"Un Fauve" : le dernier jour de Patrick Dewaere imaginé par Enguerrand Guépy

Par @Culturebox
Mis à jour le 25/02/2017 à 12H23, publié le 20/02/2017 à 17H15
Patrick Dewaere dans les années 70.

Patrick Dewaere dans les années 70.

© Sipa

Dans un roman, Enguerrand Guépy retrace par la fiction la dernière journée de vie de Patrick Dewaere qui s’est suicidé en 1982 à l’âge de 35 ans. Plus qu'à son tandem avec Gérard Depardieu dans le film "Les Valseuses" (1974), "Un Fauve" donne écho aux démons de l’acteur alors qu’il devait incarner le champion de boxe Marcel Cerdan sous la direction de Claude Lelouch.

Une figure de la fêlure intime

Dans la lumière d'Aix-en-Provence, on imagine mal Enguerrand Guépy souffrir les tourments comme son héros Patrick Dewaere. Ce bibliothécaire de métier, auteur d’un quatrième livre, "Un fauve", sur un météore du cinéma des années 70-80, reconnaît pourtant volontiers partager les doutes et les démons du comédien, lorsqu'il était adolescent, tels le manque de reconnaissance ou la violence familiale.

Guépy fait de Dewaere une "figure de la fêlure intime", selon son expression. "Le fauve portait un fardeau inexorable" qui fait dire à Claude Lelouch, p. 187 du roman : "Non, ce n’était pas un fauve ni un fou. C’était juste du cristal. J’ai mis trente ans à l’accepter. Du cristal, ce que nous sommes tous. Sauf que lui en avait une conscience plus aiguë que le commun des mortels."

De la biographie romanesque à l’histoire familiale de l’auteur

Dewaere, à travers ses failles, est aussi une figure du doute, que Guépy s’attache à décrire et qui l’amène à s’intéresser à sa propre histoire néo-calédonienne ici aux Archives nationales d’outre-mer à Aix. Une nouvelle recherche pour un projet de livre ou de documentaire à partir du destin, il y a 140 ans, de Claudius Guépy qui avait quitté Mâcon pour Nouméa, comme militaire de l’administration pénitentiaire, puis "agent de culture".

Reportage : Christian Tortel, Jean-Pierre Magnaudet. Montage Louise Lahcen. Mixage : Sylvie Lemaire.

Extraits de "Un Fauve" de Enguerrand Guépy (éditions du Rocher)

Les années ont passé. Régulièrement, on rend hommage au fauve, mais sans trop bien savoir comment s’y prendre. Il y a dans ce fait divers quelque chose qui ne passe pas, comme si la profession n’avait pas réussi à surmonter sa mauvaise conscience (…) On n’aime guère le suicide chez les gens de cinéma (…)

Une telle personnalité ne pourrait exister aujourd’hui, les contraintes étant trop grandes. La prédominance absolue du « bancable » ne laissant plus de place aux extravagances, à moins qu’il ne s’agisse d’un coup promotionnel savamment préparé. Avec sa disparition s’éteignait le dernier spécimen d’une génération qui ne croyait pas au show-business (…)

Le fauve portait un fardeau inexorable, car toujours nous aurions aimé le soulager et jamais nous n’y arrivions. Nous vieillissions et lui restait éternellement jeune, éternellement prometteur, mais pas comme James Dean ou Jim Morrison. Non, c’était un mythe qui ne supportait pas l’exotisme et qui demandait que nous nous abîmions à ses côtés.

Extrait du roman d'Enguerrand Guépy "Un Fauve"