"Barockissimo" : la fantaisie créative des Arts Florissants s'expose à Moulins

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 10/04/2016 à 12H00
Costumes de scène signés Patrice Cauchetier pour "Hippolyte et Aricie" de Rameau (production de 1996).  Exposition "Barockissimo. Les Arts Florissants en scène" à Moulins.

Costumes de scène signés Patrice Cauchetier pour "Hippolyte et Aricie" de Rameau (production de 1996).  Exposition "Barockissimo. Les Arts Florissants en scène" à Moulins.

© Thierry Zoccolan / AFP

L’incroyable inventivité des Arts Florissants est mise à l'honneur au Centre national du costume de scène (CNCS) de Moulins. De "Atys" de Lully à "Theodora" de Haendel, en passant par "Les Indes galantes" de Rameau, l'exposition met en lumière la diversité du répertoire et la richesse de l'univers de scène de l'ensemble baroque. Quand cohérence historique et folie créative font bon ménage...

"Barockissimo !", qui s'ouvre samedi jusqu'au 18 septembre, réunit près de 150 costumes et de nombreuses reproductions iconographiques des différentes  productions de cette formation, parmi les plus réputées au monde.
Costumes de Marina Draghici pour "Les Indes galantes" de Rameau.

Costumes de Marina Draghici pour "Les Indes galantes" de Rameau.

© Thierry Zoccolan / AFP

"L'imagination au pouvoir"

Fondé en 1979 et dirigé par le claveciniste et chef d'orchestre franco-américain William Christie, l'ensemble qui tire son nom d'un opéra du compositeur français Marc-Antoine Charpentier, s'est attaché à faire redécouvrir auprès d'un large public le répertoire français et européen du début du 17e au milieu du 18e siècle tombé dans l'oubli.

Les Arts Florissants, "c'est 30 ans de redécouverte de l'opéra baroque à travers des re-créations de tous les genres musicaux de l'époque, à partir de vieux manuscrits et livrets, parfois incomplets. C'est l'imagination au pouvoir", explique la musicologue et commissaire de l'exposition, Catherine Massip. Cette créativité ne se limite pas à la dimension musicale, au contraire, elle s'épanouit sur scène par les mises en scène, les décors et... les costumes.

D'époque ou contemporaines, mais toujours créatives

Au Centre national du costume de scène (CNCS), installé dans une ancienne caserne de cavalerie classée monument historique et qui fête cette année ses dix ans d'existence, les costumes se suivent mais ne ressemblent pas, à l'image du parti pris des différentes mises en scène, d'époque ou résolument contemporaines.
Les costumes pour "Athys" de Lully de Patrice Cauchetier.

Les costumes pour "Athys" de Lully de Patrice Cauchetier.

© Thierry Zoccolan / AFP
Pour la tragédie "Atys" de Jean-Baptiste Lully, qui fut surnommé "l'opéra du roi" Louis XIV et dont la représentation en 1986 marqua le renouveau de la musique baroque, les somptueux costumes de Patrice Cauchetier mêlent velours lamé, tulle, rubans et dentelles plissées. Les perruques sur mesure d'un blanc poudré s'allongent dans une débauche de boucles abondantes et un peu folles.

Une seule robe, longue de trois mètres, pour trois déesses 

Dans "Hippolyte et Aricie" de Jean-Philippe Rameau, le costume des Parques, ces divinités maîtresses du sort des hommes, forme une seule robe de trois mètres de long, en taffetas violine, ornée de broderies et franges argentées, "unique en son genre".

"Les costumes permettent d'incarner les personnages, très nombreux dans l'opéra baroque. Chanteurs et danseurs doivent être facilement identifiés par les spectateurs grâce à leurs coiffes et autres symboles", ajoute la commissaire de l'exposition.

A l'image des personnages des "Indes galantes", également de Rameau, qui emmenaient la cour de Louis XV dans un voyage lointain et exotique. Sur la scène de cet opéra-ballet gai et festif se croisent des femmes fleurs aux robes fantaisistes formées de pétales colorés, un dieu du Soleil inca coiffé d'un éventail de plumes et un pacha ottoman revêtu d'un immense caftan de soie orné de croissants de lune stylisés.

Modernité

Les costumes du styliste britannique Gideon Davey pour "Platée" de Rameau à l'Opéra comique à Paris.

Les costumes du styliste britannique Gideon Davey pour "Platée" de Rameau à l'Opéra comique à Paris.

© Thierry Zoccolan / AFP
Mais les costumes des Arts Florissants versent aussi souvent dans la modernité, comme pour "Theodora" de Georg Friedrich Haendel, où certains personnages portent des uniformes militaires ; ou pour "Les Boréades" de Rameau, dont les costumes noirs et très féminins sont inspirés de la silhouette "New  Look" du couturier Christian Dior, qui révolutionna la mode dans les années 1950 ; ou enfin pour "Platée", brillamment mis en scène par Robert Carsen, qui rend un hommage très personnel, avec beaucoup d'humour, au monde de la mode.

Exposition "Barockissimo. Les arts florissants en scène" jusqu'au 18 septembre 2016. Centre national du costume de scène et de la scénographie. Quartier Villars, Route de Montilly. 03000 Moulins. De 10h à 18h, jusqu’à 19h en juillet et août.