perdraient le puissant coup de fouet induit par le défilé".

Des alternatives aux défilés traditionnels existent déjà

Londres organise depuis quelques années un Fashion Weekend où le public peut, moyennant un ticket d'entrée, assister à des défilés de collections de la saison en cours. Le prochain se tient du 25 au 28 février 2016. Les frontières entre cet événement et la Fashion Week vont "sans aucun doute s'estomper davantage" à l'avenir, estime Caroline Rush, directrice du British Fashion Council. "Mais nous devons nous assurer que les maisons qui comptent sur les semaines de la mode pour toucher de nouveaux partenaires commerciaux et médias puissent continuer à le faire".
London Fashion Weekend, en septembre 2015, à Londres
L'initiative n'est toutefois pas une première : en 1984, des milliers de spectateurs avaient pu acheter des tickets pour assister à un défilé Thierry Mugler à Paris. Plusieurs créateurs ont déjà essayé des formules alternatives aux shows  traditionnels, comme Versus Versace qui fait défiler des modèles disponibles  immédiatement à la vente sur son site Givenchy qui a permis à 800 personnes, sélectionnées par tirage au sort, d'assister à son défilé le 11 septembre 2015 à New York.
Défilé Givenchy à New York en septembre 2015
En décembre 2015, la designer américaine Rebecca Minkoff avait annoncé qu'elle présenterait à la Fashion Week de New York, en février, des pièces disponibles, au plus tard, dans les 45 jours suivants.
   
Selon le site Business of Fashion, le créateur américano-thaïlandais Thakoon Panichgul a renoncé au principe des défilés pour privilégier un modèle dit "real-time fashion", qui met en phase la communication avec des vêtements effectivement disponibles à la vente.