"La blancheur qu’on croyait éternelle" : Virginie Carton nous emballe !

Par @Culturebox
Mis à jour le 17/03/2014 à 17H01, publié le 17/03/2014 à 15H10
La romancière lilloise Virginie Carton

La romancière lilloise Virginie Carton

© Stock / F. Mantovani

Après ses prometteurs "Amours dérisoires", parus en 2012 chez Grasset, Virginie Carton est de retour avec un nouveau roman et un nouvel éditeur, Stock.

Quand on connait Virginie Carton, son dynamisme, son caractère volontaire, sa manière de manger la vie par les deux bouts sans s’embarrasser du qu’en dira-t-on, on est presque surpris qu’elle ait pu imaginer le personnage de Mathilde.

Mathilde, c’est le contraire de l’auteure par qui elle est née. Celle qui habite le roman est une fille douce, timide, célibataire, complexée et "castrée" par sa mère toute puissante. Une fille qui se cache dessous ses cheveux, son déguisement de fantôme, ou qui fait semblant de chercher ses clés dans son sac quand elle croise un garçon.

Fan absolue de Romy Schneider, Mathilde est ravissante et pourtant se pense laide. Elle est douée et cependant, elle accepte des postes bien en deçà de ses compétences. Elle est séduisante, ce qui ne l’empêche pas de se croire condamnée au célibat, trop "vieux jeu" pour plaire aux garçons d’aujourd’hui.

Une aventure gustative

Cahin caha, les hésitations de Mathilde l’amènent dans une chocolaterie, comme vendeuse. A force de humer les parfums du cacao et des fruits confits, elle va se mettre à créer, à innover, à faire venir le client trop gourmand dans cette petite boutique où elle a installé son âme. Elle est comme le chocolat, Mathilde, douce, fondante, craquante, mais elle se mérite. Il faut la découvrir, aller chercher les goûts bien cachés sur le fond du palais, ne pas craindre l’amertume des premiers moments pour découvrir la suavité des après.

Mathilde est une aventure gustative, comme ces produits cachés au fond du rayon que personne ne prend jamais… et qui pourtant sont si délicats, si raffinés qu’on ne s’en remet pas. Lucien, lui, fait partie de ceux qui osent ne pas faire comme tout le monde. Farfouiller au fond du rayon et tenter de goûter l’inconnu. Mettre des pantalons de toile pour aller à Deauville en Ford Mustang de location. Regarder des films des années soixante plutôt que de jouer à la console en buvant des bières… Quoique ! Il est ouvert à tout, Lucien, il s’adapte ! Simplement, il lui faut du temps, c’est un garçon d’arrière garde et de vieille France.

Ce passionné de cinéma (mais seulement quand c’est Trintignant qui joue le premier rôle) est le voisin de Mathilde. Très seul, lui aussi, à cause de ses différences. Jusqu’à ce qu’une soirée déguisée l’amène à se travestir en Joe Dassin pour faire du playback devant la Fée Clochette, Wonder Woman, et aussi un drôle de fantôme arrivé en retard et qui rase les murs.

Chassé-croisé amoureux

Lucien et Mathilde vont vivre en parallèle leur longue maturation à l’amour. 206 pages exactement, sur 221, au long desquelles ils se cherchent, se croisent sans se voir, lui courant après le chien perdu d’un couple totalitaire de retraités huppés, elle partant à l’aventure d’une soirée de retrouvailles "copains d’avant" qui tourne au fiasco. Lui, jouant le figurant contraint sur les rushes d’un reportage télé consacré aux bains de mer printaniers, elle prenant des bains chauds pour se laver de l’humiliation permanente infligée par son bourreau de mère. Lui, partant seul à Avignon ou dans les allées d’un jardin public, pour tenter l’aventure du théâtre ou de la drague, se prenant veste sur veste et tendant l’autre joue pour se faire battre encore ! Elle, n’osant dire au coiffeur que son blond est raté, n’osant dire à son boss qu’elle est sous-estimée, n’osant dire à ses amies qu’elle est seule à crever, n’osant dire à sa mère de la laisser respirer...

L’écriture est délicieuse comme un bon chocolat, légère comme une chantilly, ciselée comme une ganache. Fidèle à son habitude, et c’est désormais ce qui fait sa signature, Virginie Carton emprunte délibérément à la plume des auteurs-compositeurs français, ceux qu’elle a souvent côtoyés grâce à son métier de journaliste, avant de s’envoler à tire d’aile comme une tourterelle ayant décidé de se fabriquer un nouveau printemps. Elle glisse, par ci par là, comme des brindilles ou des clins d’œil, des extraits de couplets connus, des morceaux de refrains célèbres, et du coup en lisant sa prose, on se met à chanter à l’intérieur et c’est joyeux.

Pas de miévrerie

Les personnages, infiniment attachants, ont le bon goût de finir tout de même par s’enlacer. Mais ce n’est une surprise pour personne, pas de mauvais suspens ici : on ne déflore rien car on connaît l’issue dès la première page. "La blancheur qu’on croyait éternelle", c’est un récit limpide, qui n’existe pas par une intrigue surfaite ou d’invraisemblables rebondissements, mais par lui-même, sans fioritures, sans effets de manche.

Ce qu’on préfère justement dans ce deuxième opus de Virginie Carton, c’est de savoir où on va, et d’y aller sereinement, pleinement, avec délicatesse et sensualité, en prenant le temps de savourer chaque minute de cette lente progression d’un être vers un autre. "La blancheur qu’on croyait éternelle" ne lave pas plus blanc que blanc, il n’y a pas une once de mièvrerie dans tout ça. C’est juste un beau roman, une belle histoire.

"La blancheur qu’on croyait éternelle" (Stock) - 224 pages - 18,00 euros. 
En librairie le 19 mars

Les lecteurs pourront rencontrer Virginie Carton le samedi 22 mars, de 11h à 12h sur le stand des éditions Stock (J23) au Salon du Livre de Paris