15 créateurs rendent hommage à Maria Luisa avec "Une Histoire de Mode"

Par @CocoJeammet Journaliste, responsable de la rubrique Mode de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 29/09/2016 à 07H45
Maria Luisa Poumaillou 

Maria Luisa Poumaillou 

© Olivier Zahm

Le Printemps rend hommage à Maria Luisa Poumaillou à travers l'exposition "Maria Luisa, une Histoire de Mode". 15 designers y présentent en exclusivité une silhouette ou un accessoire de leur choix que la Fashion Editor du grand magasin a porté, aurait pu porter ou qu’ils auraient aimé qu’elle porte. A découvrir jusqu'au 22 octobre 2016.

Alexander McQueen (archives), Christopher Kane, Elvis Pompilio, Haider Ackermann, Jean Paul Gaultier, John Galliano (pour Maison Margiela), Junya Watanabe, Manish Arora, Manolo Blahnik, Martine Sitbon, Pierre Hardy, Rick Owens, Nicolas Ghesquière (archives Balenciaga), Vetements et Martin Margiela (collection privée Maria Luisa) participent à cet hommage en présentant une silhouette ou un accessoire que la Fashion Editor a porté, aurait pu porter ou qu’ils auraient aimé qu’elle porte.
HAIDER ACKERMANN pour l'expo Maria Luisa au Printemps

HAIDER ACKERMANN pour l'expo Maria Luisa au Printemps

© Printemps
"Le véritable talent surprend, parfois même il dérange par sa singularité, son audace et son indifférence à ce qu’on appelle généralement les tendances. Les véritables designers ont suffisamment confiance en eux pour persévérer dans leur quête d’un nouveau vocabulaire. Je base mes choix sur l’instinct et l’intuition. Cela relève plus de la surprise et de la séduction d’une audience plutôt qu’une réponse à des besoins spécifiques" expliquait Maria Luisa au MAD Brussels, en 2012.
ALEXANDER McQUEEN pour l'expo Maria Luisa au Printemps

ALEXANDER McQUEEN pour l'expo Maria Luisa au Printemps

© Printemps

L'œil de Maria Luisa pour propulser des talents

Fondatrice de boutiques multimarques, l'acheteuse de mode Maria Luisa Poumaillou avait contribué à faire émerger de nombreux créateurs influents. Figure respectée du milieu de la mode, elle est décédée en 2015. Fille de réfugiés politiques vénézuéliens, arrivée à Paris à l'âge de 7 ans, elle avait ouvert en 1988 sa première boutique éponyme rue Cambon à Paris avec son mari.

Passionnée par la jeune création internationale, cette femme élégante aux goûts pointus a misé dès leurs débuts sur des designers comme John Galliano, Alexander McQueen, Martin Margiela, Ann Demeulemeester mais aussi Rick Owens, Riccardo Tisci, Christopher Kane ou encore J.W. Anderson. Ses boutiques parisiennes sont rapidement devenues des adresses incontournables du monde de la mode. Aujourd'hui fermées, elles ont cédé la place à une boutique en ligne et à des points de vente au Printemps où Maria Luisa était depuis 2010 Fashion Editor.
RICK OWENS, hiver 2015 pour l'expo Maria Luisa au Printemps

RICK OWENS, hiver 2015 pour l'expo Maria Luisa au Printemps

© Printemps

De nouvelles marques intègrent le corner Maria Luisa

Cette saison des maisons bien installées ou plus jeunes intègrent le corner du Printemps. C'est le cas de Vionnet fondée à Paris en 1912 par Madeleine Vionnet, couturière française dont l’influence a été majeure pour la mode du XXe siècle. L’invention de la coupe en biais dont elle revendique l’origine a libéré les femmes des corsets. Elle travaille alors sur des lignes et des matières fluides et les silhouettes presque liquides s’inspirant de l’art grec du drapé. La maison de couture est florissante dans les années 20, à Paris mais aussi aux USA où Greta Garbo, Marlène Dietrich ou Katherine Hepburn s’approprient ce style. Des collections de prêt-à-porter sont développées ainsi qu’une ligne d’accessoires et même du parfum. Madeleine Vionnet se retire au début des années 40 et s’éteindra en 1975. La maison reviendra sur la scène mode en 2012 avec la femme d’affaires du Kazakhstan Goga Ashkenazi qui acquiert la majorité du capital. Pour l’hiver 2016-17, les drapés et les plissés architecturaux s’expriment en légèreté. Les jeux de textures et de couleurs rythment une silhouette verticale à la coupe anatomique. Les formes kimono et les coupes en biais typiques de Vionnet confèrent volume et fluidité. La palette de couleurs s’affirme en subtilité : le gris caviar est parsemé de touches de roses, foie gras beige et saphir bleu. Les matières sont fluides mais se font parfois plus texturées.
Vionnet automne-hiver 2016, à Paris
Simon Porte Jacquemus a 18 quand il arrive à Paris où il étudie à ESMOD. Il lance sa marque à 19 ans, Jacquemus. Il se fait connaître en faisant porter ses créations à des amies et crée le buzz, durant la Vogue Fashion Night Out de 2010 avec ses mini-défilés en mode happening. En 2012, il est invité à la PFW et en 2015 reçoit le Prix spécial du jury au Prix LVMH. Quasi autodidacte, il est parvenu à imposer un style optimiste. Son univers est riche de références, ses coupes sont simples avec peu de détails mais originales. Pour l’hiver 2016-17, le marine et le blanc prédominent. La collection est construite comme un puzzle avec des assemblages et des ruptures. Focus sur les motifs à carreaux façon Barbès, sur les épaules carrées, exagérées des vestes, sur l’arrondi d’une jupe et les coupes asymétriques. C'est un esprit couture années 50 avec ses effets de manches gigot, des vêtements sculptés avec des touches de fluidité et des costumes en drap de laine pour des silhouettes déstructurées et nouées de liens.
Le corner Maria Luisa au Printemps

Le corner Maria Luisa au Printemps

© Printemps
Proenza Schouler est une marque new-yorkaise fondée en 2002 par Jack McCollough et Lazaro Hernandez. Le duo s’est rencontré à la Parson’s School en collaborant sur leur thèse qui est devenue leur première collection en tant que Proenza Schouler. Pour l’hiver 2016-17, la collection explore la notion de reconstruction : les tissus doux sont assemblés, lacés, liés entre eux. Le duo fait référence à l’art américain, celui des années 60 et 70 et notamment le travail de Robert Ryman, Richard Serra, Robert Smithson et Frank Stella. Les pantalons amples sont portés avec des tops lacés ou des vestes croisées et cintrées à la taille pour une allure à la garçonne. Les robes sont tubulaires avec des découpes aux épaules, à la taille, à la hanche et agrémentées d’un jeu de bretelles. 
Altuzarra, automne-hiver 2016 2017 à la New York fashion week
Né de l’union d’une mère chinoise et d’un père espagnol, Jospeh Altuzarra a grandi à Paris. Il quitte la France à 18 ans pour vivre aux Etats-Unis où il étudie les beaux arts et l’histoire de l’art. Il fait ses armes auprès de Marc Jacobs et de Proenza Schouler avant de revenir à Paris pour assister Riccardo Tisci en 2006. Puis il repart lancer sa marque à New York. C'est un créateur multiculturel qui affirme vouloir dessiner pour de vraies femmes, qui assument leurs qualités mais aussi leurs défauts, qui sont séduisantes, sensuelles, voire sexuelles. Il est devenu célèbre pour ses jupes crayon fendues et pour ses chemises en soie. Altuzarra exhale une féminité aux influences tant françaises qu’américaines pour une femme à la fois moderne, sexy et intrépide : un look masculin-féminin provocant. L'hiver 2016-17 est un mélange de références au textile du 19e siècle : lainages à motif cachemire indiens, perles vénitiennes, imprimés marocains et costumes folkloriques turcs.

Exposition "Maria Luisa, une Histoire de Mode" jusqu'au 22 octobre 2016. Printemps, 2e étage. 64, bd Haussmann. 75009 Paris.