Les lunettes Lucas de Staël entre prouesse technique et savoir-faire artisanal

Par @CocoJeammet Journaliste, responsable de la rubrique Mode de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 05/05/2014 à 15H25
Lucas de Staël et ses montures dans son atelier parisien (avril 2014)

Lucas de Staël et ses montures dans son atelier parisien (avril 2014)

© Corinne Jeammet

Pour Lucas de Staël, la lunette est un exercice regroupant les interrogations du designer : la technicité, la fonctionnalité, l'ergonomie et le style. Inventif, il règne sur l'univers de la haute lunetterie en surfant entre prouesses techniques étonnantes et savoir-faire artisanal. Dans son atelier, labo de recherches et d’expérimentation, il fabrique à la main des montures made in Paris.

Petit-fils du peintre russe Nicolas de Staël von Holstein, Lucas de Staël von Holstein a grandi en Provence entre le château familial et les champs de vignes. Dans la lignée familiale, il se dirige d’abord vers les arts mais se tourne ensuite vers le design industriel en étant diplômé de l’ENCSI Les Ateliers en 2004. Si ses domaines de prédilection sont le développement durable et l’eau, il opte pour la lunetterie suite à un stage réalisé chez le lunetier IDC. Il collabore avec la marque de masques de skis et lunettes de sport Cébé puis chez Face à Face en qualité de designer intégré jusqu'en 2006.
Lucas de Staël dans son atelier parisien (avril 2014)

Lucas de Staël dans son atelier parisien (avril 2014)

© Corinne Jeammet
En 2006, il fonde Undostrial (littéralement "défaire le mode industriel"), un projet de fabrication alternatif. Les lunettes oscillent entre design industriel, recherche expérimentale et méthodes artisanales, caractérisées par des formes, des matières et des couleurs innovantes. La collection N°0 est à base de gomme translucide : à l'intérieur de cette résine souple est insérée une structure métallique.
Dans l'atelier parisien de Lucas de Staël

Dans l'atelier parisien de Lucas de Staël

© Corinne Jeammet
Au sein de son atelier, il expérimente une approche de la lunette inventive avec des matériaux surprenants et une tradition artisanale revisitée, tant pour Undostrial que  pour sa marque éponyme Lucas de Staël. Cette dernière relève de la haute lunetterie 100% française, réalisée à la main à Paris. Un nouveau challenge lancé en 2011 avec une équipe d'une dizaine de personnes qui réalise 70 % de la conception. L'entreprise compte 150 points de vente avec 80% du C.A. réalisé à l'export.
Plusieurs modèles de lunettes Lucas de Staël (avril 2014)

Plusieurs modèles de lunettes Lucas de Staël (avril 2014)

© Corinne Jeammet
Dans quelle mesure peut-on parler de made in Paris ?
Lucas de Staël : "Je revendique le made in Paris pour toute la fabrication. Les peaux de vaches Françaises sont tannées en Italie. La coloration des métaux se fait en Allemagne et les pièces détachées viennent de France, d'Allemagne et d'Italie. Mais toute la fabrication est réalisée dans mon atelier parisien".

Que veut-dire pour vous innovation au quotidien ?
Lucas de Staël : "J'ai le souci du détail car c'est important pour faire la différence dans ce milieu. Je viens du monde du design industriel mais j'utilise des machines qui ne sont pas les machines traditionnelles d'un lunettier. Nous fabriquons nos propres outillages pour minimiser les rebuts. En fabriquant des petites séries, nous intégrerons le maximum d'opérations. A chaque série, nous apprenons !".
Lucas de Staël dans son atelier parisien montre une pièce en cuir (avril 2014)

Lucas de Staël dans son atelier parisien montre une pièce en cuir (avril 2014)

© Corinne Jeammet
Vous aimez les matériaux singuliers ?
Lucas de Staël : "J'aime conserver le côté naturel des matériaux tant le végétal que le minéral. Mais, c'est aussi parce que c'est compliqué, que cela me plait. Plus l'idée est décalée et plus c'est à la limite du réalisable et plus cela m'intéresse".

"Ma première collection Once upon a time allie plusieurs matériaux (acier/bois ou acier/cuir). Elle se décline en 11 formes et 12 coloris - 7 coloris de cuir (veau et de chèvre) et 5 essences de bois (Merisier, Noyer, Erable, Wengé et Sapelli) - collées sur les montures sous forme de marqueterie.
Lunettes Lucas de Staël réalisées en cuir. Photo prise en avril 2014 dans son atelier parisien

Lunettes Lucas de Staël réalisées en cuir. Photo prise en avril 2014 dans son atelier parisien

© Corinne Jeammet
Pourquoi peut-on qualifier ces montures en cuir d'unique ?
Lucas de Staël : "Ma collection 2nd Skin réalisée avec une peau de cuir pleine fleur tannée végétalement en Italie se décline en 5 coloris (violet, noir et 3 marrons) et 4 formes. Cette ligne, sans couture et sans charnière, intègre une âme métallique au coeur du cuir, qui permet d’obtenir une monture d'un seul tenant. Cette armature en acier incrusté lui confère tenue et flexibilité".
 
"Les montures vont vieillir différemment, selon les utilisateurs. Il existe naturellement des variations de teintes dans le cuir lui-même qui est choisi au niveau du collet (cou) de la vache. Ensuite, en fonction de l'entretien, qu'elles soient ou nom cirées, et selon le mode de vie de chacun, leur coloris sera différent".
Lucas de Staël : feuilles de pierre qui recouvretont des montures 

Lucas de Staël : feuilles de pierre qui recouvretont des montures 

© Corinne Jeammet
Après le cuir, la pierre. Comment travaille-t-on un tel matériau ?
Lucas de Staël  : "Ma dernière collection est habillée de matériaux nobles : pierre (ardoise et granit) et de bois (ébène, teck et zébrano). Son nom : « Petrus & Nemus » (Petrus, pierre et Nemus, bois en latin)  La prouesse technique réside dans la structure en acier chirurgical qui leur confère souplesse et longévité. La monture est recouverte d'une très fine feuille de pierre naturelle. Les détails de ce matériau naturel, au toucher particulier, offre une grande variation de modèles qui ne nécessitent aucun entretien".
 
La gamme des lunettes s'échelonne entre 650 et 1.200 euros (Les Divines en corne sont éditées, par exemple en série limitée).
 
Avez-vous le projet d'ouvrir une boutique en nom propre ?
Lucas de Staël : "Aujourd'hui, il est trop tôt pour ouvrir une boutique, tant au niveau des hommes que de la maturité du projet. De toute façon, ce serait un projet différent pas seulement avec de l'optique. C'est donc une question de moyens, de temps mais aussi de rencontre : il faut trouver l'association parfaite".