"Un homme de tempérament" : du grand David Lodge

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 30/01/2012 à 18H04
David Lodge

David Lodge

© PHOTOSHOT/MAXPPP

Voilà le genre de livre dans lequel on entre un peu à reculons – même si l’on est un authentique fan de Lodge - car le souvenir de « L’Auteur, l’auteur » consacré à Henry James n’est pas flamboyant. Et voilà qu’on en sort, 720 pages plus tard, en en redemandant encore !

Roman, biographie, biographie romancée ? Difficile de qualifier précisément le travail de l’écrivain britannique qui s’est choisi un sujet remarquable : H.G. Wells, monument de la littérature anglaise (La Guerre des Mondes, L’Ile du Docteur Moreau, La Machine à explorer le temps…), prolifique (plus de cent livres publiés), visionnaire (dès 1910, il imagine une bombe nucléaire utilisée pour détruire une ville et mettre fin à la guerre), théoricien socialiste et apôtre de la liberté sexuelle, domaine dans lequel il met ses idées en pratique avec assiduité.

Pourtant, lorsque David Lodge nous transporte près de Wells, il est à la fin de sa vie, maussade et amer, entouré d’hommes et de femmes dont on a du mal à saisir comment ils se sont retrouvés dans sa galaxie. Tout l’art de Lodge va être de dénouer pour nous l’écheveau, utilisant astucieusement le flashback et l’auto-interview.

Au travers de la vie et de la carrière de H.G. Wells, véritable Jules Verne anglais, nous voilà lancés dans une passionnante exploration de la puritaine société anglaise durant trois quarts de siècle, ses débats politiques, militaires et sociétaux.

Pour H.G. Wells, on va vite le comprendre, écrire est aussi important que respirer. Il ne cesse donc de publier livres et articles, correspondances littéraires, billets enflammés à ses maîtresses ou roboratives réflexions à ses amis politiques.

Boulimique d'écriture et de sexe
Cet homme corpulent, moustachu et de petite taille n’a pas le physique d’un Don Juan. Mais son charisme et son talent ont quelque chose d’aphrodisiaque. H.G. Wells plaît aux femmes, c’est un fait. Aux jeunes comme aux plus âgées, aux étudiantes comme aux veuves. Et il ne dit jamais non à la tentation.

Boulimique de travail, Wells l’est aussi de sexe, et il se construit une vie de plus en plus complexe. Il se marie avec des femmes qui lui refusent l’amour physique mais fait des enfants à des maîtresses de plus en plus jeunes. Il tente – et parvient, parfois– d’installer une sorte d’harmonie extraconjugale où chacune accepte l’existence et le rôle de l’autre. La société anglaise n’est pas prête et les scandales s’enchaînent, Wells bataille, s’enflamme et s’indigne.

Et Lodge, dans tout ça ? Lui qui confie au « Monde » : "Je suis affreusement conventionnel et monogame" ? Sa facilité à se glisser dans la peau de son exact contraire confirme son formidable talent d’écrivain. Face à un sujet aussi « énorme », il s’efface, distille moins d’humour que dans ses romans précédents.  Mais son récit, si intelligemment construit, est un pur régal.

Un homme de tempérament de David Lodge (Rivages)
24,50 euros – 720 pages