Au diable les tabous ! Chantal Thomass joue l'"Impertinente", à Mulhouse

Par @CocoJeammet Journaliste, responsable de la rubrique Mode de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 08/11/2015 à 17H22
L'exposition "Impertinente" by Chantal Thomass

L'exposition "Impertinente" by Chantal Thomass

© DR

Avec "Impertinente" by Chantal Thomass, le Musée de l’Impression sur Etoffes de Mulhouse offre une rétrospective à la malicieuse créatrice de mode avec une centaine de ses créations de prêt-à-porter, de lingerie et d’accessoires. En parallèle, le musée accueille "Histoires de femmes" qui se penche sur ces destinées de femmes entreprenantes et influentes dans le domaine textile depuis le 18e siècle

Impertinente, Chantal Thomass l’a été dès ses débuts avec sa marque "Ter et Bantine" et elle l’est restée avec sa marque éponyme au style plein de fantaisie et d’humour. Tant en prêt-à-porter qu’en lingerie, elle détourne certains codes vestimentaires. Elle décale. Elle réinterprète. Elle ose et elle séduit, avec audace, chic et élégance.
Chantal Thomass, un aperçu de sa collection de lingerie pour l'automne-hiver 2015
Au diable les tabous ! Elle emprunte des détails au vestiaire masculin, revisite smoking et gilet d’homme. La bretelle tutoie la jarretelle, la guêpière s’essaie au salut militaire, la cravate distrait le corset et la redingote se la joue cocotte.
L'exposition "Impertinente" by Chantal Thomass

L'exposition "Impertinente" by Chantal Thomass

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Chantal Thomass fut la première créatrice à faire défiler des sous-vêtements sur les podiums. Avec elle, la lingerie est devenue un accessoire de mode ; elle ne se cache plus, elle s’affiche. Grâce à elle, les dessous ont pris le dessus !
L'exposition "Impertinente" by Chantal Thomass

L'exposition "Impertinente" by Chantal Thomass

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A l’entrée de l’exposition, quelques pièces de dentelle noire transparente, puis ensuite, vous serez libre d’explorer quelques thèmes récurrents, chers à la créatrice. Vous croiserez quelques femmes libérées des années 80 & 90, des amoureuses romantiques, des lolitas troublantes, de fausses ingénues, des femmes fatales et des soubrettes aguicheuses ainsi qu'une mariée bien délurée. Et tout cela dans une profusion de matières, de coloris, d’imprimés et d’accessoires.
L'exposition "Impertinente" by Chantal Thomass

L'exposition "Impertinente" by Chantal Thomass

© Chantal Thomass

"Histoires de femmes", la femme dans le textile de la 2nde moitié du 18e siècle à nos jours


Le Musée de l'Impression sur étoffes présente également l’exposition "Histoires de femmes" qui se penche sur ces destinées de femmes actrices, entreprenantes et influentes dans le domaine textile. Icônes de la mode, figures emblématiques, artistes de renom et créatrices de talent, aux destins parfois brisés. 
Rentreuse à la planche de bois

	Lithographie, manufacture Thierry Mieg &

	Cie, vers 1863

	Turgan, les grandes Usines p.219, Paris 1863

	Inv.746.08 Musée de l’impression sur étoffes

Rentreuse à la planche de bois Lithographie, manufacture Thierry Mieg & Cie, vers 1863 Turgan, les grandes Usines p.219, Paris 1863 Inv.746.08 Musée de l’impression sur étoffes

© Inv.746.08 Musée de l’impression sur étoffes
Cantonnée à un rôle d’épouse et de mère, l'activité de la femme prend fin avec le mariage même si elle assiste son mari dans ses activités agricoles, commerciales, artisanales pour lesquelles  elle constitue une main-d’œuvre gratuite. Cependant certaines travaillent comme domestiques ou employées en magasin. Au 18e siècle, avec la création des premières manufactures, elles occupent des tâches subalternes, mais aussi des emplois de dessinatrices et d'employées à la gravure des outils d’impression. Au 19e siècle, avec l’industrialisation, elles sont chargées de travaux traditionnellement masculins que la mécanisation leur rendait accessibles en exigeant moins de force physique dans les filatures.
Mouchoir How to find an Husband. (comment trouver un mari). Angleterre, manufacture inconnue, vers 1980. Impression au cadre sur coton  

Mouchoir How to find an Husband. (comment trouver un mari). Angleterre, manufacture inconnue, vers 1980. Impression au cadre sur coton  

© Inv.998-40-27 Musée de l’impression sur étoffes
Au 19e siècle, rares sont les femmes à se démarquer du statut d’ouvrière et à entreprendre une carrière. Thérèse de Dillmont est engagée par Dollfus Mieg & Cie, pour développer la vente des fils en éditant des livres destinées à former et guider le public dans la réalisation d’ouvrages employant des fils DMC. Elle possède en propre des magasins à Vienne, Londres, Paris et Berlin. En 1889, en se mariant, elle met fin à sa carrière.
Carré La parisienne Lyon, 1946. Impression au cadre sur soie Don Alain Roure Un des premiers carrés publicitaire portant le nom de grands couturiers de l’époque et les noms faisant le renom de Paris

Carré La parisienne Lyon, 1946. Impression au cadre sur soie Don Alain Roure Un des premiers carrés publicitaire portant le nom de grands couturiers de l’époque et les noms faisant le renom de Paris

© nv.981.21.1 Musée de l’impression sur étoffes
Après la  première guerre mondiale, un mouvement d’émancipation féminine se met en place. Les femmes créent des entreprises. L’exposition rend hommage aux femmes de la Wiener Werkstätte, mouvement artistique viennois, qui créent des étoffes imprimées destinées à l’habillement et à la décoration : Sonia Delaunay, Sophie Taeuber-Arp. Elles sont pionnières, respectivement de l’abstraction picturale et du mouvement dada. Avant sa disparition en 1979, Sonia Delaunay, pour qui la mode se révèle être un médium pour démocratiser l’art en donnant vie à ses œuvres, fait don d’une partie de ses étoffes au Musée de l’Impression sur Etoffes qui présente ces pièces rares. Gabrielle Chanel est aussi une figure emblématique et incontournable de ce virage sociologique. En effet, à partir du moment où Coco a investi le vestiaire masculin en 1910 pour rendre le tweed, le jersey, la marinière mais surtout le pantalon, accessibles à toutes, la féminité est entrée dans l’univers du vêtement.
Mouchoir Les droits de la femme en 1900. Rouen, manufacture Renault, 1900. Impression au rouleau sur coton

	 

Mouchoir Les droits de la femme en 1900. Rouen, manufacture Renault, 1900. Impression au rouleau sur coton  

© Inv.954.452.1.M Musée de l’impression sur étoffes
Le XXe siècle marque une mutation profonde puisque la création textile devient essentiellement féminine. Employées dans des ateliers de dessins des usines textiles ou à la tête de leurs ateliers, les femmes vont fournir des dessins destinés tant à l’ameublement qu’à l’habillement. Andrée Brisson de Méré marque la mode des années 1950 à 1980 : elle va approvisionner les plus grandes maisons de haute couture. Elle collabore avec Christian Dior, Hubert de Givenchy, Yves Saint Laurent, Nina Ricci ou Paco Rabanne. Le domaine de l’ameublement est marqué par Paule Marrot, Primerose Bordier, Lizzie Derriey. Le textile accompagne l’évolution de la société et témoigne des transformations de valeurs et de goûts. 

Expositions "Impertinente" by Chantal Thomass et "Histoires de femmes", la femme dans le textile de la seconde moitié du 18e siècle à nos jours, jusqu'au 9 octobre 2016. Musée de l’Impression sur Etoffes de Mulhouse. 14, rue Jean-Jacques Henner. 68100 Mulhouse. www.musee-impression.com