Salon du livre de Paris : comment sont rémunérés les auteurs ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 26/03/2015 à 10H16, publié le 19/03/2015 à 11H05
L'écrivain Eric-Emmanuel Schmitt en séance de dédicace au Salon du livre le 19 mars 2011.

L'écrivain Eric-Emmanuel Schmitt en séance de dédicace au Salon du livre le 19 mars 2011.

© CITIZENSIDE.COM

Numérique, protection sociale, droit d’auteurs : les auteurs ne sont pas des purs esprits et ils le revendiquent. Le Salon du Livre est aussi l’occasion pour le Conseil permanent des écrivains –le syndicat des auteurs de livre- d’être visibles et d’alerter sur leur situation. Comment vit-on quand on est un auteur ?

Droit d’auteur et à-valoir

Contrairement aux contrats des acteurs, ceux des auteurs ne sont pas accessibles au public. L’essentiel de leurs revenus provient des droits d’auteur, la part que touche un auteur sur le prix d’un livre.

Selon les chiffres avancés par le Conseil permanent des écrivains (CPE), les droits d’auteurs sont de 10% pour 2/3 des auteurs mais ces taux peuvent descendre en-dessous de 5%. En moyenne, les auteurs touchent 1€ par ouvrage vendu. Sachant qu’un premier roman dépasse rarement les 1000 exemplaires.

En 2014, le roman qui s’est le mieux vendu est celui du prix Nobel Patrick Modiano, "Pour que tu ne perdes pas dans le quartier", avec 292 000 exemplaires. Bien sûr, les écrivains plus célèbres peuvent négocier les droits d’auteurs les plus importants. Difficile de savoir jusqu’où ces droits peuvent s’élever. Valentine Goby, présidente du CPE explique : "Moi j’ai 10, 12 , 14% et je suis bien lotie mais c’est difficile de savoir jusqu’où les droits d’auteurs peuvent aller car généralement on ne s’en vante pas."

La puissance d’un écrivain se mesure à l’à-valoir qu’il reçoit avant la publication de son ouvrage : c’est une avance sur les droits d’auteur définitivement acquise, même lorsque les ventes ne suivent pas. Souvent, les auteurs ne gagnent pas davantage.

Mais dans certains contrats, une petite ligne stipule que si l’à-valoir dépasse les droits gagnés, le préjudice pour l’éditeur se répercutera sur un autre titre. "Bien sûr, rien ne force l’auteur à signer, explique Valentine Goby. Mais si le manuscrit n’a pas été bien valorisé par l’éditeur dont c’est le travail, ce n’est pas à l’écrivain de supporter la part du risque commercial."
 
Se faire une place dans la " surproduction "


C’est logique, plus un écrivain vend de livres, plus il gagne d’argent. Mais beaucoup dénoncent la profusion de l’offre, qui désorienterait le lecteur et rendrait certaines œuvres invisibles. La situation avait notamment été observée aux Etats généraux de la Bande dessinée de cette année. Jean-Louis Gauthey, président du Syndicat des éditeurs alternatifs, cité par Actualitté, avait déclaré : "Le problème est simple : voilà 20 ans, on produisait 500 BD par an. J'étais libraire, et c'était déjà compliqué, plus d'un titre par jour. Aujourd'hui, 5500 titres ! Nous avons basculé dans un marché productiviste, qui a fait le choix de multiplier sa production par 10 pour multiplier son chiffre d'affaires par quatre… "

Le CPE rappelle que 200 ouvrages paraissent tous les jours, dimanche compris. Pour Valentine Goby, ce phénomène relativement nouveau est un moyen pour les éditeurs de toucher tous types de lecteurs alors que les français lisent de moins en moins : "C’est à la fois difficile pour un auteur d’être visible dans ces conditions, difficile pour un libraire de mettre en valeur autant d’ouvrages et la surproduction se fait parfois au détriment de la qualité", explique l’auteure.
 
Ce qui en résulte, d’après le Syndicat des éditeurs indépendants, c’est que certains auteurs de bande dessinée vivent surtout du RSA. D’après Valérie Goby, les autres auteurs ont pour la plupart une activité salariée en plus de leur activité artistique. Ce n’est pas son cas mais elle reconnaît : "Je suis aussi payée pour faire des conférences, des rencontres publiques, des ateliers. Peu d’auteurs peuvent séparer les deux."