Soul of a Nation : devoir de mémoire afro américaine à la Tate Modern

La dernière exposition de la Tate Modern, Soul of a Nation, nous ramène jusqu'en 1963 période mouvementée pour les droits civiques en Amérique. Le travail de plus de 60 artistes représente 20 ans de lutte afro-américaine pour l'acceptation et l'intégration mais aussi l'émergence de la fierté noir-américaine. Une exposition qui tombe sous le sens face au l’actuelle crise identitaire que connaît les États-Unis.

Arrivés au troisième étage du Tate Modern une voix nous guide vers des écrans, sur ces postes de télévisions cinq personnages politiques et culturels qui ont contribué à façonner cette lutte identitaire prononcent un discours. À commencer par le Dr Martin Luther King Jr. S’ensuit Malcolm X, James Baldwin, Stokely Carmichael et enfin Angela Davis. Une entrée en matière très intense avec l’ambiance crée par ces morceaux de discours poignants.

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Après cette immersion nous entrons dans la salle 1 réservées aux créations de Spiral, un collectif d'artistes afro-américains formé en 1963 juste avant l’historique marche de Washington. Parmi les artistes figurent Romare Bearden connu pour ces collages ainsi que Norman Lewis dont les traits de peinture monochrome obscurs fascinent autant qu’ils perturbent. Ci dessous « America the Beautiful » titre ironique d’une peinture de Norman Lewis illustre une procession de membres de Ku Klux Klan.

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America the Beautiful, Norman Lewis, 1960

Nous voici dans la salle 2, Art on the Streets.

Des vitrines tout en longueur renferment d’un côté les archives des journaux des années soixante-dix du parti Black Panther, un parti d’auto-défense.

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De l’autre côté de la pièce des multitudes de photographies témoignent de ces instants où des groupes afro-américains prennent d’assaut la ville à coup de pinceaux et de couleurs sur les murs. Entièrement recouverts d’affiches ou d’immenses fresques, les façades des immeubles s’illuminent grâce à ces artistes engagés.

Nous continuons la visite, de salles en salles certaines oeuvres interpellent plus que d’autres.

On retrouve les artistes Betye Saar et Kay Brown, qui ont permis l’émergence du mouvement féministe noir. Leur travail dénonçait les mythes et les stéréotypes sur la race et la féminité pendant les années 1970.

Un monument vert attire l’oeil, c’est l’oeuvre « Fred Hampton's Door 2 » de Dana C Chandler, une reproduction de la porte d'entrée d'un jeune activiste noir tué par la police de Chicago à l’âge de 20 ans alors qu’il dormait chez lui à côté de sa fiancée enceinte. La structure rend compte de la violence de la police lors de l’intervention. 

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Fred Hampton's Door 2, Dana C Chandler, 1975

Tout aussi saisissante la sculpture de Betye Saar «Banjo de Sambo», se moque de la caricature raciste de l’artiste noir, un étui vintage de banjo abrite le squelette d'un homme pendu.

Dans une salle haute en couleurs nous admirons les oeuvres d’AfriCOBRA (The African Commune of Bad Relevant Artists) un groupe d'artistes noirs basé à Chicago, fondé en 1969 dont l’objectif était de rendre l'art accessible à tous.

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Revolutionary, Wadsworth Jarrell (membre du collectif AfriCOBRA), 1972.

Puis vient un hommage JAM (Just Above Midtown) une galerie de New York ouverte en 1974, première galerie à exposer le travail d'artistes afro-américains avant gardistes.

Au cours de l’exposition on observe la montée de personnages noirs influents tels que Muhammed Ali, Malcolm X, les Black Panthers et évidemment Martin Luther King Jr, qui ont pris de l'importance dans les médias, défiant les concepts d'identité raciale de l’époque, inspirant toute une série d'art politique.

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Andy Warhol, Muhammed Ali, 1978

 

Toutes les étapes du parcours de l’exposition ne sont pourtant pas politique. En effet « Soul of a Nation » c’est aussi un questionnement sur l’art noir et sa conception. Un art polymorphe allant d’ oeuvres abstraites aux sculptures en passant par les fresques, les photographies et les collages

« Soul of a Nation » est le témoignage d'un mouvement et d'une période qui ont eu un impact sur la conscience sociale et culturelle des communautés noires aux États-Unis, une exposition avec un caractère fort et une diversité de styles captivants.

Adèle Bernard avec Loïc de la Mornais 

Soul of a Nation - Art in the age of Black Power à la Tate Modern Gallery, Bankside SE1 9TG London, jusqu’au 22 octobre 2017.  Gratuit pour les membres. Tarif normal 17€ adultes,  gratuit pour les moins de douze ans. Pass famille (deux adultes - deux enfants-) disponibles sur place ou par téléphone 020 7887 8888