Tatiana de Rosnay : un nouveau roman écrit "A l'encre russe"

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 22/03/2013 à 09H58, publié le 22/03/2013 à 09H51
Tatiana de Rosnay publie "A l'encre russe" (Héloïse d'Ormesson)

Tatiana de Rosnay publie "A l'encre russe" (Héloïse d'Ormesson)

© Philippe Matsas/Opale/Editions Héloïse d'Ormesseon

Tatiana de Rosnay publie "A l'encre russe", son 12e roman, aux Editions Heloïse d'Ormesson. Il y est question de secret de famille, d'identité et d'écriture. On y retrouve le talent de l'auteur franco-britannique pour tenir en haleine son lecteur avec un récit divertissant et riche en rebondissements. Rencontre avec l'auteur français le plus lu en Europe et aux Etats-Unis.

L'histoire : Nicolas Kolt est jeune, beau, riche et célèbre. Il est écrivain. Son premier roman, "L'enveloppe" s'est vendu à des millions d'exemplaires et un réalisateur américain s'en est emparé pour faire un film. Nicolas Kolt a des tonnes d'amis sur Facebook, autant de followers sur Twitter, on le reconnait dans la rue, il a fait le tour du monde pour promouvoir son livre. Ce succès, aussi soudain que gigantesque, "un tsunami", bouleverse sa vie et lui monte à la tête. Trois jours au Gallo Nero, un palace italien qui sent "la cannelle et le soleil, le citron et la lavande", mais surtout, respire "le plaisir et l'argent.", trois jours pour se reposer, se remettre à écrire, profiter de sa jeune et jolie maîtresse… Mais deux événements majeurs vont bouleverser à nouveau sa vie, et le remettre sur le chemin de l'écriture.

Des écrivains starisés dans un monde virtuel

Nicolas Kolt passe sa vie à vérifier son profil Facebook, se comporte comme un gougeât prétentieux dès qu'on ne répond pas dans la seconde à ses desiderata, délaisse les gens qu'il aime, bref, se met à vivre dans un monde virtuel dans lequel il ne parvient plus à écrire le deuxième roman tant attendu par son éditrice et ses fans. "Le succès, explique Tatiana de Rosnay, lui a tourné la tête". L'auteur franco-anglaise sait de quoi elle parle, avec son roman "Elle s'appelait Sarah", sorti en 2007, elle a connu ce qu'elle appelle "l'ouragan du succès".

Dans ce dernier roman, elle imagine ce qui se passe quand "on ne gère pas". "Nicolas Kolt c’est moi. Moi, en homme, à 25 ans et qui a la grosse tête". Car Tatiana de Rosnay, elle, a gardé la tête froide. "J'avais deux ados à la maison.  Ils s'en fichaient pas mal de mon succès. Au moindre gonflement de cheville, ils me faisaient descendre les poubelles (rires). Ca calme.", se souvient-elle.

"Mais j’ai des amis qui le sont devenus, vaniteux. Il y a le talent, ils en ont sans doute beaucoup, mais ils ont pété les plombs. Ils sont devenus imbuvables, comme Nicolas, qui exige une table en demandant si on sait qui il est. Le problème aujourd’hui, c'est qu'on devient des stars. L’écrivain est starisé. Il y a 20 ans,  quand j’ai commencé à publier, c'était différent. Aujourd'hui, le livre est devenu un produit, et l’écrivain une star. Il faut aller dans les émissions de télé, vendre", ajoute Tatiana de Rosnay, montrant un présentoir sur lequel est imprimé son portrait souriant.

Secret de famille à l'encre russe

En arrière-plan du récit de ces trois jours, où sont décrits avec acuité et humour les effets de la célébrité sur le jeune auteur, les fastes de l'hôtel et la faune qui s'y prélasse, Tatiana de Rosnay tisse une intrigue, celle de "L'enveloppe", le roman à succès de Nicolas Kolt, l'histoire d'un secret de famille, largement inspiré de la vie du jeune homme, dont le père a disparu en mer l'année de ses 10 ans. Une enquête sur ses origines qui l'emmène jusqu'à Saint-Pétersbourg… "L’idée de ce livre est né au pôle de la nationalité.", confie Tatiana de Rosnay  "Il m’a fallu cinq mois pour prouver que j’étais française. Ma grand-mère maternelle est russe, mon grand-père est français, né à l'Ile Maurice,  ma mère est anglaise. Selon la nouvelle loi, toute personne née en France de parents français, mais nés à l’étranger, doit prouver sa nationalité.” C'est le point de départ de l'histoire de Nicolas Duhamel (Kolt), qui découvre à 24 ans, lors du renouvellement de son passeport que son père n’est pas le fils de Lionel Duhamel et s’appelle en réalité Koltchine", explique Tatiana de Rosnay.

Dans les coulisses de l'écrivain

Comme son personnage, Tatiana de Rosnay a puisé dans sa propre vie pour construire ce roman gigogne, à la mécanique parfaitement réglée, qui tient le lecteur en haleine. Son oncle, Arnaud, a disparu en mer de Chine en 1984. Elle s'est rendue en Russie, à Saint-Pétersbourg où elle a rencontré sa famille russe. Elle n'en dira pas beaucoup plus sur ses secrets de fabrication de ce livre "page turner", comme disent les anglo-saxons."On ne peut pas tout dire dans un livre. Il y a le chemin du livre, des événements qui l'éclairent, sans être forcément dedans. Est-ce qu’on doit dire comment on fait, comment on écrit, les recettes de notre cuisine interne? Je ne sais pas. Pas sûr. Ouvrez le four et le soufflé se dégonfle…", conclut-elle.

Il y a fort à parier que ce dernier roman fera un nouveau best-seller.


A l'encre russe Tatiana de Rosnay
Traduit de l’anglais par Raymond Clarinard
Héloïse d'Ormesson – 352 pages – 22 Euros

 
Tatiana de Rosnay est franco-anglaise. Elle est l’auteur de onze romans, dont "Elle s’appelait Sarah" (2007) adapté au cinéma par Gilles Paquet-Brenner. Grâce notamment aux succès de Boomerang (2009) et Rose (2011) elle est l’auteur français le plus lu en Europe et aux États-Unis ces dernières années.

Tatiana de Rosnay au  Salon du livre :
Dédicaces vendredi, samedi et dimanche après-midi sur le stand des Editions Héloïse d'Ormesson
Grande Scène le dimanche à 14h30


EXTRAIT
Le soleil décline lentment derrière un rocher. Il ne va pas diparaître dans la mer, devant eux. Nicolas est déçu. Il espérait un somptueux crépuscule rose. La plupart des clents ont détourné leurs chaises de l'horizon, pour vénérer les ultimes rayons d'or que la colline voisine va engloutir. M. Wong et Mlle Ming jouent au mah-jong. Le coupe gay écoute le même iPod, les têtes battent en rythme. La famille belge va faire une dernière trempette. Les Suisses lisent sagement les journaux. Alessandra et sa mère dorment à poings fermés. Le bonhomme velu tire sur une cigarette, le portable collé à l'oreille, indifférent au fait que sa pulpeuse petite amie est en train de bavarder avec le Français (dont la femme est sans doute au spa). Nelson Nozévan, violacé et titubant, effectue une brève et pitoyable apparition, dans un short de bain délavé tire-bouchonnant sur ses fesses flasques. Il plonge un orteil dans l'eau, jappe et bat en retraite vers l'ascenseur.
Les bateaux sont de retour, avec leur chargement de clients triés sur le volet, venus boire un cocktail, dîner au Gallo Nero, ou peut-être y passer la nuit. Une fois encore, Nicolas pense au livre, et aux mensonges à son entourage. Bientôt, il va devoir s'asseoir, se montrer responsable, et l'écrire ce roman."


Tatiana de Rosnay parle de "A l'encre russe" sur France Info