"Un Paradis trompeur" d’Henning Mankell : la Suède, l’Afrique et les ténèbres

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 28/11/2013 à 13H51, publié le 28/11/2013 à 13H25
L'écrivain suédois Henning Mankell

L'écrivain suédois Henning Mankell

© DPA/MAXPPP

Après avoir mis un terme aux aventures du Commissaire Wallander, Henning Mankell continue à publier de formidables romans. Le dernier en date, "Un Paradis trompeur", est comme souvent, construit en équilibre entre l’Europe du Nord et l’Afrique.

Henning Mankell a deux maisons : la Suède et le Mozambique. Il partage son existence entre ces pays si différents. Un grand écart intercontinental qui lui a déjà inspiré "Le fils du vent", "La Lionne Blanche" ou "L’œil du Léopard".

Cette fois, Mankell débute son récit dans un hameau suédois au début du XXe siècle. La famine menace, et la mère d’Hanna pousse sa fille à quitter la campagne pour un port, à six jours de traineau. Déchirée, la jeune femme finit par accepter. Début d’une incroyable saga.

La voici sur le pont d’un vapeur en route vers l’Australie. Elle y rencontre son premier mari… qui meurt presque aussitôt. Perdue, désespérée, elle fugue lors d’une escale à Lourenço Marques, dans le sud de l’Afrique. Une nouvelle vie démarre, rude, violente, pleine d’émotions et de frustrations. Sans le vouloir, Hanna va devenir propriétaire d’un bordel, tout en s’opposant à ces colons blancs qui ne cessent de vomir leur haine à l’encontre des Noirs, sur le dos desquels ils s’enrichissent.

Hanna est une femme qui va ouvrir les yeux. Se libérant progressivement des œillères et des a priori de sa famille, de sa communauté, de son petit monde, elle reçoit en plein visage les réalités les plus crues et paie au prix fort sa naïveté. Mais, page après page, sa voie se dessine. Non, elle ne jouera plus le jeu, elle ne rentrera pas dans le rang. C’est trop tard.

Porté par sa magnifique écriture, Henning Mankell réussit l’implacable portrait de cet apartheid qui ne choque alors pas grand monde, à la veille de la première guerre mondiale. C’est fort, bouleversant, révoltant. Inoubliable.

"Un paradis trompeur" d'Henning Mankell (Seuil) - 432 pages - 22 euros

Egalement disponible en librairie, un portrait de l'auteur suédois, enrichi de témoignages, entretiens et photos, qui éclaire sa personnalité : "Mankell (par) Mankell" de Kirsten Jacobsen (Seuil) - 290 pages - 19,90 euros.