La comédie musicale qui se moque du Brexit

De gauche droite, Michael Gove, Boris Johnson, George Osborne, David Cameron et Theresay May lors d'une répétition de la comédie musicale "Brexit, The Musical", le 16 novembre dernier à Londres. Photo Camille Soligo

"Le Brexit, c'est le Brexit". Mais bon sang, qu'est-ce que cela peut bien pouvoir dire ? C'est ce à quoi tente de répondre "Brexit, the musical", une comédie musicale satirique écrite par David Shirreff après le référendum de juin dernier, qui critique la politique britannique pré et post-Brexit, et se moque de ses acteurs. 

Coincé derrière son piano au fond de la petite scène, Frederick Appleby effectue ses derniers arrangements, les cheveux encore mouillés par les cordes qui tombent dehors. Temps londonien oblige. Excité et serein avant la première représentation, le pianiste nous confie : “Je ne sais pas si on joue autant de rôles pour des raisons économiques ou dramatiques, mais j’ai ma petite idée.” Pendant presque deux heures, cinq acteurs vont enchaîner une trentaine de personnages, de Donald Tusk, le président du Conseil européen, à Jean Monnet, un des pères de l'Europe, de David Cameron à Nigel Farage, leader du parti europhobe Ukip, en passant par des habitants de Boston pro-Brexit et Angela Merkel.

Sur scène, le décor est spartiate : une chaise en plastique et un fauteuil de bureau entourent une table en bois rafistolée avec du scotch. Mais peu importe le manque de moyens, ce soir le thème, lui, est de taille : le Brexit. Loin des comédies musicales qui ont fait et qui continuent à faire le succès de Londres, la représentation a lieu au Canal Cafe Theatre, une salle exigüe à l'étage d'un pub londonien du quartier de Little Venice accueillant une soixantaine de spectateurs.

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Le premier comédien entre sur scène, perruque blonde, casque de vélo vert vissé sur la tête et bedaine saillante mise en valeur par un costard trop petit. Aucun doute. C'est Boris Johnson. À ses côtés, tous en prennent pour leur grade. Nigel Farage (Jack Bradley) ne quitte pas sa pinte, chante le peuple et la Britannia perdue. "Souvenez-vous de ces jours glorieux quand nous étions les maîtres du monde". Jeremy Corbyn (Stephen Emery) et Donald Tusk sont caricaturés et Michael Gove (Chris Vincent), un brexiteur du gouvernement Cameron, terrorisé par sa femme Sarah Vine.

Après avoir écrit trois comédies musicales sur l'Union européenne et le monde de la finance, David Shirreff n'en est pas à son coup d'essai en matière de satire politique.

"Écrire une comédie musicale était ma seule façon d'exprimer ma frustration par rapport à la victoire du "leave". J'ai trouvé ça tellement... Les politiques qui en sont responsables en font un tel gâchis. C'est ce que je pense. Et tout le monde s'en rend compte. Les gens ont besoin de rire de ça, c'est tellement sérieux. Je suis écrivain, donc mon stylo est la seule arme que j'aie", explique David Shirreff, ancien journaliste de l'hebdomadaire The Economist qui a écrit cette satire musicale.

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Michael Gove annonçant à Boris Johnson qu'il vient d'être nommé ministre des Affaires étrangères. Photo Camille Soligo

"J'ai eu la peau du marché unique", lâche David Cameron de retour de Bruxelles, dépité. S'ensuivent une succession de démissions : d'abord David Cameron de son poste de Premier ministre, Nigel Farage de la tête du parti europhobe Ukip, puis la nomination de l''égocentrique Boris Johnson qui ne sait pas parler d’autre chose que de lui. “Nous sommes sur le chemin du Brexit. Courage mes amis”, s’écrie une Theresa May (RJ Seeley) indécise, prête à appuyer sur "le bouton de la bombe nucléaire", dixit l'article 50.

Dans la salle, le public, plutôt hétérogène, délaisse peu à peu sa timidité et rit à gorges déployées. Ils applaudissent aux répliques cinglantes des personnages. Ils en redemandent. "Ils ont adoré", constate David Shirreff. "Je n'ai entendu personne la critiquer : c'est rapide, il y a beaucoup de personnages et la musique les a fait sourire. Nigel Farage et Boris Johnson sont les vainqueurs du Brexit, ils devraient venir voir la comédie musicale car elle remet le Brexit en perspective", suggère l'auteur.

Boris Johnson, désormais ministre des Affaires étrangères, se retrouve finalement aux côtés de Vladimir Poutine et improvise un rap. Dans un dernier accord, le pianiste enfile une perruque de juge, un clin d’oeil aux trois juges de la Haute Cour de Londres pointés du doigt par les tabloïds britanniques le mois dernier pour avoir prié le gouvernement de faire voter le Parlement sur le Brexit.

"Brexit, the musical", mise en scène par Lucy Appleby et composé par Frederick Appleby s'est jouée à guichets fermés au Canal Cafe Theatre. Quelques dates supplémentaires devraient être ajoutées aux mois de janvier et février prochains. La sortie de l'UE, si longue soit-elle et ses rebondissements quotidiens, n'ont pas fini d'être moqués. David Shireff rêve déjà de faire rire les Européens en exportant sa comédie musicale à Bruxelles dès l'année prochaine.

Camille Soligo avec Loïc De La Mornais

 

Publié par Bureau de Londres / Catégories : art, londres