Svetlana Alexievitch met en garde l'Europe : "Le Bélarus reste une dictature"

Par @Culturebox
Publié le 10/10/2015 à 15H18
Svetlana Alexievitch met l'Europe en garde contre un rapprochement avec Loukachenko

Svetlana Alexievitch met l'Europe en garde contre un rapprochement avec Loukachenko

© KAY NIETFELD / DPA / dpa Picture-Alliance/AFP

Le nouveau prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch a mis en garde samedi contre un rapprochement avec le président du Bélarus Alexandre Loukachenko, "pas digne de confiance" selon elle, alors que l'UE s'apprête à lever ses sanctions à son égard.

"Tous les quatre ans, de nouveaux responsables européens viennent au pouvoir et pensent pouvoir régler le problème Loukachenko sans savoir qu'il est un homme indigne de confiance", a déclaré l'écrivain bélarusse lors d'une conférence de presse à Berlin, à la veille de l'élection présidentielle dimanche dans son pays qui, à ses yeux, est jouée d'avance.

"Homo sovieticus"

"Il est un +homme soviétique+ et ne changera jamais", a-t-elle déclaré, en référence au concept d'"homo sovieticus" qui parcourt son oeuvre sur la difficulté des pays de l'ancien bloc soviétique à se libérer d'une conception autoritaire de la politique et de la société.

L'Union européenne s'apprête à suspendre les sanctions visant le président du Bélarus, assuré d'être réélu pour un cinquième mandat dimanche, un "geste" en réponse à la libération cet été des derniers prisonniers politiques par son régime. La décision doit être prise d'ici à la fin du mois. M. Loukachenko est visé depuis janvier 2011, en protestation contre la répression violente qui avait suivi sa réélection en 2010.

Avant d'entamer la procédure, les Européens attendent néanmoins de voir comment se déroule le scrutin dans lequel M. Loukachenko, 61 ans, affronte trois candidats quasiment inconnus.

Le prix Nobel de Littérature a estimé ce scrutin joué d'avance : "Personne ne doute que Loukachenko va l'emporter (...) nous avons tous le soupçon que pour Loukachenko cela n'a aucune importance de savoir ce que nous (les citoyens bélarusses) allons voter, ceux qui sont importants ce sont ceux qui vont compter les voix et donc il n'y aura pas de surprise".

"Le Bélarus reste une dictature douce"

Certes des dissidents ont été libérés dans le pays mais le Bélarus reste "une dictature douce", a jugé l'écrivain. "La dictature stalinienne n'est pas le seul modèle de dictature, il y a beaucoup d'autres variantes", a-t-elle ajouté.

A ses yeux, le président Loukachenko joue un jeu tactique avec les Européens, vers lesquels "il se tourne dès que les relations avec Moscou se détériorent" comme c'est le cas actuellement. "C'est un jeu bien rodé", a-t-elle dit. M. Loukachenko a cherché à tirer profit des vives tensions entre la Russie et l'UE au sujet du conflit ukrainien pour se placer comme médiateur, accueillant de nombreux pourparlers de paix entre Kiev et séparatistes pro-russes dans la capitale Minsk.

Le Bélarus refuse aussi l'installation d'une base aérienne russe sur son territoire, au grand dam de Moscou. Le prix Nobel de Littérature s'est montrée peu optimiste sur les chances de démocratisation dans son pays ou en Russie, où les racines autoritaires sont à ses yeux profondément ancrées.

"La situation en Russie et au Bélarus va encore durer longtemps, nous sommes dans une étape intermédiaire après le socialisme (soviétique). Nous avions l'espoir naïf que la démocratie viendrait mais pour avoir la liberté il faut des hommes libres", a-t-elle dit.

L'ancienne journaliste et écrivain bélarusse a reçu jeudi 8 octobre le prix Nobel de littérature.