L’adaptation au cinéma au cœur du salon du livre

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 14/03/2012 à 18H32
"Les Trois mousquetaires" de Stephen Herek

"Les Trois mousquetaires" de Stephen Herek

© GAUMONT BUENA VISTA

Le 32e salon du livre fait son cinéma du vendredi 16 au 19 mai. Sous la thématique « Du livre au film », une série de rencontres entre écrivains - mais aussi bédéistes -, scénaristes et cinéastes vont explorer le vaste domaine de l’adaptation du livre au cinéma.

Les films du début du cinéma sont souvent identifiés à des scènes théâtrales projetées en photographies animées, mais quand le 7e art a trouvé son véritable langage, le rapprochement avec le roman s’est imposé. Est-ce pourquoi les cinéastes trouvent dans le roman une mine d’inspiration sans équivalents ? « Les Adieux à la reine », de Benoît Jacquot, adapté du roman éponyme de Chantal Thomas, sur les écrans le 21 mars, en est encore une preuve éclatante.
 

Une identification immédiate
Si le cinéma dit « primitif » a été d’abord documentaire, la fiction l’a vite rattrapé. Les grands textes se sont rapidement imposés comme source d’inspiration primordiale, d'abord dans les adaptations d’épisodes bibliques, puis le roman et les contes.

La référence aux grands textes permet au film d’être identifié rapidement par le public. Beaucoup sont d’ailleurs déjà passés par l’adaptation théâtrale, avant de passer à l’écran. Dumas, Cervantès, Hugo sont sans doute les champions toutes catégories des adaptations littéraires, toujours et encore aujourd’hui. Une nouvelle version des « Trois mousquetaires » est sortie l’an dernier, Terry Gilliam a relancé sa production d’un  « Don Quichotte » et « Les Misérables » sont dans les cartons d’un grand studio américain

Extrait du film "Don Quichotte", de Georg Wilhelm Pabst-1933 :

Une légitimité prestigieuse
Le cinéma est à l’origine une forme d’expression considérée comme triviale. Son champ d’exploitation est la fête foraine et il garde depuis comme un complexe d’infériorité et peine, encore aujourd’hui, à s’imposer comme un art, notamment en raison de sa dimension commerciale sinon industrielle. Aux Etats-Unis le secteur cinématographique est d’ailleurs dénommée « L’Industrie ».

L’adaptation littéraire apporte ainsi une aura prestigieuse au film, comme s’il le légitimait. L’écrit garde encore aujourd’hui cette valeur élitiste, acquise depuis le moyen-âge en Occident. La réception du film est plus immédiate et rapide que la lecture. D’aucuns qualifient de « passive » la position du spectateur devant l’écran, engoncé dans un fauteuil confortable dans l’écrin noir de la salle de cinéma, une situation identifiée à celle du dormeur et le spectacle, assimilé à un rêve imposé. Nombre de cinéastes se sont élevé contre cette approche réductrice et réclame la participation active du spectateur par des procédés narratifs tels que l’ellipse, l’a-chronologie, ou l’éclatement du récit. Une stylisation qui trouve d’ailleurs sans doute sa source chez des écrivains tels que James Joyce, William Burroughs ou le Nouveau roman.

La bande-annonce de "L'Année dernière à Marienbad" (1961) d'Alain Resnais :

"On écrit toujours sur de l’écrit"
Toute forme artistique se fonde sur ce qui l’a précédé. C’est particulièrement lisible en peinture : pas de cubisme sans impressionnisme et pas d’abstraction sans le cubisme, par exemple. L’invention vient aussi d’une réaction comme le romantisme en peinture s’est imposé contre l’académisme. Il en est de même au cinéma qui ne brille pas par le nombre de sujets originaux. Même s’ils existent, ils ne sont pas dominants.

La littérature n’est pas la seule et unique source. Comme pour le roman, L’Histoire est inspiratrice de sujets inépuisable, ou, plus proche de nous, le fait divers qui connaît depuis quelques années un nombre d’adaptation pléthorique. C’était récemment le cas de l’affaire Flactif dans « Possessions ».  Mais il est symptomatique de constater qu’un film comme « 38 témoins », inspiré par un fait divers aux Etats-Unis, a attendu sa relation dans l’ouvrage de Didier Decoin  avant d’être porté à l’écran. Si le procédé n’est pas systématique, le livre apparaît comme un média privilégié, une grille de lecture pour passer du réel au film.
 

Fidélité ?
Tout un chacun a fait l’expérience de voir un film adapté d’un ouvrage qu'il a lu. La réception s’effectue alors comme par réflexe sur le mode de la comparaison. Il en résulte une réaction seulement bipolaire, la satisfaction ou le rejet, jamais une appréciation mitigée.

Le lecteur se fait une « image » mentale de sa lecture qui ne rencontre pas forcément celle du cinéaste. S’il est impossible de transmettre toutes les subtilités d’une œuvre littéraire par l’image, l’adaptation, par définition, se doit d’en trouver des équivalents. Aussi, la voix off est-elle rapidement apparue comme un moyen de transmettre la psychologie ou les états d’âme d’un personnage littéraire, bien difficile à traduire par l’image seule. « Le Feu follet » de Louis Malle qui adapte le roman de Drieu la Rochelle en est peut-être l’exemple le plus parlant.  Nombre de cinéastes veulent d’autre part inscrire, sinon assumer et souligner, ainsi, dans la matière filmique, leur source d’inspiration.

La scène d'ouverture du "Feu follet" (1963) de Louis Malle :

Mais l’élément déterminant reste cette notion de fidélité que soulignent tant les cinéastes que les écrivains adaptés par rapport à leur œuvre et qui s’exprime dans celle du respect de l’« esprit » du livre transposé. Ainsi, « Les Adieux à la reine » de Benoît Jacquot ne respecte pas le roman de Chantal Thomas en faisant de son héroïne une jeune fille, alors que dans l’écrit, c’est une personne âgée qui se remémore son passé à Versailles sur le mode du flash-back. Une différence majeure dans la forme mais qui d’après l’écrivain ne trahit pas son œuvre, les moyens cinématographiques n’étant ceux du romancier.

Une problématique particulièrement probante quand il s'agit d'oeuvres épiques, telles que "Le Seigneur des anneaux" longtemps tenu pour inadaptable en raison de l'ampleur du projet et auquel Peter Jackson a répondu avec pertinence pour la grande majorité des lecteurs de l'oeuvre de JRR Tolkien. Espérons qu'il en sera de même avec "Bilbo le Hobbit", ouvrage qui précède "Le Seigneur des anneaux" et que le réalisateur vient de boucler.

La bande-annonce de "Bilbo le Hobbit" :

« Du livre au film » au Salon du livre
Nombre de rencontres sur le thème de l’adaptation littéraire au cinéma se succèdent sur trois jours du Salon du livre. Avec un événement public au quotidien, la thématique « Du livre au film » privilégie les liens entre le livre et l’image, que cela soit le cinéma ou la télévision, en abordant la question de l’adaptation  à l’écran tous genres confondus : romans, polars, BD,..

Lors de chacune de ses éditions, le Salon accueille réalisateurs, acteurs, scénaristes… venus présenter leurs films et organise depuis trois ans « Les rencontres SCELF (Société civile des éditeurs de langue française) des droits audiovisuels » afin de faciliter les échanges entre éditeurs et producteurs.
Les passerelles entre ces deux mondes se multiplient chaque année et c’est cette tendance forte que le Salon souhaite illustrer.

Tout le programme de la thématique "Du livre au film" du 32e Salon du livre