Défilé du 14 juillet : sous les épaulettes et les galons, un savoir-faire rare

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 12/07/2013 à 12H00
Pose d'un bouton sur une épaulette militaire à l'usine passementerie de la Sarthe (juillet 2013)

Pose d'un bouton sur une épaulette militaire à l'usine passementerie de la Sarthe (juillet 2013)

© JF Monnier / AFP

Un bruyant dédale de métiers à tisser centenaires et de machines à tresser les fils de coton et d'or : c'est dans une passementerie de la Sarthe que sont confectionnés les galons, écussons et épaulettes arborés lors du défilé militaire du 14 juillet.

"On fournit les accessoires de tout ce qui porte un uniforme en France", affirme Christophe Bouvard, directeur commercial d'une des dernières sociétés dans l'Hexagone à entretenir, depuis 1848, l'art de la passementerie militaire traditionnelle. Installée depuis 1966 à La Chartre-sur-le-Loir, l'entreprise connaît un surcroît d'activité de 30% lié aux commandes spéciales "14 juillet". La société, qui a l'exclusivité du pompon rouge des marins, a produit les nouvelles fourragères "valeur militaire", une décoration destinée aux soldats partis en Afghanistan ou au Mali.
Aiguillettes militaires fabriquées dans la Sarthe (juillet 2013)

© JF Monnier / AFP
Du coeur de l'usine, labyrinthe de machines centenaires et plus récentes sortent quotidiennement des centaines de mètres de cordons tricolores ou de galons aux motifs divers parfois en or. Pour les tenues de combat, les galons mentionnant les groupes sanguins en cas de blessure, sont tissés avec un fil indétectable par l'ennemi. Si la majorité des articles sont destinés à l'armée française, l'entreprise exporte aussi vers d'autres armées, notamment en Afrique et en Amérique du Sud.

200 grammes de paillettes d'or
Dans un recoin, une machine hors d'âge façonne des paillettes d'or, "une mécanique au millimètre même si la machine est grossière", selon Jean-Jacques Monneret, responsable du tissage. "Quand ça marche bien, on peut faire 200 grammes de paillettes, sinon il faut faire des réglages, ça peut prendre deux heures", explique Benoît, l'une des deux seules personnes capables de faire fontionner l'engin capricieux, sensible aux changements de température.
Une machine à galons de l'usine de passementerie de la Sarthe

© JF Monnier / AFP
"On est totalement à cheval entre l'industrie et le savoir-faire artisanal"
L'article qui donne le plus de fil à retordre? Les galons à fil d'or, très fin, utilisés notamment pour les képis de gendarme. Ils sont tissés sur un ancien métier de type Jacquard, en bois et acier, surmonté d'une carte métallique perforée, façon orgue de Barbarie, qui orchestre la montée des fils. "On ne peut en faire que 4,5 mètres par jour (contre 200 mètres pour des modèles plus simples)", explique Jean-Jacques Monneret, "si on va plus vite, le fil casse". "Pour ce galon" comme pour d'autres articles de passementerie, "il n'existe pas de machine moderne", poursuit-il avant d'ajouter: "On recherche sans cesse d'anciennes machines pour récupérer les pièces détachées".

Beaucoup de mémoire pour mémoriser tous les motifs
Alliant dextérité et patience - la préparation d'un métier à tisser réclame jusqu'à deux semaines de travail pour deux employés - le savoir-faire développé au sein de l'usine nécessite des "perles rares", note Eric Scipion, responsable de production. "Les femmes qui travaillent ici ont appris sur le tas: on n'est pas dans le berceau du textile, contrairement aux gens du Nord, de l'Alsace ou de Lyon". "Pour être autonome, il faut au moins 15 ans, on a besoin de beaucoup de mémoire pour mémoriser tous les motifs, même si on a des fiches techniques", explique Véronique, monitrice tissage, en vérifiant, au dixième de millimètre près, la largeur d'un galon à l'aide d'un pied à coulisse électronique.