Livre Paris : la littérature sud-coréenne à l'honneur

Par @Culturebox
Mis à jour le 19/03/2016 à 12H42, publié le 17/03/2016 à 10H44
La Corée du Sud, grand invité de Livre Paris.

La Corée du Sud, grand invité de Livre Paris.

© JOEL SAGET / AFP

Qui connaît Hwang Sok-yong ou encore Lee Seung-U ? La littérature coréenne, dont ces deux auteurs comptent parmi les meilleurs représentants, demeure largement méconnue en France mais l'édition 2016 du Salon du livre de Paris (17-20 mars) devrait combler cette lacune.

La Corée du Sud est l'invitée d'honneur de Livre Paris, le nom officiel du Salon, et sa littérature, une des plus fécondes d'Asie, est présentée dans toute sa diversité.

Parmi les grands noms : Hwang Sok-yong et Lee Seung-U

Pas moins de 30 auteurs sud-coréens, dont Hwang Sok-yong, 72 ans, considéré comme l'un des maîtres de la littérature sud-coréenne et l'un des plus grands écrivains asiatiques de sa génération (son nom est régulièrement cité pour le Nobel) et Lee Seung-U, 55 ans, lauréat du prestigieux prix Daesan (équivalen  coréen du Goncourt) sont présents au Salon.
Le livre de Hwang Sok-yong "Princesse Bari" © Philippe Picquier

Ils y présentent leurs livres traduits en français par des éditeurs comme  Zulma, Philippe Picquier, Serge Safran, l'Asiathèque ou encore Actes Sud qui, dès la fin des années 1980, a lancé une collection entièrement dédiée à la  littérature de la péninsule : "Lettres coréennes".

La délégation sud-coréenne comprend également des poètes, des auteurs de littérature jeunesse et de nombreux dessinateurs/auteurs des populaires "manhwa" (le manga coréen). Une vingtaine d'éditeurs sud-coréens accompagne ces différents auteurs. Une rencontre-débat sur le renouveau de la littérature sud-coréenne a été programmée au Salon vendredi de 13H00 à 14H00 sur le pavillon sud-coréen.

Un pays très lettré

La Corée du Sud est l'un des pays où on lit le plus au monde. L'alphabet coréen, le "hangul" a été inventé de toute pièce en 1444. Avec seulement 40 caractères, il est infiniment moins complexe que le chinois (qui jusqu'à la fin du XIXe siècle est restée la langue des élites).

Dans une nation longtemps soumise à la domination chinoise et, au XXe siècle, à une longue occupation japonaise (1905-1945), la langue coréenne a symbolisé l'identité nationale. Cela s'est remarqué dans la littérature avec une profusion de romans de guerre ou de romans historiques.

Après la guerre civile et la guerre de Corée (1950-1953), la littérature est un champ de ruines. Au Nord, la dictature est impitoyable, au Sud les régimes autoritaires se succèdent et "les écrivains sont priés de se faire les chantres du demi-pays où ils résident", explique Patrick Maurus, fondateur de la collection Lettres coréennes. Depuis le début des années 1990, après des années de censure, les auteurs sud-coréens se sont libérés "par rapport aux figures imposées du réalisme confucianiste", raconte l'éditeur. Ainsi dans le désopilant "Une famille à l'ancienne" (Actes Sud) de Ch'on  Myonggwan, 51 ans, le narrateur est l'auteur "du plus mauvais film de l'histoire du cinéma" et tente de s'en sortir grâce au porno tandis que frère et soeur oscillent entre délinquance et prostitution.

La littérature de Corée du Nord existe aussi

Il ne sera pas question dans la rencontre-débat sur la littérature coréenne, en revanche, de littérature nord-coréenne.  Pourtant, insiste Patrick Maurus, également traducteur, "elle existe bien". "Il lui faudra des années pour surmonter les a priori des lecteurs qui ne l'ont pas lue", déplore-t-il. En Corée du Nord, où Patrick Maurus se rend régulièrement pour enseigner, les écrivains sont des salariés d'Etat mais certains mériteraient d'être "mieux présentés à l'étranger".

En 2011, Patrick Maurus a traduit et fait publier le romancier nord-coréen Baek Nam Ryong. Loin des clichés habituels sur la Corée du Nord, son livre, "Des amis", racontait l'histoire d'un divorce entre une cantatrice et son mari au statut trop "modeste" pour elle. Maurus vient de récidiver en publiant "Le rire de 17 personnes" (Actes  Sud), un recueil de onze nouvelles d'auteurs nord-coréens qui parlent de corruption, de profiteurs, de délinquance.

"La dénonciation" (Philippe Picquier), livre d'un mystérieux nord-coréen signant sous le pseudonyme de Bandi ("luciole" en français) sera sans doute beaucoup évoqué au Salon. Pour les uns, ce Bandi est "le Soljenitsyne de Pyongyang" et les sept récits qui composent son roman dévoilent le quotidien de gens ordinaires dans une société soumise à l'arbitraire, la persécution et la faim. Patrick Maurus fait partie de ceux qui émettent des doutes sur l'authenticité du manuscrit qui serait passé clandestinement du Nord au Sud. "Il s'agit encore de donner à lire ce que l'on veut entendre de la Corée du Nord", dit-il.