"Mission mode, styles croisés" : quand les couturiers s'entichent du vestiaire militaire

Par @CocoJeammet Journaliste, responsable de la rubrique Mode de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 13/09/2016 à 11H45
"Mission mode, styles croisés" : tenue camouflage tireur d’élite (à gauche), veste saharienne Yves Saint Laurent printemps-été 1969 (au centre) et Jean-Charles de Castelbajac printemps-été 2011 (à droite)

"Mission mode, styles croisés" : tenue camouflage tireur d’élite (à gauche), veste saharienne Yves Saint Laurent printemps-été 1969 (au centre) et Jean-Charles de Castelbajac printemps-été 2011 (à droite)

© ©Ville de Marseille. David Giancatarina et @Légion étrangère

Le Château Borély à Marseille et le musée de la Légion étrangère d'Aubagne présentent une exposition commune "Mission mode, styles croisés". Consacrée à l’histoire du style militaire, elle aborde deux sphères qui s’entremêlent, s’éloignent et s’influencent : le vestiaire militaire qui, depuis la fin du XIXe siècle, pénètre la garde-robe civile.

Se mêlent, ici, deux univers à priori contradictoires : la mode (théâtre du chic et de l’élégance) et la Légion étrangère (corps mythique de l’armée Française).
Exposition "Mission mode. Styles croisés" du 16 septembre au 15 janvier 2017
Détails, vêtements ou silhouettes militaires composent un vocabulaire source d’inspiration pour la mode.
Mission mode : veste saharienne Yves Saint Laurent printemps-été 1969

Mission mode : veste saharienne Yves Saint Laurent printemps-été 1969

© Collection Didier Ludot Paris. ©Ville de Marseille - Photo David Giancatarina
"Mission mode, styles croisés" évoque l’histoire de la saharienne, à la fois d’inspiration militaire et ethnique, devenue une tenue militaire d’été pour les élégant(e)s. Veste de combat en toile portée par les troupes coloniales en Afrique, reprise par les couturiers, la saharienne contient en elle l’histoire d’un style militaire décontracté et rigide qui enrichit et influence la sphère mode. Pièce phare des tenues de ville, elle est fréquemment, voire systématiquement présente lors des collections estivales des maisons de créateurs. Cependant, c’est loin des podiums urbains et de l’Occident qu’elle a vu le jour, étant née sous les drapeaux puis prisée par les explorateurs-aventuriers avant d’être élue pièce de style par les couturiers.
Mission mode : Jean-Charles de Castelbajac printemps-été 2011 

Mission mode : Jean-Charles de Castelbajac printemps-été 2011 

© DR
Ce dialogue entre deux musées invite à un voyage exotique dans l’espace et le temps, riche de rencontres, d’explorations et d’aventures. Quatre thématiques sont abordées : saharienne, camouflage, kaki et militaire. L'un des points d'orgue de la présentation est la saharienne d'Yves Saint-Laurent ainsi que des tenues de la maison Jean Paul Gaultier.
Mission mode : ensemble saharienne Chanel printemps-été 1961

Mission mode : ensemble saharienne Chanel printemps-été 1961

© Château Borély © David Giancatarina
Au Musée de la Légion, l'exposition offre un regard croisé sur le vestiaire militaire et l’univers de la mode. L’apparition de la couleur kaki, la généralisation de l’imprimé camouflage, les modifications apportées aux coupes et aux tissus, sont présentées ici.
Mission mode : Jean-Charles de Castelbajac printemps-été 2011 

Mission mode : Jean-Charles de Castelbajac printemps-été 2011 

© Musée de la Légion étrangère © Légion étrangère
L’exposition s’attache à montrer l’évolution progressive et les ruptures de style qu’ont connu les uniformes de la Légion étrangère. Parmi les créations exposées ; la saharienne de Coco Chanel, les vestes camouflage signées Jean Paul Gaultier ou encore Chantal Thomass, illustrent l’incroyable source d’inspiration que représente le vestiaire militaire sur la mode civile depuis plus d’un siècle.
Mission mode : tenue de combat toutes armes, 1950-1962. Musée Légion étrangère 

Mission mode : tenue de combat toutes armes, 1950-1962. Musée Légion étrangère 

© Ville de Marseille - Photo David Giancatarina
Au Château Borély, l’exposition explore le monde de la mode moderne et contemporaine à l’aune des grandes tendances adaptées du vestiaire militaire. Apparue à la fin du 19e siècle comme le premier élément de camouflage, la couleur kaki s’est progressivement imposée dans toutes les armées en même temps qu’elle a intégré les codes du vestiaire civil.
Mission mode : Karl Lagerfeld pour Chanel printemps-été 2009

Mission mode : Karl Lagerfeld pour Chanel printemps-été 2009

© Ville de Marseille - Photo David Giancatarina
Des créations signées Thierry Mugler ou Christian Dior illustrent ce phénomène, en contrepoint d’uniformes issus des collections du musée de la Légion étrangère. L’exposition aborde le processus d’absorption du motif camouflage, grâce à des vêtements de créateurs comme Louis Vuitton et Jean Paul Gaultier. L’adoption d’éléments de coupe ou d’ornements militaires par la mode civile est manifeste dans les créations de Jean-Charles de Castelbajac ou celles de la maison Bensimon.
Mission mode : André Courrèges, automne-hiver 1977-1978

Mission mode : André Courrèges, automne-hiver 1977-1978

© Ville de Marseille. Photo David Giancatarina
La saharienne constitue l’exemple d’un vêtement du vestiaire militaire à vocation fonctionnelle, liée aux climats chauds de l’Afrique, et à la coupe un peu stricte. Elle a progressivement été adaptée et détournée par la mode civile dans les années 1950 et 1960 pour incarner l’idéal type de la femme urbaine et aventurière, sensuelle mais forte, élégante et libre. Yves Saint-Laurent, l’a fait connaitre au public en 1968, Max Mara ou encore Chanel sont autant de maisons qui ont associé leur nom à ce vêtement.
Mission mode : Bernhard Willheim automne-hiver 2013-14

Mission mode : Bernhard Willheim automne-hiver 2013-14

© Alessandro Lucioni
Exposition "Mission mode, styles croisés" du 16 septembre 2016 au 15 janvier 2017. Le Château Borély (Musée des Arts décoratifs, de la Faïence et de la mode. 132, avenue Clôt-Bey. 13008 Marseille) et le Musée de la Légion étrangère (Chemin de la Thuilière. 13400 Aubagne).