Shakespeare's Globe : des questions d'actualité en toile de fond de la tragédie passionnelle "The White Devil"

Vittoria et son frère Flamineo - shakespearesglobe.com

Sur fond de meurtres, trahisons, duperies, corruption et désir de vengeance, le « Démon Blanc » de l'auteur dramatique John Webster (1580 - 1634) raconte l'histoire de la conquête maléfique de Vittoria par le Duc de Bracciano. Une pièce de théâtre idéale pour ceux qui voudraient assister à une tragédie passionnelle et meurtrière dénonçant les dérives d'une société hypocrite, immorale et individualiste, en résonance avec le monde contemporain. Le Bureau de Londres a assisté à une des représentations.

La pièce met en scène les meurtres prémédités du mari de Vittoria, Camillo, et de la femme du Duc de Bracciano, Isabelle. Le complot a pour objectif de réunir Vittoria et le Duc. Mais, s'ils espéraient pouvoir vivre au grand jour leur amour à la suite de ces assassinats, c'était sans compter le soulèvement du peuple qui réclame un procès ou encore le désir de vengeance du Duc de Florence, frère de la défunte Isabelle...

« Politique, sexuel, et profondément chaotique, soyez prêts à faire face à des complots, intrigues secondaires, trahisons et meurtres monstrueux », décrit Emma Rice, la directrice artistique du Globe de Shakespeare.

21789_show_portrait_largePour la metteuse en scène de la pièce, Annie Ryan, il était important de « soulever la question de ce qui nous pousse à la vengeance, de comprendre cette colère en nous et comment elle se convertit en violence et corruption », dans la mesure où cela est « terriblement répandu dans le monde actuel. »

Lors d'un entretien avec Heather Neill, journaliste spécialisée dans le théâtre, elle explique que même si John Webster avait fait un miroir de la société italienne de la fin du 16e siècle - il s'est en effet inspiré de l'histoire vraie datant de 1585 -, la pièce évoque de nombreux thèmes qui font très étroitement écho au monde d'aujourd'hui et à ce qu'il pourrait devenir.

En effet, si la question du racisme résonne avec le vote du Brexit, la question de la misogynie, très présente dans la pièce, est d'autant plus d'actualité suite à l'élection de Donald Trump aux États-Unis.

« Nous avons donc décidé de mettre en scène une réalité qui tend vers une sorte de futur cauchemardesque », précise-t-elle sur l'orientation de la mise en scène.

Mais la morale de cette pièce va encore plus loin. Elle souligne le caractère sinueux, cynique et égocentrique de notre société, illustrant un « idéal machiavélique, où la fin justifie les moyens » selon l'éditeur de la pièce, Michael West.

Malgré tout, il s'agit d'un très bon moment de théâtre grâce au rythme très intense et des acteurs remarquables. Dans la salle "Sam Wanamaker" éclairée aux bougies et décorée au strict minimum, l'atmosphère repose presque exclusivement sur le jeu des acteurs, qui nous fait vaciller entre angoisse et rires. En effet, la pièce aborde les thèmes délicats de la place de la femme dans la société, de l'hypocrisie et de l'égocentrisme avec beaucoup de recul, d'humour et d'ironie.

"The White Devil", une pièce à découvrir au Globe de Shakespeare jusqu'au 16 avril 2017 : http://www.shakespearesglobe.com/theatre/whats-on/sam-wanamaker-playhouse/the-white-devil-2016

Marine Clerc avec Loïc De la Mornais