Dans la peau d'un bottier à Lunéville

Par @CocoJeammet Journaliste, responsable de la rubrique Mode de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 26/04/2016 à 10H15
Bottier, entre luxe et spectacle : couture trépointe dans atelier Aubercy

Bottier, entre luxe et spectacle : couture trépointe dans atelier Aubercy

© Aubercy Paris

Parmi les métiers de la mode mis en lumière par le Conservatoire des Broderies de Lunéville depuis 2011, celui de bottier s'avère très complexe. L’exposition "Bottier, entre luxe et spectacle" présente des artisans dotés de formidables savoir-faire français qui déploient des trésors de créativité et d’imagination, qu'il s'agisse de haute couture ou de spectacle.

Via le travail de maîtres d’ateliers tels que Xavier Aubercy et Dimitri Gomez et ceux de l’Opéra National de Paris, découvrez les facettes méconnues du métier de bottier dans un monde mécanisé où en 2016, une chaussure peut se faire encore entièrement à la main !
Bottier entre luxe et spectacle : montage d'un modèle Aubercy

Bottier entre luxe et spectacle : montage d'un modèle Aubercy

© Aubercy Paris

Xavier Aubercy et Dimitri Gomez, des références

Créée en 1935, la maison était à l’origine une boutique pour messieurs. En 1950, lors d’un séjour en Grande-Bretagne, Emile Aubercy côtoie les grands bottiers londoniens et s’imprègne de leurs méthodes. Il crée en 1956 son atelier afin de proposer à ses clients, dans un monde où les valeurs de tradition et de qualité commencent à disparaître, des chaussures réalisées avec la même rigueur et la même qualité que les bottiers. Il s’entoure d’ouvriers italiens et allie à la qualité anglaise le savoir-faire d’une autre culture de la chaussure. En 1970, son fils Philippe et son épouse élargissent leur gamme en proposant aux épouses de leurs clients de grands classiques. A la tête de la maison depuis 1995, Xavier, la troisième génération, réorganise ses ateliers vers encore plus d’artisanat et propose une personnalisation extrême des souliers. 
Bottier, entre luxe et spectacle : modèle grande mesure en galuchat vert signé Aubercy

Bottier, entre luxe et spectacle : modèle grande mesure en galuchat vert signé Aubercy

© Aubercy Paris
La maison Crockett and Jones accueille l’atelier de Dimitri Gomez, considéré comme l’un des meilleurs spécialistes de la botterie traditionnelle. Après avoir fait ses armes auprès du bottier Di Mauro et avoir travaillé pour l’Opéra Garnier, le maître bottier a installé son atelier au sein de la boutique Crockett and Jones lors de son ouverture en 1998. Du richelieu classique à la plus grande excentricité, il réalise à la main des modèles sur mesure.
Bottier entre luxe et spectacle : modèle Dimitri Gomez

Bottier entre luxe et spectacle : modèle Dimitri Gomez

© Crockett and Jones

Les process de fabrication d'une chaussure

La réalisation d’une chaussure nécessite une centaine d’opérations. Tout commence par la prise de mesures des deux pieds : contour détaillé, circonférence, empreinte, perspective ou profil… ceci dans différentes configurations (pied en appui ou non), en statique ou dynamique (en observant la marche). Cette prise de mesure conduit à la réalisation d’une forme en bois puis d’un patron. Certains bottiers réalisent eux-mêmes leurs formes. Le bois –hêtre et charme- reste le matériau idéal. Manuellement, le formier affine cette ébauche jusqu’à l’obtention des mesures souhaitées. Le bottier peut utiliser d’anciennes formes qu’il adaptera par ablation (il ôte de la matière) ou par adjonction (il colle une ou plusieurs épaisseurs de cuir pour créer un volume à un endroit précis).
Bottier, entre luxe et spectacle : la forme en bois et les mesures dans l'atelier Aubercy

Bottier, entre luxe et spectacle : la forme en bois et les mesures dans l'atelier Aubercy

© Aubercy Paris
Le bottier réalise un modèle d’essai qui lui permet d’apporter, si besoin est, les corrections nécessaires à la forme. L’essayage est réalisé dans des matériaux les moins coûteux. Ensuite, c’est la fabrication du modèle définitif : monter une chaussure consiste à assembler la tige (partie supérieure de la chaussure) et la semelle, renfort, talon. 
Bottier, entre luxe et spectacle : mesure clients dans atelier Aubercy

Bottier, entre luxe et spectacle : mesure clients dans atelier Aubercy

© Aubercy Paris
La chaussure, après le montage est loin d’être terminée. Il faut y adjoindre une couche intermédiaire, qui va parfaire la régularité de la surface, puis la couche dite d’usure en contact avec le sol. Le lustrage venant couronner ce travail.
Bottier, entre luxe et spectacle : les fers dans l'atelier Aubercy 

Bottier, entre luxe et spectacle : les fers dans l'atelier Aubercy 

© Aubercy Paris
Le cuir reste le meilleur matériau et le bottier accorde toute son importance à son choix : veau, agneau, vachette, porc, boeuf mais aussi autruche, antilope, crocodile, galuchat, serpent.
Bottier entre luxe et spectacle : modèle Opéra National de Paris

Bottier entre luxe et spectacle : modèle Opéra National de Paris

© Conservatoire broderies Luneville
Aux côtés de la présentation de modèle finis sont exposés des ensembles de vêtements et chaussures des maison de mode Eymeric François, Maurizio Galante, Mugler, musée Pierre Cardin et Opéra National de Paris. 
Exposition "Bottier entre luxe et spectacle" au Chateau de Luneville

Exposition "Bottier entre luxe et spectacle" au Chateau de Luneville

© Conservatoire des Broderies de Lunéville
Le Conservatoire des Broderies de Lunéville a été crée en 1998 au Château de Lunéville. Il œuvre pour la valorisation du patrimoine Point de Lunéville et la transmission du savoir-faire Lunévillois.