L’hommage à Damas au Salon du livre

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 19/03/2012 à 15H13
L'écrivain guyanais LG Damas

L'écrivain guyanais LG Damas

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Une table-ronde intitulée « Léon-Gontran Damas, trois fleuves dans les veines », est revenue sur la richesse de l’œuvre de l’écrivain guyanais au salon du livre de Paris.

A l’occasion du centenaire de la naissance de Damas (mars 1912 – janvier 1978), cette rencontre a permis d’évoquer l’itinéraire du poète et essayiste, compagnon en littérature et fondateur du mouvement de la négritude avec le Martiniquais Aimé Césaire et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor.

Le romancier guadeloupéen Daniel Maximin a évoqué la « puissance » des poèmes de Damas, des textes d’une « extrême sincérité », mais également « le moi amoureux » de l’écrivain, et « son échec dans l’amour ». « La poésie de Damas est très charnelle » dit-il. « Elle n’a pas la grandeur lyrique de celle de Césaire, qui lui est dans le monde, mais elle est dans la plus extrême des solitudes. »

« Damas n’a eu de cesse tout au long de sa vie et de ses écrits de dire sa guyanité » souligne la Guyanaise Catherine Le Pelletier, écrivain et journaliste à Guadeloupe 1ère. « L’affirmation guyanaise est presque obsessionnelle chez Damas. Chacun des textes de l’auteur ramène à la Guyane. Cette relation à la Guyane est affective, parfois compliquée, surtout quand Damas s’est intéressé à la politique (Damas a été député de la Guyane de 1948 à 1951 avec la SFIO [socialistes], ndlr). Cet homme a aimé non seulement son pays mais tout ce qu’il représente. A travers la Guyane il y a toutes les races du monde et la Guyane a servi à Damas d’appui pour combattre le racisme et la stigmatisation non seulement des Noirs mais également des Amérindiens et de tous les opprimés. »

Le poète de la "prise de conscience"

Dans cette démarche, Catherine Le Pelletier voit le symbole « des trois fleuves de Guyane, abreuvés par un même sang, qui ne se font jamais la guerre ». « C’est ce qui détermine les relations qu’il y a entre Damas et la Guyane, une relation vitale. C’est l’être même et l’identité textuelle de Damas, la carte d’identité première de l’auteur, qui est contre le racisme, le nationalisme et tout ce qui peut être primaire. C’est l’intérêt aujourd’hui de lire Damas dans les méandres et les turpitudes du monde actuel ». 

Pour l’écrivain guyanais Elie Stephenson, qui a bien connu Léon-Gontran Damas, ce dernier « aimait s’intéresser aux autres ». « Il m’a vraiment appris l’univers poétique de la négritude. Je crois que Damas est encore actuel. Il colle à la réalité économique et sociale de notre époque. Au-delà de la négritude, Damas est un poète de la prise de conscience et de la revendication populaire ».

« Il faut faire surgir le poète », affirme pour sa part l’écrivain guadeloupéen Ernest Pépin. « Faire sentir sa démarche et son pourquoi. Damas est un précurseur, c’est un homme de rupture. Contre le colonialisme, le fascisme, mais aussi contre la situation politique de l’époque en Guyane, qui créait un conflit entre la bourgeoisie locale de Cayenne et le reste de la population ». Ernest Pépin a aussi relevé le rapport étroit de Damas avec la musique afro-américaine, et en particulier le jazz et le blues. « Il était ancré dans les rythmiques américaines, dans des musiques où le mot en lui-même est déjà poésie. »