Le créateur afghan Sami Nouri, de la route de l'exil au défilé de mode

Par @Culturebox
Mis à jour le 08/04/2017 à 22H16, publié le 03/04/2017 à 10H15
Le jeune créateur Sami Nouri, mars 2017

Le jeune créateur Sami Nouri, mars 2017

© JOEL SAGET / AFP

Sami Nouri a 14 ans quand un passeur l'abandonne en gare de Tours. Six ans plus tard, le jeune réfugié afghan installe son atelier à Paris, après un apprentissage chez Jean Paul Gaultier. Aujourd'hui, à 21 ans, il prépare un défilé pour juillet prochain.

"C'était mon rêve, d'avoir mon atelier, travailler pour moi-même. Mon but, c'est de le faire grandir, y faire travailler des gens", explique le jeune homme. Dans ces petits locaux en fond de cour, qui ont été mis à sa disposition par un particulier, sont installés une grande table, un buste de couture, une planche à repasser et une machine à coudre, dont Sami, qui vient d'avoir 21 ans, a appris à se servir dès l'âge de 8 ans. 
Sami Nouri dans l'émission "Toute une histoire" sur France 2

Il apprend le métier en Iran auprès de son pére

Le jeune garçon vivait en Iran avec ses parents qui avaient fui leur région de Mazar-è-Charif, dans le nord de l'Afghanistan. "La vie était très dure, je ne pouvais pas aller à l'école, je ne pouvais pas sortir parce que je n'avais pas de papiers", raconte-t-il. Auprès de son père, qui travaille dans la confection, il apprend le métier. "On faisait 200 pièces par semaine, c'était énorme. On travaillait du matin au soir." 

La famille rêve de gagner l'Europe. Sami est séparé de ses parents et sa sœur, et pris en charge par un passeur qui l'accompagne en France jusqu'à la gare de Tours. "Il m'a dit de l'attendre, le temps qu'il aille chercher une voiture. Je l'ai attendu longtemps, il n'est pas revenu. Je ne savais même pas où j'étais !" Ne parlant ni français ni anglais, l'adolescent se retrouve au commissariat, puis est placé en foyer puis en famille d'accueil. Il reste un an et demi sans nouvelles de sa famille, avant de retrouver grâce aux réseaux sociaux sa mère et sa soeur, installées à Orléans. Mais il a perdu le contact avec son père.
Le jeune créateur Sami Nouri, mars 2017

Le jeune créateur Sami Nouri, mars 2017

© JOEL SAGET / AFP

Du lycée professionnel au défilé de mode

Avec ses aptitudes pour la couture, il rentre dans un lycée professionnel spécialisé dans les métiers de la mode. À la tête de l'atelier de retouches Juba Couture à Tours, où le jeune homme est passé en stage, Assia raconte avoir été "bluffée" par son adresse. "Au départ il venait pour que moi je lui montre, que je l'aide à apprendre. Je lui ai donné un bas de pantalon à faire, il l'a piqué comme quelqu'un qui avait fait ça toute sa vie. Il était plus rapide que moi !", se souvient-elle. Sami Nouri tente ensuite sa chance auprès de grandes maisons de mode parisiennes. Il envoie "70 lettres de motivation", reçoit une réponse positive de la griffe John Galliano, où il passe trois semaines.
Le jeune créateur Sami Nouri, mars 2017

Le jeune créateur Sami Nouri, mars 2017

© JOEL SAGET

Apprentissage chez Jean Paul Gaultier

Puis il fait son apprentissage chez Jean Paul Gaultier, où il reste plus de deux ans. Là, il découvre la haute couture, "le travail à la main, sur mesure, le souci des détails" et les "tissus de qualité". Il participe à la réalisation d'une robe pour la chanteuse Kylie Minogue. S'il a échoué à obtenir le diplôme de l'École de la Chambre syndicale de la couture parisienne, Sami Nouri, qui a obtenu la nationalité française, va organiser en juillet 2017 un défilé dans un château Renaissance près de Fougères, en Bretagne. Il veut en faire un événement sur plusieurs jours, inspiré de son "histoire".

Le lieu lui est prêté par un entrepreneur danois, Michael Linhoff,  "touché"par l'histoire, le "talent" et la "personnalité atypique" du jeune homme. "J'ai envie qu'il réussisse. Il a besoin d'un coach, d'un mentor à côté de lui, il est encore très jeune", souligne cet homme de 51 ans. "C'est un garçon qui a beaucoup d'ambition. Il a un caractère... parfois il peut être tête à claques !", sourit l'entrepreneur. "C'est aussi un exemple que les étrangers font bouger la France. Moi je suis intégré en France, j'ai créé des emplois, lui va créer de la richesse", dit-il. 

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