Avec les "poupées de poche", immersion dans le monde des Lilliputiens

Par @CocoJeammet Journaliste, responsable de la rubrique Mode de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 08/10/2014 à 10H49
Mignonnette Simon & Halbig, vers 1884

Mignonnette Simon & Halbig, vers 1884

© Jean Dalmard / Collection Musée de la Poupée-Paris

Avec "Minuscules. L’univers ludique des poupées de poche", le musée de la poupée, qui fête ses 20 ans, se penche sur un monde en miniature. Depuis le dernier quart du XIXe siècle, ces poupées de poche règnent sur un microcosme idéalisé composé de maisons, pièces, meubles, décors et vêtements… A découvrir jusqu'au 24 janvier 2015, à Paris.

Les poupées de poche sont apparues sur le marché occidental vers 1876, en même temps que les premiers bébés articulés. Les modèles les plus recherchés sont en biscuit (porcelaine mat comportant deux phases de cuisson) alors que des spécimens moins coûteux sont réalisés avec un corps semi-articulé.
Mignonnette française (13 cm), vêtements de style en coffret ancien

Mignonnette française (13 cm), vêtements de style en coffret ancien

© Collection Musée de la Poupée-Paris
De facture essentiellement française et allemande, ces poupées de petite taille, qui tenaient dans une poche, devinrent les jouets des enfants des générations entre la guerre de 1870 et la guerre de 1914. D’abord appelées poupées miniature, Fernand Sustrac déposa un brevet en 1877 pour la fabrication de poupées articulées de 14 cm, dont les coudes et parfois les genoux avaient une articulation à boules. En 1879, des poupées de poche figuraient aux catalogues des grands magasins parisiens, elles provenaient de chez Gaultier, Jullien ou Schmitt, entre autres.
Mignonnettes d'après le brevet Sustrac vers 1877 (14 cm)

Mignonnettes d'après le brevet Sustrac vers 1877 (14 cm)

© Collection Musée de la Poupée-Paris
De la poupée de poche à la Mignonnette

En 1878, la Poupée Modèle lança une poupée de poche qu’elle baptisera, en 1880, Mignonnette. Jusqu’en 1917, cette miniature fut distribuée par le magazine enfantin avec un pic de popularité au début du XX siècle. Au catalogue de la Société Française de fabrication de Bébés et Jouets de 1912 figurait une collection de Lilliputiens, des poupées tout en biscuit de 6 cm vêtues de costumes historiques, folkloriques ou de carnaval.
 Maison japonaise

 Maison japonaise

© Collection Musée de la Poupée-Paris
D’Allemagne, provenaient les minuscules de 3 à 3,5 cm, fabriquées par Carl Horn, et reconnaissables à leurs costumes réalisés au tricot. En France, le fabricant était le porcelainier François Gaultier, en activité jusqu’à la fin du XIX siècle. Son principal concurrent allemand était la firme Simon & Halbig qui régna en maître sur le marché occidental après l’arrêt de la production Gaultier en 1899. Les mignonnettes Simon & Halbig ont connu une plus large diffusion que celles de la marque Gaultier, ce qui explique qu’on en trouve souvent en France.
Pièce mauve

Pièce mauve

© Collection Musée de la Poupée-Paris
Une poupée et son univers

Autour de ces personnages miniaturisés, une multitude d’objets à leur échelle : garde-robes, meubles, accessoires, décors, pièces et maisons… Un univers global qui reflète le quotidien de l‘époque victorienne. D’autres mignonnettes et leur environnement sont sortis des réserves pour montrer le degré de raffinement de ces jouets que l’on pouvait acheter dans des boutiques spécialisées (Au Nain Bleu, Au Paradis des Enfants…) ou commander à des revues spécialisées (La Poupée Modèle). C’est par ce magazine enfantin que le terme mignonnette a été vulgarisé jusqu’à devenir, aujourd’hui, un terme générique qui définit cette catégorie de poupée de petite taille.
Minuscules Carl Horn, entre deux guerres (3 à 3,5 cm)

Minuscules Carl Horn, entre deux guerres (3 à 3,5 cm)

© Collection Musée de la Poupée-Paris
Les collectionneurs puristes ne s’intéressent qu’aux mignonnettes anciennes entourées d’objets anciens. Les bricoleurs construisent des univers à l’échelle de leurs poupées, avec un mélange d’objets anciens et récents, tandis que d'autres confectionnent des trousseaux aussi bien pour leurs poupées anciennes que pour des mignonnettes en reproduction. Au delà de l’intérêt historique et technique, l’univers des minuscules s’impose par la fascination qu’elle exerce : des jouets détaillés à une échelle réduite, des maisons de poupées de l’époque Victorienne, des trousseaux de petites demoiselles…
Magasin de jouets.

Magasin de jouets.

© Collection Musée de la Poupée-Paris
Le musée de la Poupée-Paris fête ses 20 ans

Ouvert dans le quartier historique des bimbelotiers, le musée présente, dans ses salles permanentes, la collection privée de poupées anciennes de Guido et Samy Odin enrichie au fil du temps par des acquisitions et dons. Les décors, mises en scènes et accessoires replacent les poupées dans un environnement qui replonge dans l'univers nostalgique de l'enfance et des poupées d'antan. Le musée propose des animations pour les enfants et les adultes, des articles anciens et modernes, de la documentation et des fournitures et patrons. Une publication sur les mignonnettes de facture Simon & Halbig parait également à cette occasion.

Exposition "Minuscules. L'univers ludique des poupées de poche" jusqu'au 24 janvier 2015. Musée de la poupée. Impasse Berthaud. 75003 Paris. Du mardi au samedi de 13h à 18h. Fermé les jours fériés.