Des demandeurs d'asile du Mali et de Gambie sur les podiums de mode à Florence

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/01/2016 à 14H53
Défilé UMI1, Ethical Fashion Initiative au salon Pitti Uomo, à Florence, janvier 2016.

Défilé UMI1, Ethical Fashion Initiative au salon Pitti Uomo, à Florence, janvier 2016.

© ANDREAS SOLARO/AFP

Des demandeurs d'asile du Mali et de Gambie ont défilé jeudi sur le podium du salon Pitti Uomo de Florence, en Italie. Agés de 19 à 27 ans, ces mannequins d'un jour avaient été sélectionnés dans leur centre d'accueil par l'Ethical Fashion Initiative, qui soutient de jeunes stylistes africains émergents. Ce projet inscrit dans le cadre d'une initiative de formation de migrants au monde de la mode.

Fermiers ou manoeuvres, ils ont traversé déserts et mer pour arriver en mai 2015 en Italie :  huit mois plus tard, sous les flashs des appareils photos, ils défilent en costumes aux coupes sévères, en pulls à frou-frou ou affublés de chapeaux bizarres. Impressionnés au début, ils ont vite adopté la démarche des mannequins, l'un d'entre eux adressant aux photographes un regard de braise digne d'un professionnel en posant au bout du podium.
Défilé Ikire Jones, Ethical Fashion Initiative, salon Pitti Uomo, Florence, 2016

Défilé Ikire Jones, Ethical Fashion Initiative, salon Pitti Uomo, Florence, 2016

© ANDREAS SOLARO / AFP
Agés de 19 à 27 ans, ces mannequins -maintenus dans l'anonymat pour des raisons légales- avaient été sélectionnés dans leur centre d'accueil par l'Ethical Fashion Initiative, qui soutient de jeunes stylistes africains émergents. "Comme nous sommes en Italie et qu'il y a une grande crise des réfugiés, nous avons aussi voulu montrer que les migrants peuvent être une ressource", a déclaré Simone Cipriani, fondateur et directeur de l'EFI.

Un défilé présentant les collections de quatre stylistes africains

"Nous sommes en train de mettre sur pied un centre de formation pour des réfugiés et des migrants en Italie, afin qu'ils puissent travailler dans l'industrie de la mode et avoir la possibilité de rentrer chez eux monter leur propre activité", a ajouté Simone Cipriano. Ce projet se construit en coopération avec Lai-momo, une association italienne engagée sur les questions d'immigration, qui gère depuis 2014 plusieurs centres d'accueil dans et autour de Bologne.
Défilé UMI1, Ethical Fashion Initiative au salon Pitti Uomo, à Florence, janvier 2016 

Défilé UMI1, Ethical Fashion Initiative au salon Pitti Uomo, à Florence, janvier 2016 

© ANDREAS SOLARO / AFP

Développer les compétences

C'est dans ces centres qu'ont été choisis ces cinq hommes pour défiler aux côtés de mannequins professionnels. Pour le styliste nigériano-américain Walé Oyéjidé, dont la collection joue sur la juxtaposition de motifs africains et d'art classique occidental, travailler avec ces débutants est aussi une manière d'illustrer sa philosophie de la mode. "Le vêtement est seulement un véhicule. Cela m'intéresse beaucoup plus de discuter de ces sujets (...) des migrations, des frontières que l'on franchit", a-t-il expliqué. "Si je prends un demandeur d'asile et que je le mets dans un costume, les gens le voient d'une certaine manière, ce qui leur permet, je l'espère, de le voir comme un être humain égal, pas comme quelqu'un qui vaut moins qu'eux", a-t-il ajouté.
Défilé UMI1, Ethical Fashion Initiative au salon Pitti Uomo, à Florence, 2016

Défilé UMI1, Ethical Fashion Initiative au salon Pitti Uomo, à Florence, 2016

Pour Andrea Marchesini Reggiani, président de Lai-momo, l'idée est de mobiliser les ressources du Made in Italy pour faire face à l'un des ennemis les plus insidieux de ceux qui attendent une réponse à leur demande d'asile : l'ennui. "C'est  très difficile pour eux de s'intégrer. Parce qu'ils sont très nombreux et que nous faisons face à une crise économique très profonde", a-t-il expliqué.

Ces deux dernières années, plus de 323.000 migrants ont débarqué sur les côtes italiennes. Si les deux tiers ont poursuivi leur route vers d'autres pays européens, nombre de ceux qui sont restés se retrouvent piégés par l'oisiveté dans les centres d'accueil. "Nous avons déjà des collaborations à petite échelle, avec des hôtes ayant des compétences dans la couture ou le stylisme", a indiqué Andrea Marchesini Reggiani avant d'ajouter : "L'idée est de développer ces compétences dans un laboratoire dédié, et peut-être même de fabriquer aussi des vêtements".