Stephanie Blake au salon Livre Paris nous dit tout sur son "Simon", et raconte l'adaptation en dessin animé

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 30/03/2017 à 11H00, publié le 26/03/2017 à 10H45
Stephanie Blake au salon Livre Paris, 25 mars 2017

Stephanie Blake au salon Livre Paris, 25 mars 2017

© Laurence Houot / Culturebox

Stephanie Blake était invitée au salon Livre Paris sur la scène Jeunesse pour rencontrer les enfants, leur parler de Simon, son personnage devenu culte, et leur dévoiler les secrets de fabrication de ses albums. Elle a aussi raconté comment on passe du livre au dessin animé, puisque les aventures de son Simon sont aujourd'hui devenues une série diffusée tous les samedis sur France 5. Rencontre.

Il s'appelle Simon, et plusieurs générations d'enfants ont appris à dire joyeusement "Caca boudin"avec lui. C'est le titre du premier album de "Simon" (L'Ecole des Loisirs). Ce petit lapin, un héros au caractère bien trempé, c'est Stéphanie Blake qui l'a inventé. Né en 2002, "Simon" aujourd'hui, c'est 17 albums traduits dans plus de 20 langues à travers le monde et vendu à 3 millions d'exemplaires. "Simon" est dans les maisons, mais il a aussi une place de choix dans les bibliothèques des écoles, puisque 500 000 exemplaires ont été vendus aux écoles depuis sa création.
"Caca boudin"

"Caca boudin"

© Stephanie Blake / L'école des loisirs

"Mon inspiration, je la trouve dans ma propre vie"

Stephanie Blake est née aux Etats-Unis, mais elle a grandi en France. Auteure et dessinatrice, elle est autodidacte. "Je dis toujours aux enfants que je n'ai pas fait d'école pour apprendre à dessiner, mais que j'ai simplement continué à faire ce que font naturellement tous les enfants : dessiner et raconter des histoires". Elle a toujours été une grande lectrice de littérature jeunesse. A.A. Milne, Astrid Lindgren, Tomi Ungerer, sont ses modèles.

C'est elle qui a inventé Simon, ce petit Lapin espiègle, qui n'a pas sa langue dans sa poche. Comme tous les enfants qui grandissent, parfois Simon a peur, et il n'est pas toujours très obéissant. On peut même dire qu'il n'en fait qu'à sa tête. Mais il sait aussi faire preuve de courage quand une situation délicate se présente, et être raisonnable, même s'il aime bien avoir le dernier mot. Il est entouré par des parents bienveillants, et il a un petit frère prénommé Gaspard, qu'il traite à tout bout de champ de "bébé cadum".

Bref, avec ses petits soucis et préoccupations du quotidien, son humour et sa vivacité, Simon est un héros auquel les enfants aiment s'identifier.

"Parfois on me demande si je trouve mon inspiration en observant mes enfants, ou les enfants autour de moi. En fait non. C'est ma propre vie qui est la source des idées pour inventer les histoires de Simon. Je ressens une émotion, un bonheur, une colère, un truc me bouleverse et hop, j'en fais un Simon !", explique l'auteure.

Que se passe-t-il dans le secret de l'atelier de Stephanie Blake ?

Par exemple, si l'on cherche la genèse d'une histoire comme "C'est pas juste", et bien j'avais une amie un peu "toxique". Un jour, j'ai réalisé qu'elle n'était pas très gentille. Et je me suis dit : 'Mais... C'est pas juste !'. A partir de cette phrase, qui est devenue un titre, j'ai construit l'histoire de Simon avec son copain Ferdinand. Je cherche toujours à faire le petit pas de côté pour m'adresser aux enfants, pour leur parler de certains sujets avec délicatesse. Mais finalement, au départ, ce sont mes propres névroses que je mets dans mes bouquins", explique la dessinatrice en souriant. "Je pars du principe que les enfants sont comme nous. Ils vivent des chagrins d'amour, des colères, et donc si je parle de mes propres émotions, ça va forcément leur parler aussi !"
Couvertures des albums "Simon" (L'école des loisirs)

Couvertures des albums "Simon" (L'école des loisirs)

© Stephanie Blake
Stephanie Blake revendique le langage un peu corsé de son petit Simon. "Ce que je fais, c'est une photographie de la vie. Dans les cours de récréation, les enfants se parlent parfois durement. Et puis ce qui est drôle, c'est que mes livres servent aussi aux enfants à exprimer certaines choses. Des maîtresses d'école m'ont dit qu'elles utilisaient parfois mes livres pour calmer les enfants ! Cela leur permet de se défouler, d'exprimer leurs émotions."

La dessinatrice travaille dans un atelier. "J'y vais tous les jours, et c'est un endroit où il n'y a ni enfants ni personne. C'est mon petit cocon. Une fois que l'idée est là, j'écris les textes, et je dessine les images du livre. J'essaie de faire en sorte qu'il y ait du rythme. Et je dis les textes à haute voix, plusieurs fois, jusqu'à ce que ça coule", confie-t-elle. Elle aime aussi jouer avec la taille des caractères. "J'avais fait ça pour 'Caca boudin', le premier album, et en discutant avec les maîtresses dans les écoles, elles m'ont dit que ça aidait les enfants dans l'apprentissage de la lecture, de lire par exemple le mot 'grand', écrit en grand, ou le mot 'petit', écrit en petit. Du coup c'est resté", dit-elle.

Comment "Simon" est devenu un dessin animé

Nouveau chapitre dans la vie de ce petit personnage : Simon est devenu depuis décembre 2016 le héros d'un dessin animé, diffusé sur France 5 tous les samedis. 52 épisodes, qui reprennent les histoires de Simon. "Au départ, l'envie est venue de la lecture des albums avec mes enfants !", explique Anne de Galard, la productrice. "Les enfants riaient, ce qui est assez courant, mais moi aussi je riais avec eux, ce qui est plus rare. Et comme mon métier, c'est de produire des dessins animés, j'ai naturellement eu envie d'adapter les aventures de Simon en dessin animé", confie la productrice. "Nous avons acheté les droits en 2011, et ensuite la phase de développement du dessin animé a été assez longue".
Et pour cause, Il a fallu, à partir des 17 albums existants, créer 52 épisodes, inventer de nouvelles histoires, créer des personnages additionnels. "Nous avons travaillé avec Stéphanie tout au long de cette phase de développement", explique Anne de Galard. "Elle a vraiment été très investie dans le projet. Elle dessinait une journée par semaine dans son atelier pour le dessin animé, et elle venait une journée dans nos bureaux pour travailler sur les scénarios, qui ont été élaborés à plusieurs voix. C'est rare de rencontrer un auteur capable d'accompagner à ce point un projet d'adaptation. Stephanie était toujours très positive, force de proposition, et elle a toujours collaboré de manière très constructive", tient à souligner Anne de Galard.
 
"Pour les dessins, c'était intéressant de constater que pour fabriquer un dessin animé, il y a toute une équipe de dessinateurs professionnels, un pour les personnages, un pour les décors, etc. Et ce qui m'a amusée, c'est que comme je suis une dessinatrice autodidacte, je disais à tous ces dessinateurs professionnels 'attention, là c'est trop parfait, il faudrait que ce soit un peu plus de travers ! En gros je leur apprenais à 'mal dessiner !'", s'amuse-t-elle. "C'était un challenge de créer cette série sans trahir l'esprit de Simon", poursuit Anne de Galard. Il a fallu aussi lisser un peu certains traits du petit Simon de Stephanie Blake, même si Pierre Siracusa, directeur des programmes Jeunesse de France Télévisions, tient à préciser que c'est vraiment le côté "irrévérencieux" de Simon qui a plu à la chaîne.

"C'était une belle expérience, mais mon métier, c'est de faire des livres"

"Les enfants, quand ils sont devant la télévision, sont beaucoup plus passifs que dans la lecture d'un album, avec un adulte. Il n'y a pas de modération. C'est pour cette raison qu'il fallait adapter un tout petit peu le Simon de Stéphanie", précise Anne de Galard. La dessinatrice de son côté ne s'en plaint pas. "Mais j'ai réalisé la liberté totale dont je dispose quand je fais un livre. Et ça c'est vraiment ce qui me plaît. J'ai bien aimé travailler sur le dessin animé, mais c'est un autre métier. Et puis j'aime vraiment cette transmission, que permet le livre dans ce moment de lecture partagé entre parents et enfants. Mais je suis vraiment très contente du résultat du dessin animé, et c''est amusant de voir les personnages que l'on a créés s'animer comme ça", conclut la dessinatrice, avant d'inviter les enfants à découvrir deux épisodes du dessin animé.
Stephanie Blake dédicace son dernier album "Mais... C'est pas juste !"

Stephanie Blake dédicace son dernier album "Mais... C'est pas juste !"

© Laurence Houot / Culturebox
Les enfants sont ravis, comme ceux qui dévorent chaque semaine les aventures à l'écran de Simon. "La série animée marche si bien que nous allons sans doute lancer une deuxième série", conclut Lucile Canault, chagée de programmes Jeunesse à France Télévisions.

La rencontre s'achève. Les enfants repartent avec un exemplaire dédicacé de "C'est pas juste !" (L'Ecole des loisirs), le dernier album de Stephanie Blake. Les plus chanceux ont même droit à un bisou !