Sir Michael Edwards, un Anglais élu à l'Académie française : my god !

Par @Culturebox
Publié le 20/05/2014 à 14H55
Sir Michael Edwards © Collège de France

C'est un Chevalier anglais anobli par la Reine qui rejoint le 22 mai l'Académie française : Michael Edwards, premier Immortel d'Outre-Manche. Poète, critique littéraire, traducteur et écrivain franco-britannique, il sera reçu en grande pompe sous la Coupole, en habit vert et épée de cérémonie au côté.

Michael Edwards a été élu le 21 février 2013 au fauteuil 31 de l'écrivain français Jean Dutourd.
Sir Michael depuis peu, ce gentleman parfaitement bilingue marié à une Française, docteur de l'université de Cambridge, Officier de l'Empire Britannique et désormais "Knight Bachelor", a écrit une grande partie de son oeuvre dans la langue de Molière. 

"C'est une sorte de victoire pour les Anglais !"

Selon la tradition de la vénérable institution, il fera jeudi l'éloge de l'auteur du "Bon beurre", décédé le 17 janvier 2011. C'est l'écrivain Frédéric Vitoux qui fera le discours de réception de Sir Michael. "Je suis très heureux de devenir académicien et mes compatriotes anglais sont très fiers. Un "British" a forcé les portes de l'Académie française ! C'est une sorte de victoire pour les Anglais !", dit-il avec humour.

"La Reine m'a anobli en partie à cause de ça. Et Elizabeth II va m'adouber en juin à l'ambassade de Grande-Bretagne à Paris, à l'occasion de sa visite en France pour les célébrations du 70e anniversaire du Débarquement", confie Sir Michael. Ce spécialiste de Shakespeare, Racine et Rimbaud avait été candidat à trois reprises à l'Académie. En 2002, il a aussi été le premier Britannique élu au prestigieux Collège de France, où, par un juste retour des choses, il a fait  entrer l'auteur de "Hamlet".

Double nationalité

Né à Barnes, près de Londres, le 29 avril 1938, d'une mère de lointaine  ascendance normande et d'un père on ne peut plus anglais, Michael Edwards a passé sa vie entre la France et l'Angleterre et bénéficie de la double nationalité. Passant des bords de la Tamise aux rives de la Seine, il accoste ainsi Quai de Conti à l'Académie, où aucune condition de nationalité ne figure dans les  statuts. Michael Edwards rejoindra notamment sous la Coupole le Franco-Libanais Amin Maalouf, le Franco-Belge François Weyergans, l'Algérienne d'expression  française Assia Djebar ou le Canadien né en Haïti Dany Laferrière, élu fin 2013 à l'Académie.

Poète de langue française et anglaise

Michael Edwards a enseigné le français, l'anglais et la littérature comparée à l'Université de Warwick jusqu'en 2002 après une thèse sur Racine et quatre années passées en France (1961-1965). Il a occupé la chaire d'Étude de la création littéraire en langue anglaise au Collège de France jusqu'en 2008.
Michael Edwards utilise dans son oeuvre poétique le français et l'anglais, parfois les deux dans un même ouvrage, comme dans "Rivage mobile". Dans la revue Prospice, qu'il fonde en 1973, et dans le Times Literary Supplement, il  s'est toujours efforcé de créer des passerelles entre poésies française et  anglaise. Auteur de nombreux ouvrages, il a publié récemment L'Étrangeté" (Gallimard, 2010), "Le Bonheur d'être ici" (Fayard, 2011) et, en 2012, "Le Rire de Molière" (de Fallois) et "Paris Aubaine" (Courlevour).
"Le rire de Molière" de Michael Edwards © Editions de Falois
Sir Michael a déniché son épée de cérémonie datant du XIXe siècle chez un armurier. "Elle a été fabriquée rue de Richelieu, à Paris. On ne pouvait rêver mieux : l'Académie a été fondée en 1635 par Richelieu et c'est à la BNF, située dans cette rue, que j'avais terminé ma thèse sur Racine en arrivant à Paris",  raconte-t-il. "J'y ai fait graver le nom de jeune fille de ma mère, forme  anglicisée d'un nom normand, plusieurs devises, dont l'une, en français, du Christ College de Cambridge : "Souvent me Souvient".
  
L'Académie française, enviée outre-Manche

"Certains Britanniques envient l'Académie française. Ils aimeraient avoir aussi une institution qui défende la langue anglaise, notamment contre les  américanismes", assure-t-il. "Nous avons la British Academy et la Royal Society pour les scientifiques, mais ce sont des sociétés savantes pour universitaires avec de très nombreux  membres. Nous sommes loin des 40 fauteuils de l'Académie", chargée de veiller  au respect de la langue française et d'en composer le dictionnaire.