40 ans de carrière d'Hubert de Givenchy à la Cité de la dentelle et de la mode de Calais

Par @CocoJeammet Journaliste, responsable de la rubrique Mode de Culturebox
Mis à jour le 16/06/2017 à 15H57, publié le 16/06/2017 à 14H33
Givenchy, robe en satin et manteau en cachemire et zibeline, hiver 1991

Givenchy, robe en satin et manteau en cachemire et zibeline, hiver 1991

© Skrebneski photography

La Cité de la dentelle et de la mode dévoile l’œuvre d’Hubert de Givenchy à travers 80 tenues et accessoires. Placée sous la direction artistique du couturier, l’exposition retrace une carrière marquée par des rencontres décisives ayant jalonné sa vie et façonné son oeuvre de renommée internationale. A découvrir jusqu'au 31 décembre 2017.

La Cité de la dentelle et de la mode dévoile 80 tenues et accessoires Givenchy. Ces pièces sont issues de garde-robes privées, des archives maison ainsi que des collections de musées, dont le fonds Givenchy de la Cité de la dentelle et de la mode. 
L'exposition s’intègre dans une série d’expositions européennes consacrées à l’œuvre d’Hubert de Givenchy (musée Thyssen-Bornemisza à Madrid, Geementemuseum à La Haye, Fondation Bolle à Morges en Suisse). 
Hubert de Givenchy, 1982

Hubert de Givenchy, 1982

© Skrebneski Photograph

Le parcours de l’exposition

Les costumes évoluent dans un décor sobre de grandes vitrines-écrins aux tonalités qui oscillent entre le blanc, le gris et le noir. Un revêtement de sol feutré délimite les espaces. Des miroirs reflètent les robes scintillantes.

France 3 Côte d'Opale : C. Sala / P. Mahieu / F. Lefebure
Un premier espace consacré aux échantillons des tissus haute couture précède un deuxième lieu dédié à Hubert de Givenchy et à l’actrice Audrey Hepburn à travers une projection d’images. Ensuite, deux alcôves présentent les parfums Givenchy dont "L’Interdit" lancée en 1957. Sa passion pour les textiles d’exception est visible en filigrane illustrée par ses collaborations avec de grands artisans de la mode dont les brodeurs Lesage et Vermont, les fabricants de tissu Abraham ou Beuclère. 
Givenchy, robe de bal en dentelle Chantilly et satin et boléro assorti, 1952

Givenchy, robe de bal en dentelle Chantilly et satin et boléro assorti, 1952

© Givenchy @ Luc Castel
Hubert de Givenchy a habillé une élégante et fidèle clientèle cosmopolite et sont donc présentées des robes de Jacqueline Kennedy et de clientes fortunées (Duchesse de Windsor, Comtesse de Borchgrave, Duchesse de Cadaval, Marquesa de Llanzol…). Il y a surtout une rencontre d’exception, celle qui lie la couturier à l'actrice Audrey Hepburn et qui mène à la construction d'un style unique sur l’écran comme dans la vie.
Hubert de Givenchy et Audrey Hepburn à Paris

Hubert de Givenchy et Audrey Hepburn à Paris

© Collection Hubert de Givenchy
L’univers créatif du couturier est riche et les sources d’inspirations multiples : artistes chers au couturier tels Joan Miró, Nicolas de Staël, Robert et Sonia Delaunay ou Mark Rothko mais également la nature dans la luxuriance de ses coloris et l’éclat fastueux des bronzes dorés de l’ébénisterie du XVIIIe siècle.

Le parcours se poursuit avec deux vitrines dédiées aux luxueuses robes du soir couleur encre de chine, où le raffinement des détails s’allie à la préciosité de la coupe. Le voyage se termine par des robes de mariée qui font la part belle aux vaporeuses dentelles et tulles. Enfin, un ensemble de chapeaux salue le visiteur à la fin du parcours.

La naissance d’un style

Sa première collection est présentée le 3 février 1952 dans un hôtel particulier où il créera et présentera ses collections jusqu’en 1959, année où il déménage avenue George V.
Givenchy, détail d'un deshabillé du soir en dentelle Leavers sur fond de faille, hiver 1963 

Givenchy, détail d'un deshabillé du soir en dentelle Leavers sur fond de faille, hiver 1963 

© Collection Cité de la dentelle et de la mode. @ Luc Castel
Ayant lancé sa première collection avec un budget serré, son intention était de faire une unique présentation sur mannequins vivants avant de présenter, dès le lendemain, les modèles sur mannequins de couture. Or, l’enthousiasme est tel qu’Hubert de Givenchy modifie ses projets et organise, dès le lendemain, des présentations sur mannequins vivants, ces derniers, amies ou employées, ayant accepté de revenir travailler gracieusement. Il présente alors des separates, concept mis au point alors qu’il dirigeait la boutique d’Elsa Schiaparelli. Ce sont des pièces plus simples, plus confortables et accessibles que celles de la haute couture. Elles peuvent être vendues telles quelles, sans essayages, portées "mélangées". Elles sont réalisées dans de beaux tissus mais plus modestes que ceux utilisés en haute couture : organdi, popeline de coton ou shirting, un tissu utilisé par des petites couturières pour la réalisation de leurs toiles patrons car bon marché. Les tenues sont accompagnées d’accessoires originaux et décalés et le résultat fait jeune, frais et gai. L’engouement est immédiat.
Givenchy, blouse dite Bettina en coton et jupe en lin, 1952

Givenchy, blouse dite Bettina en coton et jupe en lin, 1952

© Givenchy @ Luc Castel
Dans sa biographie "Hubert de Givenchy, entre vies et légendes", de Jean-Noël Liaut, il explique : "Je ne souhaitais pas une maison de haute couture classique… Mon rêve était de créer une grande boutique, où les femmes pourraient s’habiller, avec imagination et simplicité. Des vêtements faciles à porter, même en voyage, et réalisés dans des tissus ravissants mais peu coûteux, comme le shirting ou l’organdi".
Givenchy, détail d'un ensemble du soir composé d'une veste brodée effet patchwork et d'un pantalon en satin charmeuse, 1985

Givenchy, détail d'un ensemble du soir composé d'une veste brodée effet patchwork et d'un pantalon en satin charmeuse, 1985

© Givenchy @ Luc Castel
Au début des années 1950, quand Hubert de Givenchy lance sa maison, la mode est régie par des règles strictes qui déterminent les types de vêtements qui conviennent selon les heures du jour, le calendrier social et l’âge de l’élégante. Le couturier propose alors des vêtements confortables, dans des tissus simples aux imprimés et broderies gaies et ludiques, dans des prix plus accessibles que ceux pratiqués en haute couture. Il est en harmonie avec l’esprit sportswear qui se répand aux Etats-Unis, et en avance sur l’avènement du prêt-à-porter en France qui ne sera pas développé à une échelle industrielle avant la fin des années 1950.
Givenchy, ensemble du soir composé d'une veste et d'un pantalon en brocart lamé, brodé de tresses d'or et d'argent, de feuilles métalliques et perles. Hiver 1990

Givenchy, ensemble du soir composé d'une veste et d'un pantalon en brocart lamé, brodé de tresses d'or et d'argent, de feuilles métalliques et perles. Hiver 1990

© Givenchy @ Luc Castel

La rencontre avec Balenciaga, son mentor

En 1953, deux rencontres orientent sa vie. Lors d’un voyage à New York, il fait la connaissance de Cristóbal Balenciaga, qu'il admire depuis son plus jeune âge. Ainsi naissent une amitié et un soutien indéfectible de plus de vingt ans jusqu’au décès de Balenciaga en 1972. "Il était profond, sans ambages" disait Givenchy de son mentor. "J’avais travaillé avec Fath, Piguet, Lelong et Schiaparelli mais quand je l’ai connu j’ai pris conscience que je ne savais rien". Des interminables conversations entre les deux créateurs nourrissent l’art d’habiller du jeune couturier : le dos et les manches conçus avec le moins de coutures possibles, la simplicité des lignes, le mouvement indépendant du corps féminin et du textile, et l’importance de respecter les caractéristiques propres à chaque textile et à en tirer le meilleur parti.
Givenchy, robe fourreau en organza rayé bleu et blanc et écharpe assortie, ayant appartenu á la Duchesse de Windsor. 1966

Givenchy, robe fourreau en organza rayé bleu et blanc et écharpe assortie, ayant appartenu á la Duchesse de Windsor. 1966

© Givenchy @ Luc Castel.jpg

La rencontre avec Audrey Hepburn, sa muse

Quant à la rencontre entre Hubert de Givenchy et Audrey Hepburn, cette dernière part d’un malentendu. Une amie commune annonce à Hubert de Givenchy que Mademoiselle Hepburn souhaite le rencontrer. La jeune Audrey étant peu connue en France, le couturier imagine que la demande émane de la comédienne Catherine Hepburn, dont il est admirateur. Audrey Hepburn est venue lui demander de réaliser ses costumes pour le futur film "Sabrina" de Billy Wilder. En pleine préparation de sa nouvelle collection, Hubert de Givenchy refuse sa demande.
Givenchy, robe fourreau du soir portée par Audrey Hepburn dans le film Breakfast at Tiffany's - Diamants sur Canapé, de Blake Edwards. 1961 

Givenchy, robe fourreau du soir portée par Audrey Hepburn dans le film Breakfast at Tiffany's - Diamants sur Canapé, de Blake Edwards. 1961 

© Givenchy @ Luc Castel
Mais le charme de la jeune comédienne opère lors d'un diner et elle repartira avec des prototypes de la collection précédente. C’est le début d’une amitié et d’une collaboration professionnelle qui amèneront au style Audrey Hepburn, cette dernière habillée au cinéma, comme dans la vie, par Hubert de Givenchy. Impossible d’oublier les tenues de l’actrice dans les films "Sabrina" en 1954, "Drôle de frimousse" en 1957, "Diamants sur canapé" en 1961, "Charade" en 1963 ou "Comment voler un million de dollars" en 1966.
Givenchy, robe fourreau du soir portée par Audrey Hepburn dans le film "Breakfast at Tiffany's (Diamants sur Canapé) de Blake Edwards. 1961

Givenchy, robe fourreau du soir portée par Audrey Hepburn dans le film "Breakfast at Tiffany's (Diamants sur Canapé) de Blake Edwards. 1961

© Givenchy @ Luc Castel

Un rapport privilégié avec ses clientes

Hubert de Givenchy a beaucoup d’affinités avec ses clientes. Il accepte même exceptionnellement de superviser les essayages à domicile de certaines d'entre elles. Pour Daisy Fellowes, héritière des machines à coudre Singer, il dessinera les décolletés de ses robes en fonction des bijoux de cette dernière. Sur un coup de tête d’une autre de ses clientes, voilà qu'il l'accompagne à Saint-Paul-de-Vence afin qu’elle puisse rencontrer un couple de collectionneurs et acheter des tableaux modernes. Une journée qui va lui inspirer la création de manteaux du soir rebrodés en hommage à Braque et Miro, présentés dans sa collection 1971-1972.
Givenchy, manteau en lainage ayant été porté par la Duchesse de Windsor aux funérailles du Duc de Windsor, 1972

Givenchy, manteau en lainage ayant été porté par la Duchesse de Windsor aux funérailles du Duc de Windsor, 1972

© Givenchy @ Luc Castel
A partir de 1959, il réalise une garde-robe pour Jacqueline Kennedy en vue de la campagne présidentielle de son mari dont un ensemble robe du soir et manteau assorti porté lors de la première visite officielle du couple présidentiel américain en France, devant lequel le Président De Gaulle la compara à une peinture de Watteau.