"Témoins à charge", dernier roman du juge Lambert avant son suicide : l'affaire Grégory déclinée en polar ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/08/2017 à 10H59, publié le 23/08/2017 à 09H58
L'ex-juge Lambert, retrouvé mort à son domicile le 11 juillet, était juge d'instruction au moment de l'affaire Grégory. 

L'ex-juge Lambert, retrouvé mort à son domicile le 11 juillet, était juge d'instruction au moment de l'affaire Grégory. 

© JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

"Témoins à charge", le dernier roman de l'ex-juge Lambert retrouvé mort à son domicile le 11 juillet, semble raconter l'affaire Grégory à travers un polar qui mêle la fiction à la réalité de ce fait-divers devenu scandale judiciaire, et qui l'a hanté jusqu'à son suicide.

Haines, secrets de famille, mensonges, erreurs judiciaires et suicides: le dernier roman de Jean-Michel Lambert, "Témoins à charge", recèle de troublants parallèles avec la vie et la mort de l'ex-juge d'instruction de l'affaire Grégory.

Dans ce onzième ouvrage du juge Lambert, retrouvé mort à son domicile le 11 juillet, peu après un énième rebondissement dans l'enquête sur la mort du petit Grégory le 16 octobre 1984, un des personnages ressemble trait pour trait à l'auteur. Un sexagénaire aux épais cheveux blancs, regard bleu derrière des lunettes à fine monture...

Surtout, ce notable, le Professeur Chabert, se suicide, "pour sauver son honneur", de la même façon que le juge Lambert, "la tête recouverte d'un sac plastique". Un autre protagoniste de l'histoire se donne la mort. Dès le début de ce thriller judiciaire à paraître jeudi chez De Borée (groupe Centre France), une jeune fille, Marilynda, revient sur son témoignage qui accablait son beau-père et l'avait envoyé en prison. Impossible de ne pas penser à Murielle Bolle, témoin clé de l'affaire Grégory qui, adolescente, avait dénoncé son beau-frère en 1984 avant de se rétracter. Elle a été mise en examen fin juin pour enlèvement.

Erreurs judiciaires, haines familiales et un coupable idéal

L'intrigue de ce roman à l'atmosphère balzacienne se déroule au Mans, où vivait le juge Lambert. On y retrouve des âmes noires, un coupable idéal, Kévin Brozniak, inculpé pour la deuxième fois de double-assassinat ; les errements de la justice entre erreurs et doutes, des haines familiales, écho de celles de la Vologne.

"Un testament ? Je ne sais pas. Mais avec le recul, la description du suicide est troublante, comme ses mots lors de notre dernière rencontre: si ça devait recommencer, je n'aurais peut-être pas le courage. C'était quelques semaines avant sa mort", explique à l'AFP Eric Yung, conseiller éditorial de De Borée, qui connaissait Jean-Michel Lambert depuis de longues années.
 
Dans sa lettre d'adieu adressée à l'Est Républicain, publiée le 19 juillet par le quotidien régional, le juge Lambert expliquait "ne plus avoir la force de se battre". Quand il était venu présenter le manuscrit de "Témoins à charge", "il m'avait aussi beaucoup parlé de sa reconstruction, grâce à sa femme, ses enfants, au sport et à la littérature. Il écrivait tous les jours. C'était son activité principale", ajoute M. Yung.
 
Lauréat du prix Polar à Cognac en 2001 pour "Purgatoire", Jean-Michel Lambert avait aussi publié en 1987 "Le Petit Juge" ou, en 2014, "De combien d'injustices suis-je coupable ?", livre dans lequel, 30 ans après l'affaire Grégory, il dénonçait l'échec de la justice.