Ma journée au Salon du livre avec Ôe, Hessel, Decoin, de Vigan...

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 17/03/2012 à 21H56
Dédicace de Kenzaburô Ôe

Dédicace de Kenzaburô Ôe

© S.Jouve

De bonnes chaussures, un sac à dos et mon appareil photo en bandoulière, me voilà prête pour toutes les aventures…au Salon du livre !

A peine la porte franchie je tombe sur un petit groupe venu de Montoire dans le Loir et Cher, 20 enfants et 10 parents ont fait le déplacement. Chaque jeune a reçu un chèque de 8 euros par le Conseil Général et une somme a été rassemblée pour acheter des livres pour leur école Pasteur de Montoire. Bastien 10 ans, en cm1, cherche des romans, des mangas et des Bd. Un peu plus loin 3 copains, Youssouf, Auguste et  Nacime dévorent des yeux un stand de mangas. Avec leur "chéque lire" donné par l’école ils peuvent s’en offrir un chacun, Youssouf se décide pour  Naruto.

Ils ont choisi Naruto

Ils ont choisi Naruto

© S.Jouve

12h00 :  C’est maintenant  l’heure de la dédicace de Kenzaburô Ôe, le prix Nobel de littérature japonaise et star du salon. Direction le pavillon japonais où déjà la foule se presse. Pendant deux heures, le charmant septuagénaire va rencontrer ses lecteurs et signer ses oeuvres à l’encre de chine. « Un livre pour la dédicace pas plus », claironne un cerbère. Gérard avec ses 3 romans dans les mains est pessimiste. Mais Monsieur Oé les signera tous les trois, avec un  sourire, émotion.

Dédicace Kenzaburô Oe

Dédicace Kenzaburô Oe

© S.Jouve

Gérard et ses 3 romans de Öe

Gérard et ses 3 romans de Öe

© S.JOUVE

14h00 : Après deux heures de dédicace, Oé, 77 ans est attendu pour une conférence où il est d’abord questions du livre « L’archipel des séismes » auquel il a collaboré et dont les recettes sont versées aux sinistrés du Tsunami. Au milieu d’un cercle fourni d’admirateurs, Oé se confie : « J’avais décidé d’arrêter d’écrire, mais il y a eu Fukushima. Un manque d’information, voir des informations opposées données par les télévisions japonaise et britannique. Depuis janvier j’écris ma dernière œuvre qui s’appelle « Late style ». Ce dernier livre tourne autour de l’écriture de la catastrophe et va me révéler de la façon la plus intime».

Kenzaburô Ôe

Kenzaburô Ôe

© S.Jouve

Quand l’animatrice le relance sur son œuvre fondatrice « Notes de Hiroshima » publiée alors qu’il avait 28 ans, Oé étonne par sa franchise : « A l’époque j’ai parlé avec des médecins irradiés, il y a des choses que j’aurais dû écrire et que je n’ai pas dites, c’est un regret. Si j’avais parlé de ces irradiations à faible dose qui peuvent entrainer notamment des hypertrophies de la tyroïde, peut être que le japon aurait lancé des recherches… La morale fondamentale c’est de faire que les générations suivantes puissent vivre ».

14h30 : Je file au débat « Les interprètes du roman. Quand tout part du roman, de quoi se nourrissent le scénariste et le réalisateur ? » Une discussion concrête et passionnante avec Morgan Sportès auteur de « Tout tout de suite » sur l’affaire Ilan Halimi, et Richard Berry qui adapte et réalise un film : « C’est le livre de Sportès qui est le plus légitime, explique Berry, il est si glacial, si pur, si simple. Débarrassé de tout affectif qui peut polluer. Tout le monde connaissait le fait divers, mais personne ne pensait à en faire un film. Souvent un livre sur une affaire est le déclencheur, plus que l’affaire elle-même. Avec Sportès nous avons écrit le scénario à deux. Il a commencé, puis je me le suis approprié. La version aujourd’hui fait 2h30, je dois la réduire à 2 heures".

Richard Berry à gauche

Richard Berry à gauche

© S.Jouve

Passionnant, mais de grandes dédicaces m’attendent : Delphine de Vigan, pour «Rien ne s'oppose à la nuit", Prix du roman France Télévisions en 2011 : « C’est la première fois que j’ai autant de monde ça c’est sûr, se réjouit l’écrivain. Tout à coup c’est l’occasion de prendre conscience de ce qui se passe pour le livre, de ce qui m’arrive. Les premières fois que je suis venue ici, j’attendais derrière ma petite pile de livre. Cette rencontre avec les lecteurs, je la mesure aussi en me retournant sur toutes ces années où petit à petit j’ai conquis un nombre plus important de lecteurs. C’est à la fois très intimidant, très impressionnant et bien sûr très émouvant ».

Delphine de Vigan

Delphine de Vigan

© S.Jouve

Didier Decoin dédicace "Je vois des jardins partout". Il me répond délicieusement dès que je lui parle de notre amour commun du Cotentin : "Il y a beaucoup de salons que je ne fais pas, car ça m’effraie. Ce qui m’impressionne c’est le nombre invraisemblable de livres. J’ai envie de tous les lire, je regrette de ne pas les avoir tous écrits. Mais c’est rassurant de voir les gens autour des livres. Et puis comme je commence à être un vieux routier on a des souvenirs communs de romans que j’ai écrit il y a 20 ou 30 ans. Mais c’est moi qui ait envie de leur demander des choses. Je suis toujours curieux de savoir comment ils ont perçu un livre, une atmosphère, un personnage. L’angoisse de l’écrivain c’est de savoir si dans le fond après avoir aligné 250 pages, quelqu’un a compris ce qu’il a voulu dire ». Vous êtes rassuré ? "Pas toujours, des fois je suis très content. J’ai une façon spéciale d’écrire, je mets des pétards dans les livres, qui sont des petits clins d’œil. 9 fois sur 10 les gens ne les voient pas. De temps en temps un lecteur ou une lectrice, les lectrices sont extrêmement malignes, me prouve qu'il a compris, alors là c’est jubilatoire ! »

Didier Decoin

Didier Decoin

© S.Jouve

La chance est avec moi, voici Stéphane Hessel en pleine forme à 94 ans. Je lui glisse ma question à l’oreille : "vous prenez plaisir à rencontrer vos lecteurs ?". « Je suis très impressionné par les réactions des lecteurs, me dit-il, notamment sur cette œuvre "Le Chemin de l'espérance" d’Edgar Morin à qui j’ai essayé d’apporter ma contribution. Ce livre parce qu’il parle d’un chemin vers l’espoir, est un livre encourageant pour ceux qui sont frappés par les gros problèmes de notre société et qui se font du souci. Cette lecture leur donnera des indications, une voie à suivre, pour vivre demain dans un monde plus juste".

Stéphane Hessel

Stéphane Hessel

© S.Jouve

Puis ce sera Charles Aznavour, Catherine Pancol, Christian Signol et même Tara Dunkan l’idole des adolescentes.

Charles Aznavour

Charles Aznavour

© S.Jouve

Catherine Pancol

Catherine Pancol

© S.Jouve

Fans de Tara Dunkan

Fans de Tara Dunkan

© S.Jouve

15h30 : Dilemme, deux évènements sont annoncés au même moment : la Grande Parade des fans de mangas et la conférence des auteurs de premiers romans. Le défilé mangas qui rassemble un immense public mêlant toutes les générations, casse la baraque et les oreilles. Je me réfugie devant les écrivains débutants, tout étonnés par l'accueil fait à leur roman. "Voir autant d’effervescence autour du livre c’est rassurant » s'exclame l'un d'entre eux.

Le défilé mangas, Colsplay

Le défilé mangas, Colsplay

© S.Jouve

Les premiers romans

Les premiers romans

© S.Jouve

Je laisse à leur joie les nouveaux auteurs. De plus en plus de monde. Je commence à fatiguer. Tant pis pour le grand débat autour du Marsipulami, star de la BD et héros du nouveau film d’Alain Chabat, Houba ! Tant pis pour l’écrivain américain Russell Banks. Je repars ravie de toutes mes rencontres, bien décidée pour me détendre, à mon plonger dans un bon livre de ma bibliothèque.

 

 

Pour aller plus loin : L'adaptation au cinéma, au coeur du Salon du livre