Grégoire Solotareff : portrait d'un fabricant de héros

Par @Culturebox
Mis à jour le 05/02/2016 à 13H15, publié le 28/11/2013 à 10H22
Grégoire Solotareff et son Loulou

Grégoire Solotareff et son Loulou

© PATRICK KOVARIK / AFP

Il a écrit près de 150 livres jeunesse traduits dans le monde entier, et sort en décembre son troisième film d'animation. Auteur pour enfants depuis près de 30 ans, Grégoire Solotareff se définit comme un "fabricant d'images", qui "déteste les choses graves".

Je trouve que l'humour est obligatoire dans les films et les livres pour enfants", dit l'auteur de 60 ans, qui présentera samedi à l'occasion du Salon du livre jeunesse de Montreuil le film d'animation "Loulou, l'incroyable secret", en salles le 18 décembre. Il en a créé l'univers et co-écrit le scénario.
Ce long métrage tendre et fin, souvent drôle, décline les aventures de son héros Loulou, un jeune loup ami avec un lapin, qu'il a créé en 1989 avant de le faire revivre depuis dix ans dans deux livres et au cinéma.

"Je suis un imagier"

Parallèlement, Grégoire Solotareff - également directeur de la collection pour tout petits "Loulou et Compagnie" à l'Ecole des Loisirs - sort un album, "Méchant petit prince", prépare une exposition de dessins, photos et sculptures sur les animaux, pour début 2014, un livre de photos pour enfants, et travaille à un autre projet de film.
Grégoire Solotareff dans son atelier

Grégoire Solotareff dans son atelier

© PATRICK KOVARIK / AFP
"J'aime bien dire que je suis un imagier, un fabricant d'images quelles qu'elles soient", résume ce barbu dans son atelier parisien, où des dessins préparatoires pour son exposition côtoient pinceaux, tubes, bouteilles de peinture et quelques milliers de travaux empilés.

Toute la famille

Né en 1953 à Alexandrie, fils d'un médecin d'origine libanaise et de l'illustratrice d'origine russe Olga Lecaye, Grégoire Solotareff dit avoir "toujours dessiné". "Quand on était petits, notre mère créait des livres pour nous. C'est peut-être ça qui nous a donné envie les uns et les autres de faire des livres pour enfants", raconte-t-il. Sa soeur est également illustratrice sous le nom de Nadja, tandis que son frère, écrivain et scénariste, s'est frotté épisodiquement à la littérature jeunesse.

"L'aventure dans le dessin"

Son premier grand succès, "Ne m'appelez plus jamais mon petit lapin", paraît en 1987, suivi de "Loulou" en 1989, devenu un classique de la littérature jeunesse. Destiné aux enfants de 3 à 7 ans, vendu à plus de 600.000 exemplaires et traduit dans plus de 15 pays, ce livre, qu'il a écrit et illustré, a été "fait en une journée", dit-il.
Loulou © Grégoire Solotareff
"D'habitude, je faisais vraiment une cuisine d'illustrateur qui m'ennuyait. Là, il y a quelque chose de rapide, une continuité d'humeur, qui est peut-être une explication du succès énorme", explique l'auteur. "Ce qui m'intéresse, c'est l'aventure dans le dessin. J'aime que chaque dessin soit spontané".

Les vertus de l'imperfection 

Ses dessins, pour lesquels il utilise encre, aquarelle, gouache ou ordinateur, sont reconnaissables à leurs aplats de couleur soulignés d'un trait noir, qu'il veut "direct, un peu vif et bien sûr imparfait" car dit-il, "l'imperfection est beaucoup plus intéressante que l'habileté". "La synthèse et la simplicité, c'est ce qui m'intéresse le plus dans le dessin", souligne encore ce travailleur touche-à-tout, admirateur de Picasso, James Ensor ou Bruegel.
Eléphant, Solotareff © Solotareff
Après deux premiers films d'animation, "Loulou et autres loups" en 2003 et "U" en 2006, "Loulou, l'incroyable secret", qui met en scène une cinquantaine d'animaux, lui a pris cinq ans. Il a réalisé entre 1.000 et 2.000 dessins préparatoires pour raconter la quête de son héros, à la recherche de ses origines au pays des Loups.

Enfance éternelle

Ses histoires mettent presque toujours en scène des animaux, "parce qu'il n'y a rien de plus gracieux et drôle", estime-t-il. "Cela me permet de faire des caricatures et de décaler mon sujet", dit Grégoire Solotareff , qui trouve le bestiaire du Moyen-Age "fabuleux".
Chien, Solotareff © Solotareff
Ecrire des histoires pour enfants, c'est aussi pour lui "se laisser aller dans des plaisirs un peu enfantins". "On se remet dans une proximité avec son enfance", souligne-t-il. "C'est l'anti-gravité".