Ungerer, Cyrulnik, Meirieu et les peurs enfantines aux Assises du roman

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 30/05/2012 à 17H56
Boris Cyrulnik, Philippe Meirieu et Tomi Ungerer aux Assises du roman de Lyon

Boris Cyrulnik, Philippe Meirieu et Tomi Ungerer aux Assises du roman de Lyon

© Marie Pujolas

D'où vient la peur ? Faut-il rêver à un monde sans peur ? Ce sont à quelques-unes de ces questions que le dessinateur Tomi Ungerer, le neurologue et psychiatre Boris Cyrulnik et le pédagogue Philippe Meirieu ont été invité à répondre dans le cadres des Assises Internationales du roman, qui se tiennent à Lyon jusqu'à dimanche. Un débat très philosophique autour de la notion de la peur chez l'enfant. Rassurons-nous, il est bon de lire des contes aux plus petits, même s'ils sont peuplés d'ogres et de brigands !

 

Toni Ungerer

Toni Ungerer

© Marie Pujolas

 

Le débat promettait d'être intéressant intellectuellement, mais on ne s'attendait pas forcément à passer un moment joyeux et aussi convivial. Pourtant, ce fut le cas. Les trois intervenants se sont écoutés mutuellement, ont échangé des souvenirs d'enfance sur leurs peurs et ont livré au public, conquis, quelques anecdotes privées. Comme Tomi Ungerer qui, volontairement provocateur, dit qu"'il faut traumatiser les enfants pour leur donner une identité !" Il raconta ainsi comment, en voiture avec ses enfants, il vit un chat écrasé sur le bord de la route. Il les fit descendre et leur montra l'animal en leur disant : "C'est à ça que vous ressemblerez si vous ne faites pas attention en traversant ! ". 

Plus sérieusement, l'auteur du célèbre livre pour enfants, "Les trois brigands", raconta qu'il était persuadé que la peur était utile pour être dépassée et ainsi se construire. Orphelin de père à l'age de trois ans, il vécut toutes les horreurs de la seconde guerre mondiale. Des images qui l'ont profondemment marqué mais qui l'ont aussi aidé  à avancer. Selon lui, les jeunes enfants ont souvent peur à cause des adultes. Mais se faire peur en lisant un livre, adapté à son âge, est plutôt bénéfique. 

Ainsi, pour le pédagogue Philippe Meirieu, "la peur de la solitude est la matrice de toutes les peurs". "Tous les enfants ont peur d'être abandonné par leurs parents. En lisant un conte comme "Le petit poucet", les enfants se sentent moins seuls, ils comprennent que d'autres ont les mêmes peurs qu'eux".

Un sentiment partagé par Boris Cyrulnik. Selon lui, si on enlevait la peur, on évoluerait dans un monde de solitude. Un enfant trop sécurisé ne s'attache pas, il n'a pas appris la fierté d'avoir été plus fort que la peur. 

 

Boris Cyrulnik

Boris Cyrulnik

© Marie Pujolas

 

Il faut donc continuer à nourrir l'imaginaire de nos enfants. Mais il faut également les entourer d'amour et leur donner des repères. Il ne s'agit pas de leur faire peur avec des images non-appropriés ou des propos qu'ils ne peuvent pas comprendre. Ainsi, s'ils se sentent en même temps protégés et aimés par leurs parents, ils auront toutes les chances de devenir des adultes curieux et ouverts sur le monde. 

 

Pour se faire, l'art joue un rôle primordial. Selon Philippe Merieu, "l'art a la capacité de rendre saisissable les choses les plus effrayantes. l'accès au symbolique détermine l'entrée au langage et à la culture". 

 

Ce débat s'est tenu dans le cadre des Assises Internationales du roman. Les éditions Gallimard jeunesse, qui fêtent cette année leur 40 ans, ont profité de l'événement pour publier un livre "Même pas peur", qui sortira au mois de septembre. En partenariat avec l'association Envols d'Enfance, qui intervient à travers des ateliers artistiques, auprès des enfants en difficulité, il regroupe des textes et des illustrations. Boris Cyrulnik, parrain de l'association, et Tomi Ungerer ont participé à sa création.