Stephen King à Paris : "Votre cerveau m'intéresse!"

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 15/11/2013 à 17H19, publié le 12/11/2013 à 18H28
Stephen King à Paris le 12 novembre 2013

Stephen King à Paris le 12 novembre 2013

© VILLARD/SIPA

C’est la semaine King, pour le plus grand bonheur des nombreux fans français. Avant la séance de signatures de mercredi et la soirée prévue au grand Rex samedi, le roi du frisson a rencontré la presse ce mardi. Pas moins de 250 journalistes accrédités pour ce premier rendez-vous avec les médias français !

Il est arrivé pile à l’heure, 15h et pas une minute de plus. Pro, comme toujours. Pince sans rire, aussi. En balayant du regard l’incroyable densité de journalistes réunis dans la salle de conférence de l’European American Press Club, au sous-sol d’un immeuble cossu du 16e arrondissement, il lâche, faussement étonné : « Je ne comprends pas qu’il y ait autant de monde. Je ne suis qu’un pauvre écrivain lessivé. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être Justin Bieber ! ».
Stephen King arrive à la conférence de presse de Paris © ERIC FEFERBERG / AFP
Pour son premier grand rendez-vous avec Paris, il a prévu le circuit classique : le Louvre, les catacombes et le Père Lachaise, pour embrasser la tombe d’Oscar Wilde et saluer Jim Morisson.

L’origine de Shining
Le King est à Paris pour assurer la promotion de « Docteur Sleep » (Albin Michel), la suite de « Shining ». L’occasion de revenir sur l’origine de ce roman culte : « Avec mon épouse, il y a fort longtemps, nous nous sommes retrouvés au Stanley Hôtel, dans le Colorado. On est arrivés alors que tous les clients partaient. J’ai demandé à la réceptionniste : +On peut passer le week-end ici ?+. Elle m’a répondu : +Oui si vous payez en liquide+. J’avais des travellers chèques et nous sommes restés. Et ça nous a bien foutus les jetons ! Le bruit du vent, l’immense salle à manger vide. J’ai arpenté seul les couloirs… L’histoire était en route ! ».

Le retour de Danny
Avec « Docteur Sleep », Danny Torrence est donc de retour, après avoir échappé à la folie meurtrière de son père alcoolique. Stephen King plante le décor : « Je me suis dit, tiens, que serait-il devenu… Et ça a titillé ma curiosité. Il devait être, lui aussi, alcoolique, et s’en sortir mieux que son père. Il a eu une enfance terrible, ce pauvre Danny, il a grandi dans une famille violente.».
Docteur Sleep de S. King
Eviter les pièges du retour
Les pièges, d’une suite, trente ans plus tard ? « D’abord, la peur de… ne plus faire peur ! Les gens ont tremblé avec « Shining »… et ils ont grandi. Et beaucoup risquent de vous dire, aujourd’hui : « Oh, même pas peur ! ». Et, puis, j’avais un problème tout de même. Dans mon récit, l’hôtel Overlook avait brûlé (pas dans la version cinéma de Stanley Kubrick). Mais je voulais faire revenir Danny au Colorado. Pour créer un cercle, comme une chanson dans laquelle le refrain revient… Et je ne pouvais pas obliger mon personnage à quoi que ce soit. C’était un défi, ça. Mais, j’aime les défis ! ».

Stephen King et l’alcool
« Pendant l’écriture de « Shining », je buvais beaucoup. Etais-je alcoolique ? J’évite de le formuler. Mais, oui, je connaissais bien l’alcool. Ceci dit, je ne vois pas pourquoi on ne traiterait pas de l’alcoolisme en l’étant… C’est bien d’écrire avec les deux points de vue ». Devant lui, une canette de Coca Light.

Son précédent (et formidable) roman : 22/11/63
« Je voulais traiter ce sujet car c’est l’un des rares moments (l’assassinat de JFK) où tout pouvait changer ou rester pareil. Après sa mort, les choses ont empirées. Johnson, au Vietnam, qui clamait +Moi, j’ai des couilles plus grosses que les tiennes+. S’il avait survécu, les choses auraient forcément été différentes. Ceux qui, aujourd’hui, continuent à adopter les théories de conspirations se trompent sans doute. En tous cas, ce fut un défi et un boulot de dingue, aussi. »
Couverture de 22/11/63
La politique américaine
« Du point de vue politique, l’Amérique est surréaliste actuellement. Démocrates et Républicains ne se parlent plus. C’est un peu comme s’il y avait une nouvelle Sécession. »

La violence de la société
« Il y a des gens programmés pour être violents. Bon nombre s’inspirent de livres, de films et plus encore des programmes de TV, de plus en plus violents aux Etats-Unis. Mais si tout ça n’existait pas, ils feraient autrement, et ils seraient tout de même violents. »

La recette de la peur bleue
« Ne me demandez pas d’où viennent mes idées, je l’ignore. Votre cerveau m’intéresse. Je veux que vous ayez la chair de poule, les larmes aux yeux ! La clé de la réussite, c’est simplement de créer des personnages auxquels on s’attache. Si l’un d’entre eux est en danger et que vous avez de la sympathie pour lui, vous avez peur ! »

Ce qui lui fait peur
« Hum… J’ai surtout peur de la maladie d’Alzheimer. De la baisse de mes capacités intellectuelles. Ça, ça me fiche vraiment la trouille ». « La mort ? C’est sûr que l’idée devient moins théorique qu’autrefois, pour moi. Je m’intéresse au fait de mourir, le seul phénomène universel que nous connaissons tous… avec la naissance. C’est un mystère, personne n’a jamais raconté. J’essaie de comprendre ».


Mercredi 13 novembre : pour la première fois, Stephen King rencontre ses lecteurs français.
Séance de dédicaces au Store du MK2 à Paris .Images France 2. Les détails sur sur France TV Info.
Conférence au Grand Rex : samedi 16 novembre à 20h30. C’est complet !